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Qu'est-ce qu'un think tank ?
Idées, propagation, réseaux, groupes de recherche et influence

Les think tanks , ces réservoirs à idées et ces sources d'influence, en principe indépendants, parfois véritables créateurs d'opinion  en politique étrangère, typiques de nos sociétés, marquées par l'influence, prolifèrent ( (voir aussi anthologie)) : plus de 2.000 aux USA (un tiers du total mondial). En France, une centaine ou plus de clubs de réflexion et influence (leur équivalent chez nous).



Reste à savoir ce que recouvre l’étiquette : recherche pure, expertise indépendante, conseillers du Prince, propagation d’idéologies via les élites et les médias, représentation de la société civile, lobbying et influence



D’abord un peu d’histoire Un think tank, littéralement «réservoir de pensée», est une organisation, en principe de droit privé, indépendante, réunissant des experts, vouée à la recherche  d’idées ou solutions politiques nouvelles, et cherchant à peser sur les affaires publiques. L’expression provient du vocabulaire militaire. Le think tank était une sorte de bunker où l’état-major faisait ses plans.



La plupart des définitions des think tanks soulignent qu’ils fournissent des solutions relatives au bien commun, sans participer directement au pouvoir politique ni tenter de le conquérir. Leur fonction est donc d'inspiration et d'influence. Ces organisations ne sont, en principe, efficaces et puissantes que par leur séduction intellectuelle et par la pertinence de leurs analyses. Même si chacun sait bien en pratique qu'elles sont souvent des réseaux d'influence ou clubs de rencontre pour élites.



S’ajoutent d’autres critères touchant la fonction d’innovation (recherche  à une fin qui n’est ni universitaire ni d’enseignement), à l’indépendance (parfois très théorique) à l’égard des intérêts privés ou publics, au financement (aux USA, les think tanks bénéficient d'un article du code fiscal, ce qui permet plus facilement de les identifier)…



Dans la pratique, il y a deux écoles :- les uns baptisent généreusement "think tank" tout cercle de réflexion, même dépourvu de chercheurs permanents, pourvu qu'il propose des analyses ou des suggestions d'ordre stratégique, politique, économique.... Comme le terme est prestigieux et un peu mystérieux beaucoup d'organismes plus proches du cabinet de consultant, de la cellule de brain storming ou du club philosophico-politique  ( quand ce n'est le fan club d'un candidat aux primaires d son parti) aiment à s'en parer, surtout en France.



- les autres, les puristes, réservent cette dénomination à des organisations dotés d'une certaine surface, d'un certain personnel, d'une certaine indépendance et produisant des publications, des interventions, des consultations...



.Nous sommes plutôt de la seconde école et préférons, reprenant l'expression de Pierre-Emmanuel Moog, parler au moins pour la France, de "think tanks et groupes de réflexion et d'influence", ce qui peut s'abréger sous la forme : "TT et GRI".Mais la notion doit aussi être recontextualisée.







.Une histoire made in USA







On ne peut parler des think tanks sans évoquer leur évolution aux États-Unis. Ils ont commencé à se développer dans l’entre-deux-guerres, d’abord aux USA comme des «universités sans étudiants», où les élites confrontaient leurs idées en matière de politique étrangère.



Tout cela dans le souci du Bien Commun et dans la tradition américaine du «social scientist» dont la recherches doivent déboucher sur des résultats pratiques. Il s’agit donc d’inspirer des politiques effectives. Après la seconde Guerre Mondiale, l’État fédéral ou les États se retournent vers des institutions d’experts indépendants dont elles attendent des avis objectifs, et des idées nouvelles  notamment dans le domaine militaire.



C’est l’âge des gestionnaires. Les centres de recherche à contrat fleurissent : le premier d’entre eux, la Rand Corporation, qui a inventé des méthodes de prospective et de modélisation, dont se sert aujourd’hui le monde des affaires, qui a produit des scénarios de futurologie, sur la Guerre froide, sur l’usage de l’arme atomique. La Rand se flatte d’ailleurs d’avoir eu l’idée de protéger les communications militaires par un réseau qui allait devenir Arpanet, puis Internet.Il faudra attendre les années soixante-dix pour qu’apparaisse la troisième vague de think tanks,  les «advocacy tanks».



Ils se rattachent de façon assez lointaine à la tradition de ce qu’Augustin Cochin appelait les sociétés de pensée, ces groupes idéologisés qui ont préparé la voie à la Révolution française et en ont été la traduction dynamique à travers les clubs. D’une certaine façon, les think tanks en représentent une forme actualisée et surtout institutionnalisée, une forme d’appareil à conquérir le pouvoir intellectuel.



