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Obama, Oussama et les bobos
Caricature du New Yorker et marketing politique






La logique des élections U.S. est récurrente : après avoir courtisé les syndicats, les minorités et les militants libéraux (au sens américain) côté démocrates, les fondamentalistes chrétiens côté républicains, le candidat se recentre dès qu'il est désigné par son parti. Quitte à peiner ses partisans de la première heure.

Dans le cas d'Obama, cela s'est traduit par des signes qui ont douloureusement fait réagir l'aile gauche du parti, et plus douloureusement encore la presse européenne :

- L'affaire des financements publics. Le système américain laisse le choix aux candidats pour rassembler les fonds de leur campagne. Soit accepter des fonds publics, en l'occurrence 85 millions de dollars (mais en plafonnant ses dépenses), soit faire appel au financement privé. C'est la seconde solution qu'a choisi Obama, après avoir promis le contraire. Il est vrai qu'il se révèle bien meilleur que son concurrent républicain au jeu de la collecte de fonds : trente millions de dollars en un mois. La tendance lourde qui rend les élections américaines de plus en plus coûteuses en termes de marketing politique ne sera pas démentie cette année Ici la surprise est plutôt que les démocrates soient meilleurs que les républicains au jeu de l'argent. Les deux victoires de G.W. Bush étaient largement dues à la capacité exceptionnelle du binôme néo-conservateurs plus fondamentalistes religieux à trouver plus de financement que les démocrates. Or, cette fois, McCain, même s'il a du se défendre d'être entouré de trop de lobbyistes a été un moins bon collecteur de fonds qu'Obama.

- Le retrait d'Irak : le ton a changé entre les promesses du début (entreprendre le retour des boys dès son élection, au rythme de une à deux brigades par mois soit seize mois en tout) et les dernières déclarations d'Obama qui explique de façon plus embarrassée qu'il consultera des experts militaires, qu'il réfléchira...

- Les écoutes téléphoniques et la loi FISA : comme nous l'avons indiqué sur ce site, l'amendement assurant l'impunité aux compagnies téléphoniques qui ont participé à l'écoute illégale de milliers d'Américains a été finalement voté. Et le candidat démocrate qui s'était d'abord indigné de cette amnistie a fini par la voter.

- La détention d'armes : Obama approuve décision de la Cour suprême qui juge inconstitutionnelle l'interdiction de détention d'armes dans le district de Columbia (Washington). Il envoie là un fort signal aux détenteurs d'armes après avoir dit qu'il comprenait le besoin d'une collectivité de contrôler les armes sur son territoire.

- La peine de mort, à laquelle Obama se déclare favorable, même si c'est pour des cas extrême comme les violeurs d'enfants.

- L'aide financière aux organisations religieuses (les "initiatives basées sur la foi" chères à G.W.B.). Obama encourage - de façon fort peu laïque - les efforts de la Maison Blanche pour subventionner des


- L'Iran avec le discours à l'AIPAC, le think tank/lobby pro-israélien de Washington. Obama déclare qu'il fera tout pour l'empêcher d'avoir l'arme atomique et multiplie les preuves qu'il est un ami sincère d'Israël.

Visiblement, Obama se sent suffisamment assuré sur son flanc gauche (il compte que la peur d'un Mc Cain Bush III lui garantit le vote des démocrates les plus exaspérés et les plus militants) pour aller pêcher les voix plus d'électeurs plus traditionalistes.

Il y est d'autant plus incité qu'il doit se battre contre trois accusations majeures :

- celle d'être un doux rêveur qui ne cesse de faire appel au principe de l'espoir mais n'a ni volonté, ni expérience, ni force de caractère, voire d'être un "flip-flop", un type qui retourne sa veste (c'est la tonalité majeure des spots télévisés de Mc Cain).

- celle d'être un représentant des élites sans véritable lien avec l'Amérique profonde (comme Kerry en son temps). Ce à quoi il tente de répliquer en rappelant combien il est imprégné de vraies valeurs populaires américaines...

- enfin un troisième type d'accusations qui, contrairement aux deux précédentes - encore dans un registre démocratiquement acceptable - ressortent au délire et à la désinformation. Par exemple, les rumeurs sur ses sympathies pour les terroristes ou son appartenance plus ou moins passée et inavouée à l'Islam. Du coup, les sondages du Pew Insittuterévèlent que 10 %d'Américains croient effectivement qu'il est musulman "caché", 12% qu'il a prêté serment sur le Coran et 26 % qu'il a été élevé comme un musulman...


Dans ce contexte de rumeurs, une affaire surprenante prend tout son sens. Le New Yorker dans son prochain numéro daté du 21 Juillet - donc le magazine par excellence de l'intelligentsia de gauche et certainement pas des amis de McCai - portera une couverture où l'on voit Obama habillé à la façon de ben Laden (dont on voit d'ailleurs un portrait dans un coin de la pièce, tandis que brûle le drapeau américain) face à sa femme Michelle qui adopte, elle, un style plus guerillera avec des cheveux à la Black Panthers façon Angela Davis et une Kalachnikov.

D'où une énorme polémique : nul ne doute que le propos du New Yorker soit totalement ironique, or peut-on peut-on, même au second degré , jouer avec de telles représentations ? En voulant parodier les fantasmes que développeraient les électeurs d'extrême-droite sur Obama, le très politiquement correct magazine aurait enfreint un tabou. Cette version mineure de l'affaire des caricatures islamiques provoque un débat sur les limites de la satire.

Dans tous les cas, elle montre les dysfonctionnements d'un système : personnalisation de la politique, plus la publicité négative, plus rumeur, plus puritanisme reconverti en stratégie de l'indignation permanente et des bons sentiments.

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