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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Attentats d’Alger
Le jihadisme contagieux



Les attentats d’Alger au bilan un moment discuté (trente, soixante morts ?) apporte plusieurs éléments de confirmation sur la stratégie des jihadistes algériens.
L’organisation qu’il est maintenant convenu d’appeler Al Qaeda au pays du Maghreb Islamiste est l’ancien Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (dont le premier nom était pourtant extraordinairement explicite). Il s’était rallié en 2006 à l’organisation de ben Laden, faisant en quelque sorte allégeance au sens médiéval à l’émir. La nébuleuse al Qaeda conformément à sa stratégie du réseau s’est alors enrichie d’un élément parfaitement adapté : un groupe aguerri, ayant longtemps fonctionné de façon autonome (le GSPC était lui-même une dissidence du GIA), parfaitement capable d’adapter à un terrain qu’il connaît bien (le GSPC était bien implanté notamment en Kabylie), mais également susceptible de mener des opérations hors de son territoire : on se rappelle qu’al_ Zawahiri leur avait assigné pour mission de frapper également la France dans un message vidéo de septembre 2006. Sans doute du fait de l’expérience des jihadistes algériens pour les attentats sur notre territoire. D’où les avertissements des spécialistes français du contre-terrorisme : nous pourrions bien être les prochains sur la liste.
Enfin, l’ex GSPC a fait preuve d’adaptabilité en adoptant les méthodes qui censées constituer la signature d’al Qaeda : attentas suicides simultanés. Après le double attentat suicide à la bombe d’Avril 2007, al Qaeda pour le Maghreb

Le choix des cibles, un des éléments principaux du « langage » terroriste est ici d’une clarté limpide : le conseil constitutionnel algérien (c’est-à-dire le symbole d’un régime « apostat » qui essaie d’imposer un système légal qui n’est pas celui de la charia, preuve surabondante de trahison), plus des agences des Nations Unies ( donc des « infidèles internationaux »).

La méthode de revendication est également intéressante. D’une part, une déclaration sur un site Internet (et par téléphone à al Jazeera) donne des précisions sur la revendication de l’attentat et sur ses conditions techniques : deux voitures chargées de 800 kilos d’explosifs ; le communiqué donne également le nom des « martyrs » qui ont disparu avec leurs bombes : Abdul-Rahman al-Aasmi and Ami Ibrahim Abou Othman. C’est une façon de les signaler à l’admiration de leur futurs imitateurs, comme on énumérait autrefois les noms des saints.

Le ton est triomphant et le langage lyrique : « c’est une nouvelle conquête victorieuse accomplie par les Chevaliers de la Foi au prix de leur sang pour défendre la nation blessée de l’islam ». Ce vocabulaire qui fait visiblement allusion au premier jihad, aux guerres au sens militaire, et à l’unité de l’Oumma islamique traduit bien une des tensions les plus significatives du jihadisme. D’une part, il est capable d’employer les moyens les plus modernes et sa forme en réseau s’adapte très bien au réseau Internet. D’autre part, il vit dans un univers mental de conquêtes, de chevaliers, de compagnons du Prophète et de territoire sacré de l’islam à des années lumières de notre façon de penser occidentale.

Par ailleurs, il faut rappeler l’exceptionnelle radicalité des jihadistes algériens : pendant la véritable guerre qu’ils ont mené à Alger et qui a fait des dizaines de milliers de morts, les islamistes n’ont pas hésité à massacrer des villages entiers sur la base d’un raisonnement très simple : tous les Algériens qui ne s’étaient pas ralliés au jihad, qui pactisaient avec le gouvernement impie ou qui simplement en supportaient passivement l’existence étaient des « takfir », des renégats. Il était donc légitime de les massacrer : ce n’étaient pas des victimes innocentes mais des complices de l’agression planétaire contre l’Islam.

La rentrée en scène d’al Qaeda pour le Maghreb est un signal plus qu’inquiétant et une démonstration supplémentaire de la faculté de l’organisation jihadiste de se trouver partout de nouvelles cibles.





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