La plupart sont ( ou étaient jusque sous Bush) de droite, voire franchement néo-conservateurs. Les libéraux au sens américain (c’est-à-dire plutôt les progressistes) se plaignent souvent d’avoir perdu la bataille des idées (qu’ils croyaient avoir remportée grâce à leur présence dans les universités et chez les intellectuels) face aux think tanks conservateurs, agressifs, bien financés, à forte présence médiatique, inspirant directement les pratiques des Républicains et avec un personnel qui fait souvent l’aller et retour entre recherche et pratique politique (y compris au gouvernement)! Les prochaines élections vont nous montrer si les think tanks "progressistes" ont refait leur retard.







.Aux USA, les think tanks se veulent des courtiers en idées. Qui « achète » ces idées ? Le Président, le Congrès, le Sénat, l’Armée, des administrations, des entreprises, mais aussi les médias. Au bout de la chaîne le public international… qui lit le dernier livre à succès d’Hermann Kahn, Alvin Toffler, Samuel Huntington, Francis Fukuyama, représentants typiques du système des think tanks. Ou écoute un « think tanker » sur Fox News ou une chaîne de Tv.



Car c’est la deuxième fonction de ces institutions : être présentes dans les médias, occuper les plateaux de télévision et les colonnes des revues, fournir des spécialistes capables d’argumenter efficacement pour leurs valeurs, leurs idéologies et leurs propositions.







Troisième fonction, presque sociologique : on recrute les élites, on repère les jeunes prometteurs, on leur assure le soutien des générations précédentes. Par ce circuit, on pourvoit également à la reconversion des intellectuels et hauts fonctionnaires, quand il y a changement de majorité.Les idées des think tanks dissimulent parfois des intérêts, par exemple ceux des fabricants d’armes qui se drapent derrière le deuxième amendement, ou des compagnies pétrolières qui, par le biais de fondations, soutiennent que le réchauffement climatique est une un mythe. Certes, aux USA, juridiquement, les think tank (qui peuvent être financées comme des fondations par des dons déductibles des impôts) et lobbies (qui doivent déclarer pour qui ils travaillent) sont deux choses très différentes. Mais dans la pratique, les idées produites par certains think tanks servent objectivement les intérêts de ceux qui les financent parfois.







Les think tanks dans le monde







Bien entendu, le modèle du think tank n’est pas confiné aux États-Unis. Nombre de pays (voir par exemple en Allemagne) se sont dotés d’institutions de recherche dont beaucoup se  spécialisent dans la politique étrangère. Dans la pratique, il est parfois difficile de distinguer un think tank d’une ONG œuvrant pour son idéal (la paix, le développement durable ou le désarmement, notamment).



La frontière est parfois ténue entre la « pure » production d’analyses, de solutions ou de scénarios telle que sont censés les pratiquer les think tanks et, d’autre part l’action de pression sur les autorités nationales ou internationales qu’exercent les ONG au nom d’une « société civile internationale », donc au nom des vrais intérêts des peuples hors de la représentation qu’en offrent leurs gouvernements…Par ailleurs, l'Europe a favorisé l’éclosion de think tanks européens qui pensent mieux jouer un rôle d’inspiration des politiques à Bruxelles.



La circulation du personnel entre les institutions européennes, la haute administration, la classe politique ou l’université de leurs pays respectifs et le think tanks contribue largement à la constitution de réseaux. Ils fonctionnent dans les deux sens : recherche d’expertise et de solutions de la part des institutions, volonté d’influencer de la part des think tanks.Et en France ? On regroupe derrière le mot think tank des choses très différentes : des comités de revue, des clubs plus ou moins politisés, des lieux de rencontre de l’élite. Ce peut être par exemple la Fondation Saint-Simon disparue à la croisée du libéralisme et de la gauche modérée. Aujourd’hui, la République des Idées est incontestablement influente ou un club orienté vers les élites comme la Fondation Montaigne nettement libéral jouent un rôle notable. Mais le premier plus par ses livres et le second par sa présence médiatique. Un think tank comme Terra Nova est très lié au PS e do influence se manifeste aussi à travers les évolutions du parti. Il y a donc plusieurs styles.







.Il y a ensuite en France un problème de financement. Les think tanks américains sont alimentés par des donateurs et fondations agissant comme «des philanthropes», et qui, au lieu de donner de l’argent pour le cancer, font des dons sont importants et défiscalisés.Autre point : les élites circulent moins chez nous. On n’imaginerait pas qu’un spécialiste d’un institut de recherche français dans tel ou tel domaine devienne ministre. On imaginerait encore moins qu’il passe une partie de sa vie dans un think tank, une autre dans une université, dans une entreprise, une boîte de communication ou au gouvernement. Tout cela serait banal aux USA.



