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Conflit, conflit informationnel
Deux concepts


CONFLIT

Le conflit recouvre une catégorie générale de rapports humains. Il suppose la confrontation de deux volontés (au moins) recherchant des objectifs opposés, mobilisant une certaine quantité de puissance pour agir contre l’autre. Tout conflit est donc polarisé en fonction d’une notion caractéristique : la victoire. Il peut être « agonal », c’est-à-dire limité quant à la catégorie de moyens de force et de violence qu’il emploie ou illimité.

Son emploi le plus fréquent est le « conflit armé », au sens large de guerre. Récemment introduite, la notion de «conflit de basse intensité» (Low intensity concflicts) désigne les confrontations qui combinent moyens politiques, économiques, informationnels et militaires, tout en restant en dessous du stade de la guerre et mobilise généralement un acteur non étatique ; c’est une guerre qui ne ressemble plus guère à sa forme classiqu avec déclaration, traité de paix, alternance des périodes de guerre et de paix historiquement bien séparées... Son éventail va du terrorisme à la guérilla. L’idée reflète le point de vue des puissances occidentales qui ne se sentent pas menacées de façon essentielle dans de tels cas. Pour les acteurs sur le terrain, l’intensité est tout sauf « basse ».

La notion de conflit international renvoie, elle, à celle d’intérêt ou d’objectif : une telle situation naît quand deux acteurs internationaux ou plus – généralement des États – émettent des prétentions antinomiques. L’opposition est telle qu’ils peuvent être tentés de recourir à la force pour la résoudre.

Qui dit conflit dit volonté : chaque partie entend maintenir un certain état du réel (ou le détruire ou le créer) et cet ordre est inconciliable avec celui de l’antagoniste. Le conflit est un jeu à somme nulle : ce que l’un gagne ne peut l’être qu’au détriment des aspirations de l’autre. Le conflit suppose cette double conscience et cette double volonté, donc un monde commun, une réalité, actuelle ou future, où naît le différend, et à laquelle se référer. Elle fonde l’éventualité de rapport de force et de communication entre les parties. Paradoxalement, un minimum de partage des codes est nécessaire pour que le conflit se développe ou se résolve.

Cette réalité n’apparaît pas toujours clairement aux yeux des parties. D’une part elles ne conçoivent pas froidement les objectifs du conflit ; il tend à devenir à la fois affectif (agressivité, hostilité à l’égard de l’autre) et cognitif à la fois : il est rare que deux antagonistes interprètent la réalité ou les messages de l’autre de la même façon. D’autre part le conflit lui-même est constitutif des identités d’où découlent à leur tour d’autres possibilités de conflits ; ainsi en tant que nation nous nous définissons volontiers par qui fut notre ennemi. Enfin la conception même de la conflictualité, sa philosophie et sa valeur sont génératrices de conflits. On ne mène pas le même conflit selon qu’on y voit une composante du réel (le « père de toutes choses »), un moteur de l’Histoire ou un lamentable accident provisoire sur la voie du progrès.

La résolution des conflits fait l’objet de recherches qui vont de la pédagogie jusqu’aux négociations internationales. Et ceci sous de multiples formes : médiation, arbitrage, négociation, appel à un système normatif de règles pour en brider l’intensité (ce qui veut souvent dire l’État de droit). La résolution du conflit suppose au moins soit que l’objectif d’un des acteurs puisse être atteint soit que les prétentions des acteurs puissent être modifiées. Mais là où ni la réalité, ni le code ne peuvent être transformés, naissent les conditions du conflit perpétuel.

CONFLIT INFORMATIONNEL

L’hypothèse que la société de l’information soit celle du conflit du contrôle et du secret prend consistance. Sur fond d’interrogations sur pouvoir des mass media, les technologies de l’information et de la communication bouleversent les conditions de l’affrontement. Elles permettent de nouvelles hégémonies et de nouvelles stratégies de perturbation. Elles facilitent destruction et chaos high-tech.

La guerre de l’information militaire ou économique, les stratégies de dominance informationnelle, la cyberdélinquance ou le cyberterrorisme occupent le premier plan de l’actualité, et posent des questions de libertés publiques. Dans tout cela, il y a un point commun : l’information à la fois désirable, redoutable et vulnérable, et ses technologies ; les outils de communication peuvent devenir des moyens de perturbation et de manipulation. Bref, il faut bien rapprocher deux termes que l’esprit du temps tend pourtant opposer : conflit et information.
Pour les uns, les conflits subsistent, bien que les idées dominantes opposent communication et violence, bien que le programme d’une société du partage et de la connaissance soit un idéal pacifique. Ils refléteraient les changements ou résistances liés à la globalisation et à l’extension des TIC. Pour les autres au contraire, c’est parce que notre société dépend de l’information en tant que ressource, facteur d’organisation et de désorganisation, que se produisent ces conflits.
Ils sont au croisement de trois domaines.

D’abord les stratégies géopolitiques ou militaires : toutes les méthodes visant en temps de guerre à surveiller, paralyser ou dissuader un adversaire, en temps de paix à contrôler ses perceptions et initiatives, et dans tous les cas à diriger l’opinion.
Ensuite les dérives de l’économie, de la concurrence vers des activités d’agression, de prédation, de déstabilisation…

Enfin, toutes les luttes liées aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, à motivations militantes, ludiques, délictueuses.

De pareils phénomènes sont à la fois : – stratégiques : les groupes recourent aux ressources de leurs intelligences pour agir sur les autres via l’information qu’ils propagent, traitent, organisent, interdisent. – symboliques : le symbolique ce sont les images, les croyances, les valeurs et les représentations que partagent les acteurs. Comme toute activité humaine, le conflit est régi par ces puissances invisibles, y compris sous les aspects d’utopies, idéologies ou mythologies. Leur force d’attraction ne diminue pas avec la sophistication des techniques, bien au contraire. – techniques : les technologies autorisent (mais ne déterminent pas) les manifestations du conflit. De la même façon, elles modifient les rapports de pouvoir, de savoir ou de croire, les rapports avec l’espace et le temps d’une époque.



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