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De l'électrum à l'électron
Rappels médiologiques 1

De l’électrum à l’électron, le secret de l’argent.


Quoi de plus éloquent que l’argent ? Il ne sert que si tous l’identifient, l’acceptent et en savent les propriétés. Il lui faut une reconnaissance collective pour être efficace en privé. Chacun peut décider que le jeton rouge vaudra dix et le vert cent. Mais le boulanger ne donnera pas de baguette en échange. L’argent n’est rien en soi ; il est tout par ce qu’il représente. Pour faire accepter cela, il a besoin d’être persuasif.

Pas d’usage universel de l’argent sans publicité. Pas d’universalité sans anonymat de la monnaie divisible en unités. Pour que fonctionnent des conventions si complexes, la monnaie s’explique clairement. L’argent médiateur de l’échange est d’abord un medium. Il enregistre et garantit un savoir préalable : des informations si possible publiques, authentiques, vérifiables. Nous verrons qu’elles reposent sur d’autres inimitables ou inaccessibles.

Pour le dire autrement, si la monnaie remplit ses trois fonctions canoniques, compter, thésauriser, échanger, cela requiert un accord sur ce que l’on mesure (donc sur le barème), sur la constance de la valeur, et sur la validité des transactions. Et cet accord repose lui-même sur des connaissances résumées par la monnaie (voire sur la monnaie) de la façon la plus visible et la moins ambiguë. Du coup, elle ne se contente pas d’exprimer de la valeur, elle commente.

Quand la monnaie bavarde

L’argent est un opérateur bavard, fier de ses pouvoirs, parfois vantard. Conformément à son étymologie (monere), la monnaie avertit.


Elle nous renseigne sur :
- sa nature et son nom d’espèce (je suis un sesterce, un dollar..)
- sa quantité (je suis dix, cent…)
- l’autorité qui lui confère cette valeur (l’Empereur, la République)

et, implicitement, elle renouvelle sa promesse : par moi, tu pourras acheter des choses voire des gens.

Ce faisant, la monnaie rappelle des vérités qui lui permettent d’être à la fois intermédiaire, mesure et réserve donc stock :
- sa rareté (si elle se multipliait sans limites, l’inflation lui retirerait toute valeur)
- son intégrité (elle est bien telle qu’elle a été crée et persévérera dans son être)
- son origine (elle émane de la bonne source)

La monnaie fournit souvent d’autres indications :

Acte de foi : Nous avons confiance en Dieu. La République est une et indivisible.
Proclamation : César règne. La Révolution est en marche.
Admiration : Voilà une chef d’œuvre de l’architecture, élément majeur de notre patrimoine national. Untel est un grand homme.
Message idéologique et politique : Ici, règne tel souverain. Une nouvelle République a été proclamée. Notre pays est devenu indépendant. Le peuple a brisé ses chaînes. L’avenir est radieux.
Allégorie L’Industrie appuyée sur la Science et le Travail apportera la Prospérité à l’Humanité.

La monnaie peut faire sa propre apologie. Ainsi, en 1295, les Ilkhanides, (i.e. la dynastie qui dirigeait la Perse comme « délégués des grands Khans », leurs cousins Yuan régnant en Chine) impriment des billets bilingues en chinois et en arabe, datés de l'Hégire. Comme d’autres jusqu’au vingtième siècle (dont feu le billet en francs) celui-ci avertit aussi les faussaires des châtiments qui les attendent. Ils assure aux honnêtes gens que la pauvreté disparaîtra et que les prix baisseront grâce à la facilité croissante des échanges. Le pronostic est mauvais : en quelques semaines la surabondance de billets provoque un chaos économique. Mais ce bout de papier résume un cours d’Histoire, d’ethnologie, de religion et d’économie (avec éloge du fiduciaire) voire de communication politique .

L’information peut être plus technique : valeur intrinsèque de la monnaie métallique (elle pèse tant), valeur représentative (elle est là à la place de tant de métal qui est conservé quelque part), valeur conventionnelle (l’État a décidé qu’elle valait tant).

