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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Al Quaïda, ben Laden : le retour ?
Plus forts qu'en 2001 ?

Selon un rapport confidentiel du intelligence américaines)> le danger d'al Quaïda s’accroît au moment où ben Laden pourrait revenir Non seulement l’organisation terroriste a parfaitement survécu à la guerre que lui mène la plus grande puissance de tous les temps, mais elle se renforce.
Sa position en Irak -qui joue paradoxalement le rôle de pépinière / terrain d’entraînement autrefois dévolu à l’Afghanistan- , affermit son emprise sur les communautés sunnites, popularise son combat et lui fournit des bases arrières. Le jihadisme salafiste progresse dans d’autres pays musulmans : il contrôle des zones à la frontière pakistanaise, a fait une apparition remarquée au Liban… Mais surtout al Quaïda aurait gardé des agents dormants aux USA et s’apprêterait à en infiltrer de nouveaux pour préparer des actions sur le sol américain. Bref, les services américains n’annoncent pas encore un second onze septembre, mais le ton est plus qu’alarmiste.

Ce rapport (confidentiel mais qui fait la première page de CNN News pour certaines parties « déclassifiées »), confirme celui que présentait le U.S. National Counterterrorism Center devant le Congrès la semaine dernière : al Quaïda retrouve une seconde jeunesse Une telle unanimité à avouer l’échec de la « Guerre globale à la terreur » par ceux qui l’ont promue mérite réflexion. Et cela, dans le contexte de l’attaque de la mosquée rouge du Pakistan, des attentats ratés en Angleterre, des inquiétudes de l’Inde (qui a quand même 145 millions de musulmans) et d’un regain d’activité du GSPC algérien devenu « al Quaïda pour le Maghreb ». Même si nous savons tous quel flou recouvre la notion d’al Quaïda, ces convergences commencent à ressembler à un vrai signal.

Parallèlement des bruits courent sur la réapparition médiatique de ben Laden dont on n’a pas vu d’image ayant date certaine depuis plus d’un an (notons au passage qu’al Wahiri, son mentor, apparaît et s’exprime, lui, très fréquemment). De fait, ben Laden est réapparu, mais dans une des multiples cassettes de propagande d’al Sahab. Considérée comme la « section média d’al Quaïda », al Sahab Foundation for Islamic Media Publication basée à Quetta (Baloutchistan pakistanais) s’est spécialisée dans les vidéos de propagande. Elles mêlent tous les genres (testaments de kamikazes, interviews et messages de ben Laden ou Zawahiri, actions des moudjahiddines, égorgements d’otages et punitiosn de « collaborateurs »..) éventuellement avec des sous-titres ou des versions anglaises. Les films recourent au 3D pour créer des décors très kitschs (tentes dans le désert, Corans flottant dans les airs, arbres se couvrant miraculeusement de fruits). Dans la dernière cassette de quarante minutes, ben Laden n’apparaît que quelques secondes. Il prêche, faisant l’éloge des mouhadjidines d’Afghanistan et expliquant que le martyre est le sort le plus enviable pour un vrai musulman.

Pour le moment, rien de très extraordinaire. Ces images de l’émir en gros plan et en battle-dress pourraient avoir été filmées n’importe où et le contenu de son discours n’indique rien sur la date du tournage.

De façon plus générale, l’islamisme ne perd pas plus la bataille de la communication qu’il n’est vaincu militairement en Irak ou en Afghanistan :

- Al Jazira n’est certainement pas une télévision « terroriste », mais la petite station qatarie d’information continue en arabe, rivale emblématique de CNN (au point de créer un Al Jazira en anglais) est souvent la destinataire des messages vidéo ou audio des jihadistes Cette chaîne leur offre un point d’entrée vers le circuit des autres médias. Contrairement à ses rivales comme al Arabyia appartenant aux saoudiens ou al Hurrah, qui émet carrément des USA, elle est crédible auprès de ses millions de téléspectateurs arabes.

- Mieux encore : le Hezbollah libanais (chiite) a maintenant sa chaîne, al Manar. Elle s’est rendue célèbre en lançant, outre ses informations de tonalité très islamistes, des « jeux concours » exaltant le jihad ou des feuilletons antisémites inspirés du Protocole des Sages de Sion. Relayée par satellite, elle pouvait même être reçue en France avant que CSA n’y mette théoriquement le holà.

- Le message islamiste passe aussi par d’autres médias dont l’affiche (les « posters » de martyrs prolifèrent dans les quartiers tenus par le Hamas ou le Hezbollah). Il est aussi relayé par des moyens plus modernes : comme des jeux vidéos où, au lieu de combattre des monstres de l’espace, le joueur peut s’identifier à un combattant de la résistance irakienne abattant des GI’s. Il existe des T-shirts, des jouets, des gadgets, des tapis faisant l’apologie du jihad ou ornés de l’icône de ben Laden qu’il est facile de se procurer dans certains souks. Ils participent d’une culture populaire sur laquelle le message des médias occidentaux et de la culture de masse semble sans effet.

- Le monde numérique est aussi un terrain favorable. Des DVD (parfois offerts aux journalistes européens en guise de publicité) circulent ouvertement. Ils contiennent des anthologies d’exploits de moudjahiddines ou d’exécutions (nous n’osons pas écrire des « best of »). Il existe des sociétés de production d’inspiration islamiste qui ont parfaitement intégré les critères de l’esthétique des mangas ou de la culture pop.

- La multitude des sites et forums dits jihadistes sur Internet a souvent été soulignée. Son importance est parfois exagérée dans la mesure où les « vrais » sites jihadistes en contact avec des organisations militaires ne se rencontrent pas comme cela. Il faut connaître leur URL (une adresse Internet en chiffres) qui change sans cesse pour échapper à la surveillance des autorités ou à l’action de hackers. Il y a donc peu de chance d’être recruté pour un vrai attentat, de recevoir de vrais messages secrets des dirigeants, de rencontre une véritable filière pour l’Irak ou d’acquérir une authentique formation de poseur de bombe uniquement au hasard d’une navigation Google. Il faut être un peu plus initié et avoir quelques contacts humains.

En revanche il existe nombre de sites sympathisants diffusant des vidéos, facilitant les contacts entre jeunes gens exaltés. Ainsi un certain « Irhabi 007 » (littéralement « terroriste 007 ») distribuait des vidéos d’exécutions, des manuels d’instruction militaire et du matériel jihadiste sur la Toile. Il pourrait s’agit d’un jeune homme de 22 ans, Younis Tsouli, arrêté par Scotland Yard en 2005, mais la chose reste à prouver.

- Les cybercafés attirent une faune de jihadistes virtuels dont nous doutons fort qu’ils aient un rang très élevé dans la hiérarchie d’al Quaïda ou que ben Laden leur fasse ses confidences par courriels. Mais, sur le nombre, il s’en trouve certainement qui passent à l’acte un jour, même avec maladresse. Ce phénomène qui a été surnommé « le jihad des copains » et qui est caractérisé par un certain spontanéisme n’est pas négligeable.

- Même le « plus vieux média du monde », la rumeur peut se mettre au service objectif du jihadisme et trouver des centaines de milliers de récepteurs et propagateurs pour se persuader qu’il n’y avait aucun juif dans les Twin Towers ou qu’aucun avion


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