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L'engrenage de la chute annoncée
Ordalies cathodiques

Après vingt-deux sondages depuis Janvier la donnant battue, c’est peu dire que Ségolène Royal découvre la versatilité de la démocratie d’opinion. Elle devait rebondir après sa prestation de Villepinte le 11 Février. Il enchanta les convaincus, les bouleversa dans certains cas, mais ne fit guère d’effet sur le reste de l’opinion. Elle était décontenancée par ce mélange d’hyperpersonnalisation du discours (elle prononça 209 fois le mot « je ») et par un catalogue de mesures destinées à rassurer son électorat naturel. De façon générale, les recentrages en cours de campagne (ou les regauchissements) sont rarement payants et ce qui se perd en cohérence ne se regagne pas en additionnant les publics. Et les changements de méthode annoncés n’ont pas souvent les résultats espérés.

Comme nous l’avions anticipé, Ségolène négocié mal un moment obligatoire de la campagne : celui où il faut d’une part rentrer dans le concret, donc dans la compétition face à ses rivaux (donc avoir un discours discriminant) et, d’autre part passer de la popularité à l’éligibilité. Il y a en effet un stade où il ne suffit pas d’établir une relation chaleureuse avec le public mais où il est indispensable d’imposer un contenu du discours. Une phase où il ne suffit pas d’être aimable ou d’exprimer des émotions mais où il faut apparaître comme une figure possible de l’autorité (que Ségolène tend à confondre avec la maternité). Son énorme capacité d’empathie et l’argument de sa « différence » ne sont pas des moteurs assez puissants quand la question de la compétence et de la décision reprennent la première place.

Dans un tout autre genre Balladur a connu le même problème en 1995. Imbattable en principe et adulé par les médias, il ne cessa de descendre dès qu’il quitta son piédestal, changea de rôle et entra vraiment en campagne. Encore ne commit-il pas les mêmes erreurs que la candidate : bourdes à répétition, incapacité à prendre la question du chiffrage du programme sur le bon pied, dissensions internes, rappels à l’ordre, énervements, et sans doute bientôt tendance à rendre les médias responsable de sa descente (mais qui était responsable de son ascension ?). Gare donc au danger de passer de l’image de la mère à celle de la pionne.

Nous saurons lundi 19 Février si la candidate est aussi à l’aise face aux « cent vrais gens » réunis par TF1 qu’elle l’était dans ses meetings participatifs et si le second rebond annoncé se produit enfin.
Dans tous les cas, deux questions resteront posées :

- Sarkozy aurait-il raison de se réjouir de sa bonne fortune apparente ? Aussi paradoxale qu’elle soit, la question se posera. D’une part un triomphe trop claironné du candidat UMP pourrait provoquer encore plus de rejet que l’hypothèse précédente - duel médiatique obligatoire entre deux stars se terminant pas un suspense très cinématographique – suscitait d’agacement.

Le nombre d’électeurs qui ne se sont pas prononcés, se déclarent indécis, changent d’opinion et/ou affirment leur mécontentement face à la campagne est énorme. Sans compter ceux qui pronostiquent et espèrent la fameuse « surprise ». Faire la course en tête est-il vraiment si enviable ? Que feront des électeurs libérés de l’impératif du vote utile dès le premier tour ?

- A trop se concentrer sur les leaders, il ne faut pas oublier de regarder les pelotons. Or il semblerait bien que Ségolène Royal n’ait pas à sa gauche l’étonnante armée de réserve qu’avait théoriquement Lionel Jospin avec Chevénement, Taubira, les candidats trotskystes, … (si en réserve qu’elle le fit chuter au premier tour). La gauche en général paraît plafonner à son étiage le plus bas depuis des décennies. Si le phénomène se confirmait il ne pourrait être évacué avec des réponses faciles (le rôle des médias, la perte de crédibilité de la classe politique en général). Un point sur lequel il faudra revenir et qui pourrait bien être la vraie surprise.

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