Elle indique aussi sa date de fabrication, lieu de la fabrique … Sous Charles VI, dès 1389, les écus frappés dans divers ateliers du royaume portent un « point secret » par atelier. Il est caché sous une lettre bien précise dans la légende de la pièce.
Même si l’artiste signe parfois la gravure d’un billet, l’argent n’a pas à proprement parler d’auteur mais une autorité.

Il peut pourtant être personnalisé. Pour reprendre un autre exemple chinois, Marco Polo décrit comment, à la fin du XIII° siècle. se fabriquent des billets xylographiés sur papier léger à base d’écorce de mûrier Une fois imprimé, chacun est signé par le fonctionnaire local accrédité et revêtu de son sceau. Puis le sceau de l’Empereur Yuan est apposé en grande pompe et à l’encre vermillon, parachevant cette œuvre semi artisanale. Chaque billet ainsi certifié est relativement traçable.

La monnaie scripturale, le chèque qui nous permet d’émettre des euros « privés » d’un simple gribouillis, répond aux mêmes impératifs de publicité et de certification : pour qu’il soit accepté, il est indispensable soit que nous soyons connus, soit que nous prouvions notre identité voire l’approvisionnement de notre compte. D’où d’évidents problèmes de confidentialité et de données personnelles.

Lorsque nous effectuons une transaction électronique à distance, nous dialoguons avec une machine à la fois maternante (es-tu certain de vouloir réaliser cette opération ?) et méfiante (ton code ?).

Quand un transfert de fonds se fait transit de signes volatils (dont nous ne savons plus trop s’ils représentent une promesse ou la chose même), l’échange est pure messagerie.

Le secret du multiple

Comme d’autres le disent ici, la monnaie se fluidifie au cours du temps . Métallique d’abord, donc gravée dans une matière rare, puis fiduciaire par impression d’un message sur un papier (demeurant encore une chose), scripturale par des jeux de signature, électronique enfin, réduite à des bits.

À la question « où est l’argent ?» il est facile de répondre qu’il est dans notre paume (métal), dans les réserves de la Banque nationale quand le billet le représente… C’est déjà plus abstrait pour un chèque : l’argent est-il « sur » le compte d’Untel, « à » la banque ? Et quand l’argent devient électronique (c’est-à-dire quand il est possible de transférer de l’argent d’écran à écran sans transport de support) notre logique vacille.

À l’occasion de l’affaire de la Société Générale, nous avons vu comment Jérôme Kerviel créait cinquante milliards «occultes» en quelques clics pour finalement en « perdre » cinq un matin. Le tout par la magie d’un identifiant secret qui lui permettait de créer de la richesse à volonté. Je défie le lecteur de ne pas avoir pensé une seconde : « Mais où était l’argent en réalité ? ».


L’histoire de la monnaie, envisagée comme triomphe des conventions publiques ou comme victoire du signe sur la matière, en recouvre une autre : la saga des secrets conservés et violés.

En effet, pour que la monnaie manifeste sa puissance, il n’y a pas seulement besoin d’y croire, il faut se persuader que c’en est et de la bonne. Pour la première condition, il suffit que tous les autres croient comme nous : si tout le monde est prêt à accepter mon billet de dix euros, pourquoi m’inquiéter ?

Pour la seconde, l’utilisateur peut soulever d’autres questions :

  • Cette monnaie est-elle ce qu’elle prétend ? (est-ce bien de l’euro ?)
  • Émane-t-elle de qui elle devrait ? En quelle quantité ?
  • Qui me prouve sa valeur ?


La connaissance ou reconnaissance publique de la « bonne » monnaie suppose le monopole et le contrôle d’informations par des pouvoirs.

Dès l’apparition de la monnaie frappée, la question naît : « Qui sait quoi ? Qui possède le secret de cet argent ? ».

