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L'inconvénient d'être fort
Rupture, bravitude et aléas

À environ cent jours de l’élection présidentielle, tout semble encore joué sur le papier. Ce sera le duel attendu. Sauf si…

Résumons. Ségolène Royal semble assurée de n’être concurrencée ni par Tobira, ni par Chevènement, ni par un candidat « antilibéral » vraiment crédible. (bien qu’il y ait un incroyable « boulevard » à sa gauche). Son problème est de donner un peu de pesanteur à son image, pour le moment assez « people » et volatile. L’effet de nouveauté et de différence qui jouait en sa faveur s’effrite, mais encore lentement.

Quant à Nicolas Sarkozy, il peut raisonnablement espérer ne voir en lice ni Christine Boutin, ni MAM qui peine à créer l’événement autour de son éventuelle candidature, ni peut-être même Philippe de Villiers, fautes de signatures de maires. Il lui reste quleque jours pour mesure les ultimes pièges que lui tendent l’Élysée et les gaullistes de l’UMP. Mais il peut raisonnablement espérer passer le cap. Et s’il joue un énorme effet répulsif (le « Tout sauf Sarkozy » qui, dans les conversations de bistrot devient « tout sauf le nabot » ou « tout sauf l’Américain »), il escompte que cet effet s’usera. Depuis le temps…

Chacun des deux candidats « historiques » (entendez hystériquement désignés par les sondages et les médias) entend faire jouer à son profit l’effet « plus jamais ça… » Plus jamais de 21 Avril 2002, ne dispersons pas les voix de notre camp en risquant d’amener un Le Pen au second tour. Cette rhétorique aussi semble efficace pour le moment. Et comme – regardez comme les choses sont bien faites – les Deux se tiennent de très près dans les sondages sur le second tour, le suspense est parfait.

Or, toujours pour le moment, et toujours sur le papier, l’hypothèse 21 Avril bis semble encore éloignée. Nous avons critiqué les sondages assez fortement ici même. Ils se contredisent d’ailleurs assez largement entre eux et ne tienennt pas compte d’un nombre impressionnant d’indécis ou d’électeurs volatils. Mais, si leur marge d’erreur (ou de manipulation) est grande, elle n’est pas illimitée. Elle ne peut pas être, par exemple, du simple au double. Or, pour que le candidat du Front National dépasse un des membres du duopole, il faudrait :
- que même les sondages qui marquent sa progression jusqu’aux environs de 18 % et qui sont déjà très fortement corrigés pour compenser la « sous-déclaration » du vote Le Pen soient encore très en dessous de la vérité (d’autres le donnent à 12%)
- qu’il progresse encore plus qu’entre les sondages de 2002, cent jours avant, et l’élection même.
- qu’il dépasse sans doute la barre des 20%, gagnant plusieurs centaines de milliers de voix par rapport à son précédent premier tour – ce qui, même si chacun s’accorde à lui prédire une progression par rapport à 2002, semble beaucoup…
- qu’un effet de dernière minute « attention, le Pen revient » ne joue pas
- qu’entre temps soit Ségo, soit Sarko aient réussi à descendre aux environs de cette barre fatidique des 20 %, donc qu’ils perdent quelque chose comme un quart ou plus de leur électorat supposé. Or tous les deux ont démontré une grande capacité à conserver leur matelas au cours des derniers mois.

Si nous faisons le même raisonnement pour François Bayrou – qui, lui, est plutôt sur la barre des 10% - ou pour n’importe quel autre candidat, le « matelas » d’avance des deux candidats officiels semble encore plus important. Difficile, enfin, d’imaginer qu’apparaisse, se déclare, se monte un appareil de campagne et bondisse directement au-dessus de 20 % un candidat mystère, une personnalité adorée des Français et surgissant au dernier moment. Ceci pourrait s’appliquer à Nicolas Hulot.

Bien entendu, il existe – outre la possibilité d’un événement imprévu bouleversant la France, ou d’une effondrement nerveux d’un des Deux – des tendances qui contrarient cette fatalité.

- La première est le mythe de « la surprise ». Tout le monde l’attend, et beaucoup la souhaitent. La surprise, ce serait un coup du destin renversant l’ordre qui semble si fatal.
- Par exemple, si Le Pen n’obtenait pas les signatures nécessaires, quelles en seraient les conséquences et seraient-elles si favorables que l’on croit aux Deux ? Son électorat dont nous imaginons mal qu’il se reporte massivement et sagement sur Sarkozy serait-il tenté de jouer « Tout sauf Eux », rejoint par un large fraction de la population dégoûtée par ce qui apparaîtrait comme une manipulation anti-démocratique ?
- Ségolène Royal peut-elle subir un « effet Balladur » ? Souvenez-vous : Edouard Balladur, imbattable dans les sondages, adulé par les médias, doté d’une cote de popularité invraisemblable, attendant l’élection dans un fauteuil, a commencé à descendre dès la minute où la vraie campagne s’est ouverte. Et s’est fait doubler par un Jacques Chirac dont l’échec fatal était un objet de plaisanteries inépuisables…
- Nicolas Sarkozy – dont on voit mal, il est vrai chez qui il pourrait provoquer une réaction de crainte ou de rejet qui ne se soit pas déjà manifesté – peut-il coaliser tous les rejets contre lui ? Pour le moment, il joue une stratégie de retrait, laissant sa rivale s’épuiser, …

Surtout, il se pourrait bien que les Deux découvrent une vieille loi stratégique : ce peut être un grand inconvénient que d’être fort et visible.

La stratégie marketing de Nicolas Sarkozy consiste à annoncer la rupture tranquille : il exhibe son énergie débordante (ou plutôt, il l’exhibe modérément en ce moment), parle action, courage d’affronter la réalité tout en cherchant à cherchant à adoucir son image.

Sa rivale continue à doser des éléments inconciliables des références au patrimoine de gauche tout en jouant la carte du pragmatisme et de la bravitude de remettre en cause les vieux tabous. Quitte à s’exprimer dans une incroyable langue de coton, comme en Chine.

La tendance lourde de nos démocraties depuis quelques années est que l’on vote contre. Mais que valent deux « contre « opposés ?


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