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Actions et guerres psychologiques
En guise d'introduction à une série sur l'utilisation militaire de l'influence :

Notre visions de la question est d’abord « américanisée ». La quasi totalité de la littérature et la majorité de la documentation sur le sujet vient des USA (ou de l’Otan ou d’organisations liées aux États-Unis). Les raisons n’en sont pas très difficiles à découvrir : les Américains publient plus que les autres (surtout sur Internet). Leur doctrine est automatiquement reprise et commentée dans la plus grande partie du monde. Les USA ont les moyens techniques et matériels de la mettre en œuvre. C’est sur leur territoire que résident la plupart des organisme privés ou publics qui réfléchissent sur la question. Ils ont les moyens de faire ce qu’ils disent (ainsi : un budget militaire annuel qui frôle les cinquante milliards de dollars laisse un peu de place pour expérimenter la cyberguerre ou la guerre psychologique entre deux missiles).

Il faut ajouter – et ceci est un hommage – qu’ils ont aussi l’habitude de dire ce qu’ils font. En dehors même de l’obstacle de la langue (pour qui n’est ni sinophone, ni russophone), il est presque impossible de trouver une documentation aussi riche et actuelle qu’aux USA sur les techniques d’influence vue par les militaires. Ceci vaut en amont sous forme de manuels, doctrine ou programmes, ou en aval sous forme de commentaires sur leur réalité de leur efficacité. Certains, critiques et argumentés, provienennt d’ONG ou associations de défenses des libertés publiques dont il n’existe guère d’équivalent en Europe.


D’abord, les Américains ont l’avantage de l’antériorité. Bien entendu, la chose est aussi vieille que le monde, mais le nom (ou plus exactement la production de véritables glossaires de la guerre de l’information ou de sa composante « psychologique ») est un phénomène plus récent. L’idée d’employer systématiquement de tels termes en lieu et place de propagande, comme le projet de créer des administrations ou organismes militaires spécialisés date des années 50 dans un contexte de Guerre Froide. Ainsi, dans un memo à Foster Dulles du 24 Octobre 1953, Eisenhower prône une guerre psychologique au communisme qui couvrirait une vaste gamme d’actions « depuis chanter un bel hymne jusqu’aux plus extraordinaires formes de sabotage physique ».
Dès la Seconde Guerre Mondiale, des spécialistes comme le général William Donovan commencent à théoriser la guerre psychologique. Dès 1951, il existe un Psychological Strategy Board et l’année suivante, des glossaire fixant la terminologie militaire US commencent à définir les composantes de cette nouvelle discipline stratégique.

Certes d’autres armées réfléchiront sur des méthodes comparables. Dans l’armée français, l’initiative vient de jeunes officiers, souvent marqués par l’expérience de l’Indochine, citant volontiers Tchakhotine ou Mao et sa fameuse phrase sur l’armée révolutionnaire qui est comme un poisson dans l’eau au milieu des civils. Ils transposent ces notions à la guerre d’Algérie dans une tentative de conquête de l’appui de la population. Et, certes, il existe des nomenclatures françaises : on préfère, par exemple parler des « opérations militaires d’influence », mais tout ceci reste modeste par rapport à ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique.

Sans faire d’antiaméricanisme primaire et viscéral, il est tentant de ne donner que des exemples américains, alors que d’autres pays n’ont pas moins recours aux mêmes procédés.

Seconde déformation : la prolifération des acronymes, les références à des concepts ronflants, le style qui se voudrait d’une précision militaire donnent une impression de puissance terrifiante. Mais une grande partie du discours des bureaucrates de la guerre de l’information (et à plus forte raison les consultants qui ont quelque chose à vendre) ressort à la pensée magique. L’efficacité – et ceci est une très bonne nouvelle – n’est pas à la mesure de la promesse ou de la menace. Il ne suffit pas d’appliquer le manuel ou d’avoir le bon logiciel pour être influent surtout à l’échelle planétaire

Troisième déformation : l’effet d’inflation. La doctrine militaire et géopolitique américaine en matière d’influence, guerre dite psychologie, de l’information, de la perception ou autre prolifère. Cela s’explique par deux raisons.
D’abord les militaires, les think tankers, les diplomates, et les dirigeants américains sont comme tout le monde : ils passent leur journée à utiliser des ordinateurs et à répéter que nous entrons dans une société de l’information ou du savoir. Ils en conçoivent tout naturellement un grand respect pour les technologies de l’information et de la communication et tendent à leur attribuer, à elles et au concept valise d’information, un pouvoir illimité. Du reste qui ne préférerait résoudre les problèmes de la planète grâce une politique d’influence stratégique, plutôt que par des bombardements ? Ces gens-là ne sont pas plus sanguinaires que vous et moi.

Seconde raison : le 11 septembre. La question que se sont posé des millions d’Américains : « Mais pourquoi nous haïssent-ils ? » a appelé une réponse: puisque les sources du mal (les haine insensée des islamistes envers le modèle américain) était culturelle et psychologique, il fallait que les remèdes soient psychologiques et culturels… Donc il, à défaut d’un supplément d’âme, la réponse passerait par un maximum de diplomatie publique, de management de la perception, ou d’influence stratégique gérée par les bureaux du même nom.
la suite de l'article dans "De la guerre psychologique à la guerre idéologique".

voir aussi : Maîtres du faire croire


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