L’électrum, (alliage naturel de trois parts d’or pour une d’argent qui se trouve dans le fleuve Pactole) est le premier métal employé pour frapper des pièces en Lydie vers 590 580 avant notre ère. Cette monnaie a sans doute facilité les échanges entre ce royaume et les cités ioniennes en remplaçant des gouttes de métal, lingots ou autres moyens d’échange pesés mais pas encore frappés, ni identifiés à un pouvoir d’émission Poinçonné, portant une figure ou un emblème, l’électrum est la première monnaie qui parle par elle-même et d’elle-même (elle se nomme et dit ce qu’elle représente).

Or l’électrum naturel ou artificiel présente un inconvénient : difficile de connaître la proportion d’or. L’émetteur est au courant mais pas l’utilisateur. D’où l’idée, attribuée à Crésus, de séparer monnayage d’or et d’argent. La nature du métal poinçonné peut se vérifier à la pierre de touche. La monnaie dont l’existence repose sur les notions de poids, d'écriture, de mathématiques et comptabilité, requiert aussi deux innovations techniques : le raffinement de l'or, stade sophistiqué de la métallurgie, et la pierre de touche. Sans instrument de vérification, pas de monnaie : le mode de preuve précède la chose.

Une monnaie métallique peut ne pas contenir tout le métal qu’il faudrait, mais elle peut aussi le contenir sans être ce qu’elle devrait. Sous l'Empire romain, sur les côtes indiennes, des commerçants locaux refondent pour les besoins du négoce des monnaies à l'imitation des deniers, des aurei et solidi romains. Au XIIIe siècle de la «fausse monnaie sarrasine» sert pour le commerce avec les pays d’Islam. Il ne s'agit pas à proprement parler d’escroquerie (le poids de métal y est) mais d'imitations à des fins pratiques. Un souverain peut rogner sa monnaie ou en mêler le métal. Philippe IV le Bel a une réputation de roi faux-monnayeur qui le met en délicatesse avec le pape et lui vaut d’être stigmatisé dans la Divine Comédie .

On peut donc feindre la quantité (poids), la qualité (pureté du métal) et l’authenticité (émaner de qui de droit).
Le rôle du secret s'accroît avec le billet. L'idée de remplacer des choses par des signes remonte à Babylone. Au deuxième millénaire avant notre ère, les marchands se passent déjà par écrit des ordres et promesses. La Mésopotamie qui a inventé la comptabilité et sa fille, l'écriture, en a compris le pouvoir. Mais qui dit confiance dit initiés : les systèmes de lettre de change fonctionnent par limitation du nombre d’acteurs, identification et confidentialité.

Le passage à la monnaie scripturale vraie, c’est-à-dire au billet anonyme, interchangeable, universel est long et compliqué.
Les premiers billets chinois datant du VIII° siècle sont des effets à vue certifiant que tel marchand possède telle quantité de métaux précieux ; ils sont utilisés comme lettres de change. Puis le billet devient un « bon pour » émis par un fonctionnaire et pouvant payer les impôts. L’émission par la première banque d’État chinoise date de 1023, mais ses billets ont encore une durée de vie limitée : il faut s’en servir dans les trois ans.

En Europe, le processus est long qui mène des lettres de change des orfèvres italiens au XV° siècle, au certificat de dépôt des banques d’Amsterdam (XVII° siècle), puis au système de Law. Celui-ci reposait tout à la fois sur des encaisses métalliques et sur des actions de la Compagnie Perpétuelle des Indes fusionnée avec la banque. Law produisait des billets eux-mêmes garantis par le roi. Avoir confiance dans le billet c’était avoir confiance certes en une promesse d’échange, mais aussi dans la connaissance que possédaient ceux qui étaient dans le secret des Compagnies. La banqueroute de Law et la mauvaise réputation de l’assignat nourriront une résistance bien française envers le « papier » : c’est seulement peu avant la guerre de 14-18 que la valeur de la masse des billets dépassera celle des pièces dans notre pays.

