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Guerre globale, guerre sans victoire
Nouveaux conflits, violence et symboles

Vers la « Guerre Globale » ?


Les conditions d’exercice de la guerre ont changé. Que l’on évoque la guerre globale, «asymétrique», «holistique» ou encore de «quatrième génération», perpétuelle, ou autre néologisme, c’est toujours pour désigner un conflit de type nouveau ; tel que, par exemple, cet affrontement perpétuel qui nous guette et dont traite « Quatrième Guerre mondiale » .

Nature de la Guerre globale

Nous avons souvent répété que la guerre est la pratique durable et organisée de la violence armée collective à des fins politiques. Elle s’achève et fait ainsi place à la paix en cas de victoire, c’est-à-dire suite à l’élimination de l’adversaire, à sa reddition ou un compromis.

La nouvelle forme de guerre, la « quatrième guerre mondiale » qui se fait jour après la fin de la Guerre froide, considérée par les néo-conservateurs américains (Eliot Cohen, James Woolsey, etc.) comme la Troisième Guerre mondiale, bouscule quelque peu cette définition.

1. Concernant les armes utilisées, tout d’abord, la « guerre globale au terrorisme » (ou Global War on Terror) ou 4° guerre mondiale (World War IV) n’utilise pas uniquement des armes classiques.

Certes, l’emploi de ces dernières demeure essentiel : d’une part, le recours à la puissance armée est désormais systématique ; d’autre part, le simple fait d’en priver ses propres adversaires est devenu un enjeu important comme suffit à le démontrer la question des « armes de destruction massive » (ADM).

Mais, la « WWIV » est également une Guerre de symboles . Elle vise à prouver quelque chose et met donc en jeu les 6 « i »:
- L’idée (Pourquoi nous combattons ?)
- L’inimitié (Contre qui ?)
- L’idéologie, définie non pas comme un rideau de fumée dissimulant des intérêts mais en tant qu’appréhension de la réalité en vue de la changer.
- L’intelligence, au sens anglo-saxon du terme, c’est-à-dire en tant que méthodes d’appréhension de cette même réalité.
- Les images, autrement dit la manière dont on a choisi de montrer cette réalité, les informations.
- L’influence (ou soft power), concept important en relation directe avec celui de puissance.

2. Concernant les collectivités engagées, ensuite, elle n’est plus le théâtre d’une lutte opposant des acteurs traditionnels (Etats, factions, partisans, etc.) mais désigne comme ennemi principal le terrorisme. Ce qui pose un problème majeur d’identification.

On peut, globalement, définir le terrorisme comme la pratique sporadique de la violence armée par des groupes clandestins visant des fins politiques par des voies et des cibles symboliques. Il utilise notamment un ravage (l’attentat) en guise de message et emploie ce message pour faire ravage , en affaiblissant l’adversaire.

Le terrorisme peut « préparer » la guerre (sous la forme de la guerre de partisans ou de la guérilla envisagées comme stade suivant dans la montée de la violence), la compléter voir s’y substituer.

Toutefois, que faut-il entendre par « guerre au terrorisme » ? Une guerre au sentiment de peur ? Donc une guerre pour rassurer ou se rassurer. Une guerre à la méthode terroriste ? La seule possible car le terrorisme est une méthode, non une identité. Al Quaïda, création médiatique, recouvre elle-même moins une organisation structurée que de multiples petits réseaux.
La « guerre au terrorisme » serait donc une guerre visant à supprimer la possibilité matérielle et « spirituelle » du terrorisme.

3. Concernant le but politique, enfin, cette guerre prétend éradiquer la possibilité même d’une guerre. La paix recherchée est donc d’un type totalement nouveau.
Elle suppose une victoire à la fois matérielle (destruction de toutes les bases arrière du terrorisme, de toutes les ADM, etc.) et politique (occidentalisation du monde).
En résumé, il s’agit ni plus ni moins que de supprimer l’ennemi, les armes, la guerre et le péril !

Cette guerre est donc globale :
- Dans son but : elle vise à la globalisation d’une idée.
- Dans son espace : elle se déroule sur toute la planète et n’envisage donc aucune zone neutre. De la sorte, l’hyperpuissance devient l’hypercible.
- Dans les domaines qu’elle touche : elle polarise tous les activités économiques, politiques, culturelles et religieuses.
- Dans les différents acteurs amenés à y intervenir : il n’y a plus de différence entre civils et militaires, entre belligérants et neutres et, in fine, entre guerre et paix.

Par sa nature même, on l’aura compris, la Guerre Globale ou « WWIV » apparaît donc inéluctable et perpétuelle. Pour autant, si plusieurs éléments peuvent légitimement conduire à confirmer cette idée, d’autres tendent à l‘infirmer.

Emballement et Frictions

Au moins 4 facteurs peuvent conduire à la prolongation et à l’accélération de la « Guerre globale » :

1. Les intérêts : la logique des intérêts conduit à l’hostilité. Ce sont les intérêts stratégiques développés par Brzezinski (profiter de la position hégémonique des Etats-Unis pour ne tolérer aucun ennemi ou concurrent) ou encore l’idée d’Emmanuel Todd selon laquelle les Etats-Unis sont contraints de mener des opérations militaires extérieures pour tenter de préserver cette même hégémonie.

2.La logique de puissance. On peut rapprocher cette logique de la logique d’humiliation qui renforce inversement les Jihadistes.

3.L’idéologie. En l’occurrence, celle des néo-conservateurs (abandon de l’idéologie du « zéro mort», virilité affirmée, etc.). Du côté jihadiste, la guerre porte sa propre récompense « en ce qu’elle plaît à Dieu ».

4. La peur : la perception des dangers pousse à l’élimination des 3 T : le danger Terroriste, le danger Tyrannique et le danger Technologique (les ADM).

La victoire supposant, dans un cas, l’élimination de l’aléa et, dans l’autre, celui de l’altérité, la Guerre globale porte donc en elle les conditions mêmes de sa prolongation et de sa reproduction.

A contrario, on peut tout aussi logiquement évoquer 3 freins possibles pour en finir avec la WWIV:

1. Les changements politiques et idéologiques, notamment aux USA

2. Les limites de la puissance, telles que les constate Robert Kagan dans son dernier ouvrage. La puissance trouve, tout d’abord, ses propres limites (budget, hommes). En second lieu, elle suppose une recherche de légitimité, que ce soit auprès de l’ONU, de l’OTAN ou encore de l’Europe, et, par voie de conséquence, une recherche d’alliances.

3. Le retour du tiers. Autrement dit, la fin de la bi-polarisation et le retour à l’équilibre pourrait intervenir grâce au rôle que pourrait jouer une puissance tierce telle que la Chine ou l’Europe.
Le problème de l’Europe est qu’elle n’a aucun objectif de puissance à ce jour. Elle doit, en outre, éviter plusieurs écueils.
Le premier consisterait à se satisfaire de la situation d’échec des Etats-Unis sans proposer de solution alternative.

La seconde serait de faire une critique américaine de l’Amérique, c’est-à-dire moralisatrice (la « bonne Amérique » contre la « mauvaise »). Le premier travail à faire en France et en Europe est la critique de l’idée d’Occident, car nous n’avons pas de perception commune des périls, des valeurs et de la réalité de part et d’autre de l’Atlantique.

Le problème de la prolongation de la « Guerre Globale » est donc, au fond, notre problème. Nous devons passer de l’irénisme et du légalisme à la puissance et à l’influence ; de la volonté de critique morale à la volonté de puissance.



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