On ne peut pas dire non plus que, chez nous, l’administration hésite à solliciter de l’expertise, mais elle préfère piocher dans son propre vivier d’énarques ou se tourner vers des comités consultatifs. On n’a pas cette habitude de s’adresser à des structures autonomes et indépendantes. Le pouvoir aux États-Unis est plus décentralisé : il demande des avis, externalise ses fonctions de recherche.



L’intellectuel, quant à lui (et l’auteur de ces lignes ne s’exclut pas du lot), aura facilement la tentation de se considérer comme un intellectuel critique, disant le Bien, le Vrai, le Juste, du haut de son nuage. Il écrira une tribune, mais il aura du mal à formuler des propositions concrètes.



On le voit, tout est affaire de nuances. Comment distinguer vraiment une think tank d’une société de pensée telle que nous l’avons définie ou d’une institution comme le  « club», sorte d’intellectuel collectif, ou groupe de théoriciens chargés de doter un parti d’un programme ou d’inspirer une famille politique ?



On pourrait sans doute discuter pour savoir s’il faut classer certains clubs ou fondations comme des think tanks. Faut-il privilégier l’organisation (nombre de permanents, activité continue..), les rapports avec les partis et les administrations, l’indépendance, le statut fiscal (aux USA, ce serait un critère très pertinent..), les destinataires de la production intellectuelle (grand public, décideurs, famille idéologique, parti) ?







Produire des idées







On pourrait se concentrer sur le caractère organisationnel du think tank, son statut juridique, son expertise large ou spécialisée, son indépendance relative à l’égard des institutions, partis et lobbys, son rapport avec le public,  sur ses relations d’inspiration, d’influence, de justification, d’évaluation, avec le pouvoir politique  voire sur sa fonction sociologique de circulation des élites.



Certains think tanks interviennent même plus directement dans des formes de « diplomatie privée ».Mais il reste au moins un point qui fera toujours accord : une think tank produit des idées.A minima  ceci suppose:- Des producteurs qui ont acquis une certaine réputation par l’usage public de la réflexion (diplômes, publications, participation à des débats publics), donc plus que de simples partisans de bonne volonté.- Ils  collaborent pour juger du monde tel qu’il est, voire tentent de l’expliquer.



Par «juger du monde», entendons que leur vocation n’est ni d’atteindre à la sagesse (l’Académie de Platon n’était pas une think tank d’il y a vingt-cinq siècles), ni de répandre des connaissance déjà constituées (comme une Université), ni de connaître et encourager des œuvres de l’esprit (comme l’Académie des Beaux Arts ou celle des Sciences Morales et Politiques), ni de critiquer le monde en attendant la révolution (comme les intellectuels critiques de l’École de Francfort).



Leur rôle est d’éclairer la réalité par la recherche en vue de l’action. Les « idées » qu’ils produisent sont donc des énoncés, en principe inédits, relatifs à une situation historique (depuis les risques de guerre nucléaire dans les dix prochaines années jusqu’aux ratés de l’aide sociale dans le Massachusetts).



Un think tank est censé répondre à une question. Celle-ci peut être explicite. Tel est le cas lorsqu’une think tank travaillant sous contrat est consultée par un État ou une administration : que faut-il faire pour gérer le système de santé, assurer l’indépendance énergétique de la Nation, ou moderniser les institutions européennes ?



Mais souvent aussi la question est implicite : elle résulte soit des objectifs du think tank et de son domaine de compétence plus ou moins spécialisé, soit de sa vocation idéologique plus ou moins affichée. En ce sens, on peut dire par exemple que la « question » à laquelle tente de répondre la Société du Mont Pèlerin est « Comment faire prédominer les idées libérales (et en particulier celles de Hayek) à l’horizon de quelques décennies ? » ou celle d’Heritage est «comment faire appliquer le programme conservateur par les représentants, et si possible par le prochain locataire de la Maison Blanche ?». Dans ce dernier cas, on parle dans le monde anglo-saxon d’un « advocacy tank », qui « plaide » comme un avocat en faveur d’une cause à laquelle elle est consacrée.



- Ces producteurs d’idées sont censés juger et penser du point de vue universel ou du moins de celui de l’intérêt général. En principe du moins, car, dans la réalité, ils peuvent être engagés pour une cause ou dépendants d’intérêts qu’ils défendent.



- Leurs idées doivent se traduire en propositions explicites ou implicites, que d’autres, détenteurs du pouvoir, les politiques, les entreprises, les institutions mettront en œuvre s’ils y adhèrent. La réflexion doit donc déboucher sur la persuasion.



