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Terrorisme, médias, violence : histoire de la communication
Version actualisée

Le terrorisme (voir définitions) est une forme historique de spectacle destinée, à travers la violence à frapper les imaginations (de peur, d’enthousiasme...). Mais qui dit spectacle dit dispositif de communication, mise en scène, relais, médias.. Donc publicité, audience,réception du message et force de persuasion... De l’époque de la "propagande par le fait" anarchiste (tracts + dynamite) à celle du jihad sur TV satellitaires et Internet, qui tue lance un message à la face du monde, mais le message dépend aussi du média dominant de chaque époque.

En témoigne,le jihad sur les réseaux sociaux : voir les talibans envoyant des SMS ou des Tweets en anglais, pour le plus grand souci du Pentagone.


Le terrorisme suppose des médias, ou plutôt, le terrorisme tend à être son propre média : chaque bombe, chaque victime est un message.



Le mot terrorisme apparaît dans un dictionnaire français en 1795 et désigne l’expansion de la Terreur proclamée par la Convention. Pendant des siècles, il y avait des groupes politiques clandestins, des assassinats de rois ou de tyrans, des massacres de civils innocents, des attentats… mais personne n’avait eu besoin d’un mot pour désigner la chose.

L’apparition d’un terrorisme d’État suppose une idéologie constituée (la Terreur comme arme de la Révolution, qui, menacée, paralyse ses ennemis de crainte). Déjà, la violence est pensée comme arme de persuasion massive. Elle doit remplir les têtes qu’elle ne coupera pas. Répandre la Terreur, c’est faire trembler les ennemis du peuple et encourager les bons citoyens. Or, pas de diffusion sans mise en scène. Les colonnes de Bleus descendent vers les provinces contre-révolutionnaires armées, certes de canons et fusils, mais aussi de proclamations, de guillotines sur leurs estrades, et parfois même de matériel pour monter des pièces patriotiques.

La terreur change de camp durant le siècle suivant : de servante de l’État, elle devient son ennemie et tente de le détruire. Les attentats de la rue Saint Nicaise en 1800, ou la machine infernale du boulevard du Temple en 1835, les complots de carbonari et autres associations secrètes, restent encore dans la tradition du tyrannicide : ils ne visent qu’à tuer le despote . Le terrorisme au sens moderne naît avec les médias modernes.

Détruire l’État

Apparaissent alors les « narodnistes » russes, du nom de leur parti « Narodnaïa volia » (la « Volonté du peuple ») . Celui-ci naît en 1879 d’une scission des populistes de « Terre et liberté » : lassés d’aller « au peuple » pour lui prêcher la bonne parole, les narodnistes, et leurs successeurs du Parti Socialiste Révolutionnaire de Russie (1901-1917) choisissent le terrorisme individuel. Cette mouvance est responsable plusieurs décennies d’attentats (dont celui qui coûta la vie au tsar Alexandre II en 1881). Elle croit qu’afin de réveiller les forces révolutionnaires, l’avant-garde doit frapper des représentants de l’autocratie. Ceux qu’on nomme aussi à tort « nihilistes » utilisent la bombe et le pistolet (souvent en sachant qu’ils seront pris et finiront sur l’échafaud, leur acte équivalant à un attentat-suicide). Ils transforment leurs procès en tribunes, écrivent des manifestes et tentent d’imprimer des feuilles clandestines (généralement lues par la seule intelligentsia et repérées par la police). Leur gloire, ils la doivent surtout à la littérature.

Un des plus grands romans de tous les temps, Les possédés de Dostoïevski (traduit aussi par Les Démons) s’inspire d’une histoire authentique : celle d’un groupuscule dirigé par une sorte de gourou fascinant. Dans la réalité : Netchaïev auteur du Catéchisme du révolutionnaire qui, autour d’une obscure histoire de presse à imprimer clandestine, amène le groupe à exécuter un pauvre type, le maillon faible de la conspiration. Camus s’inspirera aussi de la véritable histoire de terroristes anti-tsaristes notamment dans Les justes, où il résume leur système en écrivant que quand ils tuent un homme, ils veulent « tuer une idée. ».

Dostoïevski et Camus ont raison. Ce qui caractérise le terrorisme, en effet, ce n’est pas qu’il frappe des victimes innocentes ni qu’il cherche à « répandre la terreur » (est-ce qu’une charge de cavalerie mongole ou le bombardement de Dresde ne cherchaient pas non plus à terrifier pour faire céder la volonté de populations civiles ou de gouvernements ?). Pour notre part nous avons défini le terrorisme comme « méthode de lutte d’acteurs non étatiques et clandestins commettant des attentats à buts politiques sur des cibles symboliques. » L’attentat n’atteint pas seulement des choses ou des vies, il vise aussi des signes .

