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Des ONG en particulier
Les organisations non gouvernementales sont en principe de droit privé, financées par des dons et contributions, à but non lucratif et vouées à une ou des « causes ». Ces institutions sont par excellence productrices d’influence : elles cherchent la réalisation concrète d’une valeur qu’elles défendent, qu’il s’agisse des droits de l’homme en général, de la protection d’une espèce animale, de la lutte contre un péril précis…

Mais, pour cela, elles ne demandent pas à exercer un pouvoir direct de commandement (contrairement aux partis qui cherchent à conquérir l’État, par exemple), ni un pouvoir économique : elles ne peuvent obtenir de résultats concrets – car elles visent à des changements effectifs et non à la diffusion d’une philosophie - qu’en agissant sur la volonté d’autrui. Cet autrui, ce peut être le public en général que les ONG convainquent de militer, de soutenir une revendication, de s’indigner de telle ou telle action d’un gouvernement, d’une organisation, d’une entreprise.

En outre, les ONG agissent de plus en plus sur les détenteurs du pouvoir. Elles exercent une véritable emprise sur eux, notamment à travers les médias Ayant la capacité de juger leurs actes ou de leurs inspirer leurs fins elles mènent une stratégie indirecte où se mêle pression morale, séduction, négociation… mais aussi proposition et inspiration.

Il arrive même que les ONG soient à l’origine de grands règles appliquées par les autorités institutionnelles (comme le principe de précaution, le droit d’ingérence ou le développement durable). Parfois elles sont à l’origine des institutions elles-mêmes, comme le Tribunal Pénal International.

Il ne faut pas non plus négliger leur capacité d’intervention directe dans les affaires politiques, en particulier lors des grands sauvetages humanitaires. Non seulement les ONG manifestent très matériellement leur volonté de mettre en œuvre les valeurs dont elles se réclament (elles construisent des hôpitaux, sauvent des vies, distribuent de la nourriture), mais elles concurrencent les institutions qu’elles critiquent par ailleurs. Ce message est d’autant mieux relayé par les médias qu’il est à la fois spectaculaire (on voit le Bien en action) et moral (soutenir les ONG, c’est choisir le camp du Bien, sans risque de devoir soutenir un pouvoir et donc sans avoir à se compromettre avec une forme quelconque de puissance ou de contrainte).

Certaines ONG jouissent d’une reconnaissance mondiale et deviennent partenaires des organisations internationales telles les agences des Nations Unies. Leur légitimité – éthique et technique – les autorise à intervenir dans les affaires internationales et permet à leur discours d’être largement relayé. Outre leur indépendance réelle ou supposée plusieurs facteurs jouent en leur faveur : elles échappent la méfiance frappant les formes traditionnelles de la politique ou les idéologies structurées du XX° siècle ; elles proposent un militantisme « à la carte » cherchant des résultats pratiques ici et maintenant ; elles prônent la mise en œuvre de droits ou de certaines valeurs sans avoir de responsabilité politique, ni de régime censé les incarner.
Le tout s’accorde aux grandes tendances de nos sociétés depuis une trentaine d’années, si bien que les ONG sont souvent présentées comme les incarnations d’une société civile internationale ou d’une conscience morale planétaire. Le mélange d’idéalisme et de pragmatisme qu’elles représentent est rendu plus visible par des réussites spectaculaires dans l’intervention humanitaire d’urgence, par la dénonciation des catastrophes ou des périls écologiques, et bien sûr la défense des droits de l’homme

Même dotées de ces moyens quasi spirituels de sanctionner les actions d’un État ou les entreprisse par définition sensibles au risque de réputation, les ONG sont plus que de simples contre-pouvoirs. Elles interviennent à divers titres.

• Elles sont productrices de concepts qui s'imposent à la classe politique et au monde économique : gouvernance, principe de précaution, ingérence, développement durable,
exception culturelle, droits aux médicaments pour le Sud.

• Elles sont des «évaluatrices» : chartes, codes, déclarations, «best practises», notation, certification… Autant de domaines où la production des critères du vrai, du juste ou, inversement ceux du danger et du condamnable est cruciale.

• Elles produisent des normes relatives à l’échange équitable, à la corruption., auxquelles les autorités tendent à se soumettre et que l'on nomme désormais «softlaw».

• Elles sont source d’expertise, jouant le rôle des vigies chargées de détecter des périls actuels ou futurs, rôle qui les amène parfois à établir l'agenda de l'action internationale. Or, décider de ce qui fera «débat» et de ce qui disparaîtra dans la spirale du silence médiatique est une forme cruciale de pouvoir.

• Elles se substituent aux États défaillants en cas de crise.
De façon plus générale, elles participent d'un mouvement en faveur d'une gouvernance globale qui impliquerait le désaississement du vieil État-Nation au profit de l'application directe de normes transnationales. Elles participent de l'utopie du village global.

Une utopie parfaitement illustrée par Jacques Attali qui déclare à la tribune des Nations unies lors de la clôture du sommet mondial des ONG, le 10 septembre 2004 à New York : " Commençons par nous débarrasser d'un mauvais procès : je n'aime pas le nom dont nous affublent les autres, "ONG", un mot qui semble avoir été inventé par ceux qui nous détestent, parce qu'il réunit trois des mots les plus détestés, dans toutes les langues : l'un, "organisation", évoque la bureaucratie, l'autre, "non", évoque la destruction et le dernier, "gouvernemental", évoque l'appareil d'Etat. On ne peut faire pire. N'acceptons plus ce nom. Trouvons-en un autre : je propose de nous nommer "institutions de solidarité", les IDS.. "

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