Le faussaire à l’ère de la reproductibilité technique

Mais le billet de banque est un objet produit à de multiples exemplaires, fils de l’imprimerie. D’où le souci d’éviter la contrefaçon : comment éviter que ce qui est par nature reproductible ne soit multiplié de façon illégitime ?
Le problème s’est posé aux Etats-Unis au XIX° siècle, lorsque 1.600 banques privées émettent jusqu’à 700 types de billets différents. Résultat : des abus (une banque émet 5.700 fois ce qu’aurait autorisé son encaisse métal), des tirages illégaux (notamment chez les imprimeurs) et de vrais faux billets. D’où l’institution du Greenback fabriqué par le Département du Trésor : sa protection contre les faux-monnayeurs est confiée à un bureau du service secret en 1865.

Longtemps, la contrefaçon demande trois choses : la capacité purement « artistique » d’imiter le dessin des billets à la taille douce, celle de reproduire le filigrane (et/ou d’autres signes plus ou moins discrets laissés par les ateliers d’État) et enfin le bon papier dont la formule est, comme se doit, confidentielle et la détention réglementée. La bonne équation est une forme, plus des signes (discrets ou cachés), plus une matière.

La riposte implique complexité et confidentialité. Complexité : il faut rendre de plus en plus difficile l’exploit qui consisterait à reproduire le dessin à l’identique (par exemple en surajoutant des détails presque indécelables à l’œil). Confidentialité : c’est celle de plusieurs formules (elle est souvent renforcée par la garde armée de supports de l’information : plaques pour gravure, stocks de papier…).
Ceci n’empêche pas quelques exploits remarquables. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, les Allemands produisent de fausses livres afin de ruiner l’économie britannique en inondant le pays de faux, mais leur papier est trop bon : celui qu’utilise la banque de sa Majesté n’est pas de la même qualité. Le faussaire Bojarski réalise dès 1951 et jusqu’en 1963, de l’ancien au nouveau franc, de si bonnes reproductions qu’il introduit une microscopique erreur délibérée (un pétale de fleur) pour s’y retrouver lui-même.

De nos jours, la protection contre les faussaires ne repose plus sur la qualité du dessin (n’importe quel scanner le reproduit sans peine), mais sur une pluralité de petits secrets de fabrication : un euro comporte 63 points de contrôle dont une dizaine ne sont pas révélés au public : fil incorporé et bande métallique, hologramme, encre apparaissant aux rayons ultra violets ou changeant de couleur selon les angles de vision. En principe, l’imiter représente tant de performances que soit le faussaire n’y parvient pas sur tous les points soit cela lui coûte plus cher qu’un vrai billet.

La séparation entre connaissance publique et connaissance cachée prend son importance avec la monnaie électronique, ou plus exactement les transactions électroniques réalisant un transfert de monnaie.

Au début, les cartes de crédit sont simples. Ces rectangles de plastique certifient qu’Untel a bien un compte auprès de la banque Y (ou auprès du magasin qui lui accorde le droit de payer en différé). Elles servent d'élément de preuve (Oui, Untel a bien du crédit chez Y) en conjonction avec des papiers d'identité qu'il faut parfois présenter au commerçant (je suis bien Untel) voire avec une vérification téléphonique (Je confirme : Untel a bien droit à un crédit chez Y). De ce point de vue, la carte première manière rappelle encore un chéquier classique, à part le report dans le temps du payement, et la procédure d'enregistrement.

La piste magnétique a un rôle pratique (retirer de l'argent dans un distributeur) mais aussi symbolique : pour la première fois l'argent porte un message en un langage non humain. La bande, qui ne parle plus de Dieu, de César, de Cézanne ni des travaux forcés, porte un message invisible à l'œil nu : "oui je suis bien la carte tant du compte tant qui a droit a tel crédit".