Une seconde grande vague de terrorisme naît dans les années 1880 : internationale, anarchiste, s’attaquant tantôt à des représentants de l’autorité et du capital, tantôt à tout un chacun dans des brasseries, des trains ou des théâtres, visant à la destruction de l’État mais aussi à l’éveil de la conscience des opprimés. C’est ce que les délégués anarchistes nomment dès la fin du XIX° siècle « action directe » ou «propagande par le fait », slogan adopté au congrès de Londres en 1881.
Les attentats tueront Sisi l’impératrice d’Autriche, le roi Umberto, le président américain Mc Kinley, Sadi Carnot et beaucoup d’anonymes… En France, les noms de Vaillant, Ravachol, d’Emile Henry ou de Caserio marquent cette période. Elle durera jusqu’à la bande à Bonnot avant la Première Guerre Mondiale ; tout ce temps, les bourgeois tremblent, s’attendant à voir une autre bombe exploser à la Bourse ou dans un café.

C’est aussi le temps des « lois scélérates » de 1893 et 1894 qui répriment notamment l’apologie des « menées anarchistes ». Car les anarchistes ont leur presse, parfois quotidienne (comme le Citoyen de Paris) : le Prolétaire, le Révolté, l’Anarchie ou la Dynamite (directeur politique : Ravachol)… Entre brochures théoriques, pamphlets, descriptions détaillées des machines infernales et recette de la dynamite, la production est abondante à l’ère de la rotative. Mais l’action anarchiste touche aussi la presse populaire à grand tirage (le Matin le Petit Journal, Le Petit Parisien). Ces premiers mass media relatent les exploits des terroristes avec force gravures de style très kitsch (en attendant les premiers clichés), tandis que les chanteurs de rue racontent le triste sort d’un Ravachol ou d’un Bonnot. Dans les milieux intellectuels, et pas tous forcément de gauche, la séduction romantique des révoltés n’est pas négligeable. Les lois scélérates visent aussi cette participation morale, celle des sympathisants ou apologistes et répriment l’expression des idées. Sans grande efficacité, d’ailleurs….

Contrôler le territoire

Une autre forme du terrorisme est née avant le vingtième siècle et en accompagne tous les soubresauts : elle se réclame de luttes de libération nationales. Suivant les époques ou les points de vue, on parle de combat pour la décolonisation, de séparatisme ou d’indépendantisme, de guerre de partisans ou de guérilla, d’armée de libération, de résistance, d’attentats séparatistes ou nationalistes. De l’IRA à l’ETA en passant par le FLN ou la Main Noire serbe cette violence est menée pour le territoire et pour le contrôle de la population. Les terroristes enracinés luttent aussi contre les médias de « l’occupant » qui les présentent comme des bandes criminelles. L’affirmation de l’identité collective des peuples occupés à travers la langue, le chant, voire le folklore tient une grande place dans leur méthode.

Mais l’affrontement passe aussi par la photographie qui confère son impact à une cause : il importe moins de frapper un roi ou un général que de trouver des caisses de résonance, y compris hors frontières. Se réclamant souvent modèle militaire, les organisations indépendantistes émettent force communiqués pour expliquer le sens de leur lutte (déclaration du gouvernement clandestin, jugement de tribunaux du peuple, proclamation de telle ou telle armée secrète, mots d’ordre et appels au peuple..). Ces textes ne sont pas seulement théoriques ou apologétiques, ils sont censés aussi prescrire et proclamer.

L’affrontement autour de leur diffusion comme autour de la « publicité » donnése aux attentats reflète l’accélération de la circulation des dépêches par le câble, puis le rôle de la radio. Celle-ci n’amplifie pas seulement le bruit de l’attentat donc la crédibilité du mouvement : ni les douaniers, ni les policiers n’arrêtent les ondes. Un groupe de combattants isolés dans la montagne, le désert ou le bocage peut rester en contact avec l’organisation, éventuellement avec ses soutiens transfrontaliers…

Tandis que les panoplies se perfectionnent (armes automatiques, plastic…), la logistique de transmission s’améliore. L’attentat ne joue son rôle performatif, c’est-à-dire qu’il ne contribue à changer la réalité que couplé avec un communiqué de revendication. Ce dernier en constitue comme le sous-titre ou un métatexte. Il en nomme l’auteur, en explique le sens, le justifie en droit (celui de la révolte des opprimés), le requalifie, en raconte le but, adresse une demande à l’adversaire, énonce une menace, voire entame une négociation. La victime de l’attentat a été choisie moins en raison de son importance politique qu’en raison de la « lisibilité » de son sacrifice. Un petit fonctionnaire « représente » l’État occupant, un instituteur l’oppression culturelle, un auxiliaire local l’idée de collaboration et un badaud ou un spectateur tous les indifférents qui doivent savoir qu’ils sont partout menacés et qu’il n’y a plus de neutralité possible… La fonction de prise à témoin de l’opinion internationale est cruciale dans un combat où chacun a compris qu’il s’agit moins de faire mourir que de faire savoir.

