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La politique réduite aux images et aux narcissimes... Certes, mais jusqu'à quel point ?


La communication de Nicolas Sarkozy est considérée, même par ses adversaires, comme une réussite. Les journalistes -sociologiquement une des catégories sinon les plus à gauche, du moins les moins enclines à favoriser les courants que l’on dit populistes ou répressifs - ne l’aiment guère individuellement, mais finissent souvent par le servir collectivement.

Cela peut s’expliquer pour une part par les rapports d’intérêt entre la machine Sarkozy et les dirigeants des grands groupes de médias. Mais cela s’explique aussi par la méthode du maire de Neuilly. Elle consiste à tout penser en termes de « com » : l’événement – les initiatives et déclarations du ministre – est toujours formaté en amont en fonction de son écho médiatique. Autour de quelques thèmes simples (le dynamisme, le refus de la fatalité, la modernité, le pragmatisme), la rhétorique du candidat est soutenue par une stratégie simple ( plus une équipe qui travaille selon la même méthode et où tout le monde, pas seulement un « spin doctor », pense à l’impact médiatique) :

- Veille et anticipation, surveillance constante des initiatives des concurrents
- Volonté de créer l’événement au moment favorable et dans le contexte le plus porteur, stratégie d’initiative systématique, prise en compte de l’agenda et des priorités du moment des médias
- Mise en scène des actions et des annonces à la fois pour souligner l’inlassable activité du candidat, mais aussi pour diversifier le décor et le contexte. Bonne compréhension des impératifs techniques ou autres auxquels sont soumis les journalistes pour leur fournir un « produit » conforme à leurs critères
- Art de la diversion : les bourdes, néologismes ou approximations de Sarkozy ou les controverses sur le chiffrage de son programme, sont, par exemple, passées bien plus discrètement que celles de sa rivale principale (provisoirement principale ?)
- Travail multimédia : si l’image télévisée est privilégiée, ni la Toile, ni la presse écrite ne sont négligés et chaque fois le message est formaté pour avoir le plus de chances d’être repris et pensé en fonction de son écho
- Dosage étudié entre l’effet de contraste (le discours ou l’attitude sont toujours pensés pour marquer une différence avec ce que font les autres, ne serait-ce que dans la forme) et le souci de rendre les positions lisibles pour l’électeur moyens (donc de ne pas trop le surprendre)
- Grande pratique des relations personnelles et du réseau
- Action en continuité, souci d’éviter les ruptures de ton ou les contradictions d’image.

Tout ceci a été largement facilité par une donnée que nous avons soulignée ici : le dossier anti-Sarkozy a été instruit depuis longtemps et ses arguments sont connus– populisme, agressivité, surexcitation, ultra-libéralisme, communautarisme, atlantisme, ambition personnelle… Dans notre univers médiatique tout ce qui se répète lasse. Au contraire la position en défense de Sarkozy, consistant surtout à adoucir son image, semblait plutôt facilitée. À condition, bien entendu, qu’il n’ait à se défendre que de ses adversaires (les rivaux au sein de l’UMP étant en KO technique).

Mais il se pourrait bien que le candidat UMP doive se méfier de ses soutiens les plus sincères.
Les membres de son comité de soutien en Israël ont eu une brillante idée. Sylvain Semhoun délégué UMP pour Israël, et conseiller élu à l’assemblée des Français de l’étranger (un électorat que Nicolas Sarkozy soigne particulièrement, puisqu’il va jusqu’à organiser des meetings hors frontière) a eu une délicate attention : « Nous avons pris comme prétexte l’anniversaire de N.Sarkozy, le 28 janvier, pour éditer ce timbre que l’on peut désormais trouver dans les postes israéliennes" déclare-t-il en présentant effectivement un timbre à l’effigie de son candidat préféré.
M. Semoun s’est par ailleurs félicité des déclarations « équilibrées » de Nicolas Sarkozy sur le Proche-Orient après sa conférence de presse du 28 Février.

Peut-on faire pire pour renforcer l’image de Sarkozy atlantiste sioniste, prenant totalement à rebours la tradition de la politique étrangère française depuis de Gaulle ? Réponse, oui, on peut ! Voir la prose des cercles néo-conservateurs américains, enchantés d’avoir enfin trouvé un second Français qui les comprenne après Bernard Kouchner. Les propos du bouillant maire de Neuilly sur la nécessité de nettoyer les banlieues au karcher sont prise là-bas au premier degré : enfin un « tough guy » chez les Frenchies ! Les plus enthousiastes pourront même acheter des T-shirts à son effigie, voire des slips « Sarko ». Promis : allez vérifier

Comme le faisait remarquer Régis Debray dans un article du Monde du 23 février la politique est rentrée dans l’ère du « moi je » : « moi Séglène, moi Nicolas, mon pacte, mon staff, mon handicapé. La loi du people c’est l’anti-peuple ». Mais même lui aurait du mal à imaginer où vont parfois se réfugier les egos et se nicher les icônes.



Voir sur le marketing politique :

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Voir aussi journalisme citoyen, publicité négative ,sondages, sondagitation

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