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Oral de rattrapage
Dé-ci-si-ve. La prestation de Ségolène dans l’émission « J’ai une question à vous poser » devait être décisive de l’avis général de la presse.

La stratégie de la candidate fut assez simple et inspirée de celle des placiers en assurance :

- Tout à fait d’accord avec vous, vous avez raison
- je vous remercie d’avoir posé cette question très pertinente qui trahit une réelle préoccupation
- je la partage et j’ai été touchée par votre cri du cœur
- vous êtes inquiet (inquiète) et vous avez bien raison. On manque cruellement de…
- il faut relancer un système gagant-gagnant grâce à ( compléter au choix : la confiance, la croissance, l’Europe, l’éducation)
- je veux remettre la France debout et que la choses aillent mieux
- cette mesure est prévue dans mon pacte présidentiel
- je l’ai prouvé dans ma région, il y a des solutions (souvent dès l’école)
- d’ailleurs je veux, je ferai, je déciderai, je tiens les deux bouts
- ma stratégie est globale, ce sera un cercle vertueux.

La méthode du kit (une dizaine de phrases recombinées selon les besoins) est entrecoupée de gestes forts (comme la façon de s’approcher du fauteuil d’une victime de la sclérose en plaques ou la fameuse main posée sur le ventre dans les moments où il est question d’un souci poignant).

On glisse ainsi dans monde sans contradiction, un monde de la proximité où la relation prime sur le contenu. Un monde où, par exemple, la politique étrangère n'existe pas (zéro question) et où un candidat distribue des prestations à des consommateurs.

Un monde où la candidate es assez bonne pour ne pas avoir perdu. Pas assez sans doute pour avoir renversé la tendance. Notamment quand les médias ont décrété que son temps était passé avec le même enthousiasme qu’ils affirmaient sa bouleversante et irrésistible nouveauté il y a quelques semaines.

Mais la performance relative de tel ou tel candidat importe moins que les règles générales du système de démocratie d’opinion qui s’établit devant nos yeux.

La plus évidente pousse à la personnalisation. Le sympathique remplace le programmatique. L’écran montre des gens pas des abstractions, des cas et des exemples, pas des principes et des notions. Écoute et réactivité deviennent les maîtres mots d’une classe politique obsédée de proximité : surtout pas de distance, haro sur les débats d’initiés. L’homme ou la femme produit politique sera donc de plus en plus sélectionné sur sa capacité à être en phase et en contact, à paraître sincère et proche des gens, séduisant et cool.
Mais, en sens inverse, la réalité politique se réduit à un ensemble de « gens » qui ont des « problèmes », la plupart d’ailleurs parfaitement réels voire bouleversants. C’est ce que démontrait pathétiquement l’émission ; la voix du peuple ressemblait de plus en plus à des messages pour hotline de services-conseils ou pour émission de Mireille Dumas.

La seconde dysfonction est le hiatus entre la professionnalisation croissante de la « communic-action » politique (aux États Unis les budgets du marketing politique se chiffrent déjà en milliards de dollars) et sa prétention à court-circuiter les formes traditionnelles de représentation. Plus le discours politique est calibré, élaboré par des spécialistes, pensé pour le marché des votes, plus il prétend à la spontanéité. Plus le produit est élaboré, plus il se présente comme un simple reflet des soucis de gens dont il importe avant tout de comprendre le vécu.


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