Terreur cathodique

La grande étape suivante est marquée par la synergie entre la télévision et un terrorisme nouveau. Il est internationaliste, plutôt d’extrême gauche. S’il fallait donner une date de naissance, ce serait la prise d’otages de Munich en 1972. Tout y est : utilisation publicitaire d’un événement en mondovision, tractations devant les caméras, équipe internationale d’activistes, revendications destinées à populariser la cause palestinienne dans le monde, construction dramaturgique inhérente à toute prise d’otages… La règle est : détourner les écrans comme on détourne les avions. Ou, comme le font certains professionnels du terrorisme « à la Carlos » adresser des messages à des gouvernements par événements médiatiques interposés : ici un train saute, là, on frappe au cœur de la cité.

Le lien traditionnel entre le terroriste et l’État (l’État que voulaient détruire les anarchistes, l’État que voulaient chasser les indépendantistes) est médiatisé, dans tous les sens du terme. Il passe par des moyens de communication de masses. Mais il passe aussi par des médiations : les groupes activistes déterritorialisés (ou qui se battent pour un territoire symbolique lointain comme la Palestine) frappent psychologiquement le système international, incarné par des pays impérialistes. Ils le frappent à travers une masse anonyme. Celle-ci est à la fois cible (elle éprouve la peur et la souffrance, pas les dirigeants protégés) et relais (son refus d’une situation insupportable fera pression sur ces dirigeants).

Nombre de groupes entament une véritable lutte pour la visibilité : la finalité de l’attentat ou de la séquestration est, en transposant la formule d’Andy Warhol, « de devenir vedette un quart d’heure ». Les terroristes aussi luttent pour capter notre attention. Apparaître sur les écrans ou à la première page pour une performance symbolique, par exemple « juger » un ministre italien enlevé ou envoyer, selon la formule de Renato Curcio une « image-message » : une photo avec un vieux P 38, c’est une icône de la lutte armée. Sa finalité même est d’apparaître et de frapper l’imagination. Cette logique est poussée jusqu’au bout par un Unabomber qui envoie des lettres piégées pendant des années avec une unique revendication la publication par les journaux de ses textes fulminant contre la civilisation technicienne.

À cette époque, le rapport terrorisme et médias est pensé suivant deux catégories dominantes .

Celle de l’amplification d’abord. C’est la logique du « plus que…» : une mort spectaculaire compte pour plus qu’une mort, un message sur fond de bombe est mieux entendu. La dimension rhétorique et spectaculaire du terrorisme est évidente. Produire une crainte plus que proportionnelle au risque réel, exacerber la peur par la vision de l’horreur, ou obtenir une réception de son message plus forte que sa représentativité politique. C’est ce que résume très bien la phrase de Raymond Aron posant la distinction entre une action terroriste et une action militaire. La première recherche un « impact psychologique, hors de proportion avec les effets physiques produits et les moyens utilisés. » Le média ferait donc chambre d’amplification du terroriste.

Seconde image souvent utilisée : le terroriste « fait du judo » avec les médias. Il utilise leur force, la faculté de fasciner les masses, comme une faiblesse pour leur imposer sa volonté. Tout se passe comme s’il y avait un contrat implicite : le terroriste fournit l’image, le média fournit l’impact. Au passage, le premier a gagné de l’audience – l’attentat c’est l’événement par excellence, toujours dramatique, imprévu et renouvelable en série. Le terroriste, lui, a gagné l’attention de nouveaux destinataires. Il connaît la logique de notre système spectaculaire – en parler c’est l’encourager, l’ignorer c’est nourrir tous les phantasmes. Lui répondre en le réprimant, c’est le justifier aux yeux d’une partie au moins du public qu’il vise. Corollaire : le terrorisme a avantage à frapper au hasard. Moins de risque et plus d’impact.
En effet, il est hyperdémocratique dans le choix de ses victimes : plus besoin d’être puissant ou d’incarner la domination pour être éligible. Au contraire l’homme ou la femme du commun, dont la principale qualité est d’être sans qualité particulière, l’anonyme qui pourrait être vous ou moi est la cible la plus représentative puisqu’il incarne le plus petit commun dénominateur. Il lui suffit d’être là.