La carte à mémoire (la « puce » inventée par Moreno) est introduite parallèlement à d’autre modes d'identification, de complication, de secrets (hologrammes, inscriptions laser....). L'argent devient trace et témoigne de sa propre histoire. La carte ne se contente plus de dire son identité, comme un numéro d'immatriculation, elle stocke, elle compte, et elle raconte. Elle mémorise des dépenses hors ligne et dialogue en ligne avec des terminaux, elle échange des données. C’est un palimpseste toujours réécrit. De l'argent comme signe à l'argent comme témoignage, le changement n'est pas mince.
D’où un énorme problème de protection de données. Il faut prévenir le viol bigbrotherien de l’intimité du consommateur, mais aussi se garantir contre les escrocs qui voleraient l’identité du propriétaire ou fabriquaient des cartes ne correspondant à aucun compte véritable, etc., D’où un nouveau partage à réaliser entre l’information nécessaire à la transaction et l’information à cacher.
Nous ne donnons plus tant d'unités de compte, ni ne certifions plus de notre dette par une signature, nous appuyons sur cinq touches, les quatre de notre code, et celle de la validation. Nous faisons des choses dans un ordre convenu pour prouver que nous possédons un secret.

L’argent ainsi réduit à des suites de 1 et de 0, ce numéraire numérisé, est-il encore une chose ou un événement ? Pourtant, sa dématérialisation repose sur une infrastructure très lourde : sans des administrations, sans l'État pour construire des lignes téléphoniques et fournir de l'électricité, sans des dizaines d'employés et des tonnes de ferraille ou de circuits fabriqués à Taiwan, rien de tout cela n'existerait. De même, si l'opération se traduit par une transmission immédiate de signaux, elle a pour contrepartie un système lourd de sécurité, de contrôle, et donc de dissimulation.

De l’électrum à l’électron

Ceci vaut davantage encore avec le règlement électronique sur Internet. Il supprime le dernier lien physique qui rattachait encore l'acte de payer à une expérience séculaire (aller, prendre, donner en échange). Il rompt le rapport entre la possession d'argent et la détention d’une chose, fut-ce un rectangle de plastique. L’envoi correct de données – traduction du fait qu'un ordinateur communique légitimement une certaine information - suppose la preuve que l’on détient une information réservé, le plus souvent un numéro- mais sans divulguer celui-ci ni aucune donnée sensible. Tout est rendu possible par les avancées spectaculaires de la crytpologie .

Il peut exister des raffinements dont le système dit du « tiers de confiance ». Ce dernier fournit à distance soit des certificats attestant de l’identité d’une personne qui signe par code, soit des outils de signature électronique fiables, soit enfin l’infrastructure technique nécessaire pour garantir le tout. Dans tous les cas, la transaction se fractionne en deux : la relation entre acheteur et vendeur (ou créditeur et débiteur) et une relation avec le tiers qui assure la bonne marche ; l’argent existe, a bien été versé, les signataires sont qui ils prétendent, personne ne peut interférer ou s’infiltrer dans le circuit. Et ceci est crédible parce que ce tiers possède certaines informations sur l’un ou l’autre mais pas nécessairement sur la transaction même. En fractionnant ainsi mode de connaissance et mode de preuve, l’utilisateur ne livre que le strict nécessaire. Tout un édifice combinant algorithmes, mots de passe et bases de données protégées, assure le fonctionnement fluide au prix d’une divulgation minimale..

La confiance indispensable aux systèmes monétaires présuppose une assurance sur l’ignorance.
Il faut tout à la fois que le monopole de certaines connaissances (savoirs techniques, accès à des données numériques) permette de restreindre la prolifération incontrôlée des moyens de payement.
Il faut ensuite qu’un stock (compte, réserve, base de données) ne puisse être altéré, saboté, prélevé, reproduit, publié, surtout numériquement…

Enfin le secret sert à prouver. En démontrant que l’on détient une information dont l’unique rôle est d’être unique, on peut démontrer qui l’on est ou ce que l’on est autorisé à faire.
De l’électrum à l’électron, il faut ces arcanes garantissant rareté, intégrité, confidentialité, authenticité…, pour que l’argent règne sur la scène publique.




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