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Mc Luhan : village global
L’expression – avec ses variantes «village planétaire » ou mondial - recouvre un lieu commun: nous serions de plus en plus concernés par ce qui se passe partout. Banalité : il va de soi que les conséquences économiques ou financières de ce qui se produit dans d’autre pays, mais aussi celles des changements écologiques, des mouvements des migrants et voyageurs, la circulation instantanée des nouvelles et des modèles culturels, le poids de la politique internationale, etc. ont un impact croissant sur notre vie quotidienne. « Village global » prend des connotations idéologiques, dans la mesure où le terme est utilisé pour justifier une sorte de mouvement obligatoire de la modernité vers l’unification, mouvement qui rendrait tout « repli identitaire » résolument archaïque. Et un village qui évoque tout à la fois l’universalité et la proximité n’est-il pas rassurant et sympathique ?
Le plus étrange est que l’expression village global a été empruntée à Marshall McLuhan qui lui donnait un tout autre sens. Le sociologue canadien pensait que l’Histoire de l’humanité reflétait ses techniques de communication avec trois grandes phases :l’oral, l’ère de l’imprimé (la « galaxie Gutenberg ») - lié au rationalisme, à l’individualisme, au nationalisme - et enfin celui de l’électricité et de la télévision. Nous –, nous, le type humain prédominant à notre époque et déterminé par les médias - reviendrions à un type de sensibilité et à un besoin de participation comparables à ceux qui prédominaient dans les petites communautés. La structure d'un système social étant fonction de la nature du principal mode de communication et non du contenu de messages échangés, nous assisterions à une « implosion », unifiant le système nerveux de toute l'humanité en un tout simultané. Ce serait un retour au village tribal, mais à l'échelle planétaire, au sens où la psychologie des individus changerait sous l’effet de la technologie. On peut donc résumer cette thèse, proférée dans les années 60 (quand il n’était question ni de mondialisation ni de TIC) comme celle de l’influence de la technologie sur notre façon d’utiliser notre cerveau. Ce discours aboutissait à une vision quelque peu mystique de l’avenir de notre espèce.
À y regarder de plus près, la nouvelle métaphore du village est ambiguë. Veut-on dire que le monde est « comme » un village parce que les gens, les choses et les messages y circulent facilement comme si les distances étaient aussi raccourcies que dans un village ? Mais « village » évoque aussi la familiarité, la ressemblance et la proximité psychologique. Est-ce si certain ? Les occidentaux cosmopolites et branchés sur Internet font-ils partie du même « village » que de vrais villageois de pays pauvre qui n’ont pas l’électricité ?
Car si les élites mondiales, ceux qu’on surnomme l’hyperclasse font partie du même village partout où ils soient sur la planète, ce village-là n’a guère de racines.
Le « village » de la proximité et de l’échange n’est pas celui des solidarités ni de celui des mentalités.
La citation G. Debord : "(Mc Luhan) … (a) passé plusieurs décennies à s'émerveiller des multiples libertés qu'apportait le "village planétaire" si instantanément accessible à tous sans fatigue. Les villages contrairement aux villes ont toujours étés dominés par le conformisme l'isolement, la surveillance mesquine, l'ennui, les ragots toujours répétés sur quelques mêmes familles. Et c'est bien ainsi que se présente désormais la vulgarité de la planète spectaculaire." Nouvelles considérations sur la société du spectacle


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