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Propaganda d'E. Bernays
L'inventeur de la communication publique dans le texte.

RetrouvéEn ligne la traduction de Propaganda d'E. Bernays, souvent cité ici, l'ancêtre de tous les spin doctors, inventeur du marketing politique et théoricien de la persuasion de masse.

Rappelons que Bernays (né en 1891 et qui vécut centenaire) inventa litérallement les "relations publiques". Passablement hâbleur (il exploitait notamment sa parenté avec son oncle Siegmund Freud pour sa publicité), Bernays s'illustra comme praticien et théoricien de la propagande de guerre en 14-18. Mais après l'armisitice, il monta de nombreuses opérations de relations publiques (influence pour des pays ou des candidats aux élections, lobbying, grandes causes et grandes compagnies..). Des ballets russes au tabac, ou de General Electric à un dictateur guatémaltèque il n'y a guère de thème qu'il n'ait abordé en bon ingénieur des "manufactures du consentement".

Mais Bernays théoricien, celui qui nous intéresse ici, est d'un cynisme affiché. Il en rajoute même, faisant l'éloge de la "manipulation consciente, intelligente des opinions et des habitudes" par des "chefs invisibles". Pour faire fonctionner les démocraties, et pour les préserver du chaos, il préconise la direction des esprits par les techniques de manipulation ; il affiche son mépris des masses incapables de comprendre la complexité de la décision politique et tout justes bonnes à choisir entre des icônes de chefs derrière lesquelles se cachent des maîtres de l'action pyschologique et sociale. Bref il considère propagande comme un "beau mot".

Tous les clichés d'un machiavélisme de pacotille sont donc là : les masses impressionables, les méthodes scientifiques pour agir sur l'inconcient, les élites jouant des passions primaires et de la force des images...

Bernays ne fait donc aucune différence morale entre tous les "efforts à long terme" (il envisage la propagande dans la continuité) destinés à influencer le grand public, que ce soit au service d'une entreprise, d'une idée ou d'une collectivité. Ce n'est qu'une façon d'insufler ou d'exploiter des stéréotypes pour diriger l'opinion dans le sens voulu là où les systèmes prédémocratiques et prémodernes fonctionnaient à l'autorité. Bernays est persuadé de l'infinie plasticité du cerveau des masses, forcément amorphes et réagissant de façon binaire, approbation ou rejet. Simple question de méthode pour exploiter les désirs des masses et obtenir leur assentiment. Bernays se situe ici dans la tradition de la "psychologie des foules" de Le Bon.

Certes, mais quels sont donc ces mécanismes mystérieux que maîtriseraient les "dirigeants invisibles " ? Bernays veut dépasser la "vieille" propagande à base de répétition mécanique du message : sa méthode repose aussi sur les mécanismes sociaux, les leaders d'opinion et les contagions du conformisme. Il insiste sur la coordination des techniques et composantes d'une campagne. À l'occasion, il se demande même si la télévision, ce média tout nouveau à l'époque, ne pourrait pas être un excellent vecteur.

Au total, il n'y a donc guère de révélation d'une technique secrète ou d'une méthode scientifique à attendre du livre. C'est plutôt le témoignage sur l'esprit de l'époque (le texte est de 1928) qu'il faut retenir. Cet étonnant mélange de confiance dans les techniques psychiques et de volonté manipulatoire assumée sans complexe. Entre deux-guerres, il est évident pour la plupart que la synergie entre les médias de masse et les progrès de la psychologie scientifique assure un pouvoir irrésistible aux minorités éclaires, dans les démocraties comme dans les systèmes totalitaires.

À mettre dans une bonne bibliothèque numérique sur la propagande (on trouvera également sur le Net Le Bon, Tarde, Orwell, Huxley ou.. Goebels !) mais rien n'empêche non plus de l'acheter sous forme papier, ne serait-ce que pour encourager l'éditeur.



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