Terreur et réseaux

Ces deux grilles d’analyse ont leur valeur en leur temps ; mais il va falloir les réviser au tournant du XXI° siècle. Le terrorisme jihadiste en réseaux détourne les deux symptômes principaux de la mondialisation et de la société de l’information : la télévision satellitaire et Internet. Déjà, avant le 11 Septembre, il y eut des signes annonciateurs. Des cassettes circulaient sous le manteau à la fin des années 90. On y voyait des combattants à l’entraînement ou des décapitations et égorgements face à la caméra par des islamistes tchétchènes ou des Algériens du GIA. À l’époque ou l’Occident rêvait d’interventions humanitaires à zéro mort et développait le culte cathodique de la victime, c’était un signal qui aurait dû attirer l’attention.

L’événement le plus filmé de l’histoire humaine, le 11 Septembre change la donne. Comme un clip publicitaire aux dimensions métaphysiques, des images repassées en boucle des milliers de fois, montrent la chute des Tours de Babel, que ben Laden lui-même désignait comme « les icônes de l’Occident ». Le défi symbolique est double : la technique occidentale de transport et de communication frappe l’orgueil américain et les kamikazes réalisent le plus grand acte iconoclaste de tous les temps. Comme leurs protecteurs talibans avaient détruit les sculptures « idolâtres » des Bouddhas de Bâmyân, ils frappent les plus grands monuments de notre « culte » matérialiste : la modernité, l’efficacité, l’argent, le cosmopolitisme, le modèle universel du bonheur par la réussite…

Pour comprendre l’attitude des jihadistes face aux médias, il faut revenir aux fondamentaux théologiques. L’islam (surtout salafiste) est iconophobe : il considère que produire des images , c’est à la fois rivaliser avec le créateur et fabriquer des objets de délectation sensuelle ; ils détournent amour qui devrait être réservé au seul Créateur. Mais l’image peut être licite si elle est pédagogique et si elle exalte le Bien (le « Bien » en question pouvant consister, aux yeux de certains à égorger des étrangers ou des apostats ennemis de Dieu).

D’où cette contradiction apparente que résume un cliché célèbre : des talibans détruisant des négatifs de photographies et de films, mais le faisant devant les caméras de la presse internationale pour que le monde entier voie comment ils traitent ces signes d’idolâtrie .

L’organisation de ben Laden qu’il est convenu de nommer al Quaïda a compris ce principe et l‘émir lui-même, fort soucieux de son apparence, alternant tuniques immaculées et battle-dress du maquisard, l'a longtemps symbolisé mieux que personne avant une mort paradoxalement sans images .


D’une part, il a longtemps battu la société dite de l’information sur son propre terrain avec ses propres armes (« Comment se fait-il que le pays qui a inventé Hollywood et Madison Avenue soit impuissant face à un type barbu dans une caverne ? » se demandait un sénateur US).

D’autre part ben Laden réactivait un discours archaïque, comme si le monde s’était arrêté en 1258 date de la chute du califat de Bagdad. Les événements sont toujours renvoyés à un passé mythique. Tout remonte au Prophète : c’est l’éternelle lutte des mêmes contre les mêmes. Le jihad n’a jamais vraiment cessé entre serviteurs et adversaires du Coran. En se référant à ce passé glorieux de l’Oumma triomphante, le jihadisme se renforce par des images inspirées des plus sensationnelles que produisent les télévisions occidentales;

Le dernier paradoxe est sans doute que le jihadisme subsiste surtout par les réseaux sociaux. Certes, il continue à diffuser des cassettes (d'alleurs de moins en moins reprises par les médias occidentaux) sur la Toile et même son magazine numérique anglophone "Inspire", mais il vit surtout sur les forums et par les communautés en ligne. En Afghanistan, l'armée américaine découvre que les talibans utilisent très bien des techniques modernes adaptées aux smartphones (à la place des anciens "site jihadistes" si faciles à mettre hors de fonction). Twitter, Facebooj ou Youtube ne se mettent pas seulement au service du printemps arabe mais aussi du terrorisme islamique.
Plusieurs des "homegrown terrorists" qui ont vécu longtemps comme des Occidentaux, avec un passeport occidental et se convertissent brusquement au jihad, se sont, dit-on, auto-radicalisés sur la Toile. Sans chefs, sans milieu social qui y prédispose, san prédicateurs manipulateurs, parfois sans être rattachés à un groupe extrémiste "In Real Life", d'une manière très Web 2.O , comme si un réseau terroriste était un réseau social comme un autre et comme si le lien virtuel suffisait à remplacer le message symbolique du chef.





Voir aussi La scène terroriste
terrorisme et communication

Voir les anthologies n°1 et n°2 de textes sur le terrorisme.


Voir aussi Ecran/ennemi Terrorismes et guerres de l'information


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