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Otan : bombarder, pacifier et filmer
Le lancement de Natochannel

L'Otan lance le 2 avril sa propre chaîne Natochannel à l'occasion du sommet de Bucarest. Dans la plus pure tradition des psyops US et autres opérations d'information, mais aussi dans la continuité de son action au Kosovo, l'Otan décide de mener la guerre de l'image contre les...talibans.

En effet, l'Otan qui a 47.000 soldats engagés sur le terrain a décidé de produire ses propes reportages, disponibles uniquement sur Internet pour contrer la propagande adverse. Les secrétaire général de l'Otan a affirmé qu'elle en était "à l'âge de pierre" pour ce qui est de la communication. Cela semble pour le moins exagéré (surtout comparé aux talibans dont on n'avait guère entendu dire jusqu'à présent qu'ils fussent à la pointe en matière de marketing et de "com").

L'expérience de 1999 (les frappes "humanitaires" contre la Serbie au Kosovo) a plutôt montré que l'Otan pouvait faire aussi fort que les Américains lors de la première guerre du Golfe en matière de diabolisation de l'ennemi et de "cosmétique" des opérations pour les rendre plus "appealing".

En réalité la décision de produire des images (environ une dizaine de reportages par semaine, sans doute dans l'espoir qu'elles seront reprises par les grandes chaînes et les agences) répond à une certaine logique :

- tout d'abord l'Otan s'inquiète de l'évolution de l'opinion occidentale, d'abord enthousiaste pour cette guerre présentée comme une réplique au onze septembre, mais qui, maintenant, se soucie des pertes et de la progression des talibans dans un pays où le gouvernement contrôle surtout la capitale.

- second sujet d'inquiétude : la force internationale est confrontée au même problème que toutes les armées modernes. Ses soldats utilisent de appareils numériques, ont des ordinateurs personnels, envoyent des mails, tiennent des blogs... Bref, il est de plus en plus difficile de contrôler les informations qui viennent de son propre camp et qui sont immédiatement disponibles dans le monde entier

-enfin, les jihadistes (et apparemment aussi leurs "cousins" talibans) en dépit de l'iconophobie traditionnelle des fondamentalistes semblent avoir compris les pouvoirs de l'image, en particulier celles de victimes civiles, fournies "juste à temps" aux télévisions du monde entier. Et ceci dans un contexte où l'Occident n'a plus le monopole des images de guerre. Sur ce site, nous avons souvent parlé du pouvoir d'al Jazeera, mais aussi des "cassettes jihadistes" et de la "maison de production d'al Qaeda", à savoir As Sahab.

Toutes ces raisons militent pour inciter une organisation militaire, non plus à tenter de censurer les images du conflit ou les écrits (cela, nul n'y songe plus à l'ère numérique) mais à produire ses propres images pour concurrencer voire submerger celles des autres. C'est la guerre des "stockshots".

Une logique où l'Otan a été précédée par les USA et leurs multiples tentatives de se doter de médias destinés aux populations musulmanes et arabophones ou à l'opinion en général, dans la tradition de la diplomatie publique et des opérations psychologiques inventées dès les années 50.

Mais à en juger par le succès de l'expérience américaine, par exemple la télévision arabophone Al Hurrah basée aux USA mais émettant pour les populations irakiennes en arabe, l'Otan a quelques soucis à se faire.

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