Cette notion de production collective d’idées nous suggère de définir a contrario la think tank par rapport à deux autres types de groupes voués à la production d’idées : la société de pensée «pure» et le «pur» groupe d’experts. Ce sont les deux extrêmes entre lesquels oscillera la think tank sans en atteindre aucun (sinon elle cesserait d’être ce qu’elle est) : la propagation défense et déclinaison de principes idéologiques, ou bien un rôle instrumental, évaluer et  « résoudre les problèmes » en fonction de données fournies par un commanditaire comme un véritable consultant.



Il y a, bien sûr, un troisième type dont le think devrait s’éloigner : celui du groupe d’intérêt cherchant à agir sur les normes (normes juridiques, mais aussi normes techniques) par une action intellectuelle : la promotion de solutions et de législations qui favorisent certains commanditaires.







D’où viennent les idées ?



Mais il est tout aussi intéressant de renverser la question : quand sait-on qu’un idée provient d’une think tank et qu’elle a réussi ?Il est des cas où la réponse est relativement aisée. Comme par hasard, il se rencontrent surtout aux USA. La comparaison entre le programme effectivement mis en œuvre par le président Reagan et les propositions d’Heritage (en fait, un véritable programme de gouvernement de plusieurs milliers de pages) ne laisse guère de doute sur son influence. Il est vrai que cette think tank installée à Washington à quelques centaines de mètres du Capitole met un point d’honneur à faire des propositions pratiques : elle édite chaque jour un feuillet A4, le Liberty Bell, traitant d’un problème politique, destiné à être lu en un temps raisonnable par un représentant ou un sénateur, se terminant invariablement par les formules « nous devrions », ou « il faudrait » et qui sont l’ébauche de propositions de loi ou de décisions administratives. De même le PNAC (Project for a New American Century voir la fiche téléchargeable ci-dessous) réunissant des intellectuels néo-conservateurs particulièrement prestigieux est célèbre pour avoir tracé un programme de politique étrangère, dont la politique de G.W. Bush, guerres d’Afghanistan et d’Irak comprises, semble une simple mise en œuvre.



Dans des cas aussi flagrants, il est possible de discuter le « mérite » qui revient aux idées pures ou à leur force de persuasion et celui qu’il faut attribuer aux hommes : les membres de nombreuses think tanks de Washington se trouvent souvent, à la faveur d’un changement politique, à de hauts postes dans l’administration, donc en mesure de mettre en pratique les réformes qu’ils avaient dessinées dans les centres de recherche.



Dans certains cas, une idée est tant liée à l’homme qui l’a produite qu’elle est plus liée à son père qu’à la think tank qui l’a abrité. Ainsi «guerre des civilisations» est un thème de Huntington, par ailleurs professeur à Harvard, comme «fin de l’histoire» est attribué à Francis Fukuyama, par ailleurs membre du PNAC.Souvent, une idée concentrée dans une formule peut être «tracée» et attribuée avec plus ou moins de justesse à son auteur collectif. Ainsi « tolérance zéro » (slogan que l’on dit lancé par le Manhattan Institute) ou « les conservateurs compatissants » (thème qui fit élire GWB la première fois) ou encore « guerre préemptive »…







Une think tank comme la Rand Corporation expose avec fierté les idées ou les méthodes qu’elle est fière d’avoir introduites dans le débat public en matière de futurologie, d’ordinateurs,d’application de la théorie des jeux aux sciences sociales, de calcul des coûts/bénéfices pour les politiques publiques, de stratégie. Ainsi, la notion de Netwar, guerre en réseaux, si prisées par l’état-major US est vraiment labellisée «Rand». Par comparaison, pourrions-nous en France trouver un thème qui ait envahi le débat public, fracture sociale, discrimination positive, patriotisme économique… et que l’on puisse attribuer à une think tank nationale ?



La faiblesse de ces centres de recherche dans notre pays doit elle être attribuée au rôle de l’État ? « Vous n’avez pas besoin de think tanks en France, puisque les gens qui sortent de l’ENA ne peuvent pas se tromper », nous avait lancé un compatriote installé aux USA et travaillant pour le Hudson Institute) il y'a dix ans.



Depuis, la situation à évolué, dans la mesure où fleurissent des think tanks français - ou intitulés tels- fournissant dossiers, critiques et propositions politiques, mais toujours dans la perspective de la conquête de l'État et dans le "cercle de la raison" idéologique. Il semble même se dessiner un partage des tâches être le politique engagé dans l'urgence médiatique et de cercles fournissant argumentaires, légitimité intellectuelle et thématiques susceptibles de faire l'agenda. Est-ce un progrès ?







Sur les think tanks voir 2, 3, 4, 5, 6Voir aussi: rhétorique, idéologie et médias, diffusion des idées, sociétés de pensée, influence




Ainsi qu'un article sur les think tanks en trois parties :  I, II, et III,






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