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Obama magical mystery tour
Adoré en Europe = élu aux USA ?



Ce texte figure dans l'anthologie téléchargeable ici :





Rock-star, Barnum médiatique, Obamania. Tournée à la Madonna, nouveau Kennedy, Tri-om-phal
!
Les marques d'enthousiasme ne manquent pas pour saluer le tour du candidat démocrate : 200.000 personnes à Berlin et, en France, le suffrage autant les banlieues que de l'Elysée où N. Sarkozy l'appelle son copain.

Il est vrai qu'il a trois atouts :

- n'être pas Bush (donc apparaître a priori comme pacifique et sympathique)
- représenter la diversité ethnique (notion unanimiste qui ne fâche personne)
- promettre une réconciliation euro-américaine (où chacun met ce qu'il imagine).

Sa stratégie du "il suffit d'espérer" semble donc fonctionner en Europe. Et pas seulement auprès des médias ou des élites. Les sondages le créditent de résultats étonnants. Selon l'institut Pew, 82 % des Allemands, 84 % des Français et plus de 70% de Britanniques le préfèrent à son rival.Tandis qu'aux USA, il en est à 47% d'intentions de vote contre 41% pour Mc Cain.

Obama peut même s'offrir le luxe de poser en famille sur la couverture du magazine "People", sans que personne ne songe à parler de politique-spectacle, de peopelitique ou de bling bling.
Le tout n'est d'ailleurs pas dépourvu d'ambiguïté : il est aimé pour ce qu'il paraît et pour ce qu'il pourrait remplacer, pour sembler assez à gauche à certains Européens, pour se présenter pour les autres le symbole d'un atlantisme assez respectable.

La stratégie d'Obama est claire :

- Il "fait l'agenda" et il occupe la scène. Il "est" l'événement, laissant dans l'ombre son rival qui en est réduit à se promener en voiturette électrique avec Bush père ou à aller dans le Bronx rencontrer des amateurs de base-ball au Yankee Stadium. Pendant ce temps, Obama vole d'Afghanistan en Irak, de Jordanie en Allemagne, de France en Angleterre, avec jets, foules, soldats, orchestres, discours...

- Il se "kennedyse" (y compris dans ses moindres gestes comme une veste négligemment jetée sur l'épaule, ou dans la façon de faire les photos de famille), ce qui veut dire qu'il s'approprie les connotations "jeune président", "changement", "espoir", "image internationale", "séduction", "modernité" de JFK.

- Il se "présidentialise" - une tactique assez dangereuse qui consiste à se comporter comme si c'était fait et à prouver que l'on peut l'être président parce que l'on est traité comme un président - Avantage collatéral : en se fondant quasiment dans la future fonction, Obama espère balayer son handicap : avoir été "Monsieur Nouveauté" contre Madame Compétence, puis apparaître comme l'homme des rêves contre l'homme des valeurs (Mc Cain), y compris les valeurs de caractère. On lui dénie l'expérience, il aura la stature.

- Il se "virilise" en gilet pare-balle et applaudi par des Gi's, face à un adversaire dont on peut difficilement discuter le courage ou le patriotisme.Sans apparaître encore comme l'homme des tempêtes, il démontre qu'il en se contente pas de promettre de remettre en marche le rêve amércain.

- Il joue le monde extérieur contre Mc Cain l'enraciné : la popularité hors-frontières d'Obama promet à l'Amérique une réconciliation avec le reste du monde dont elle comprend mal pourquoi il ne l'aime plus.

- Il est l'homme du soft power : il semble en mesure de restituer aux USA leur capacité d'attraction basée sur la séduction de son mode de vie, sur son image médiatique, et sur sa faculté de multiplier les alliés spontanés.

- Il rassure sa droite en politique étrangère. Fidélissime allé d'Israël à qui il avoue admiration et dévouement, vigilant sur le danger iranien, il ne ressemble plus guère au gauchiste mondain tiers-mondiste que voudraient caricaturer certains.

- Il joue Afghanistan contre Irak : en déclarant que la source du vrai problème est là (ce qui est, d'ailleurs, tout sauf stupide), il compense l'inquiétude suscitée par ses promesses de retrait rapide d'Irak.

- Enfin, et comme nous l'avions déjà souligné, il se recentre, voire courtise certains déçus du bushisme, quitte à décevoir son aile gauche (mais quel choix a-t-elle ?).

Cela marche ? Cela marche fabuleusement en Europe.


Reste à savoir si Obama à trop briller loin des réalités quotidiennes, ou à trop briller tout court (rappelez vous le handicap qu'avait été pour Kerry son côté "élitiste") ne s'éloigne pas d'un électorat instable mais décisif. Lui-même semble douter que son tour le fasse monter dans les sondages. Gagner une élection consiste à établir un savant équilibre entre la compétence (il pourra le faire), la séduction (il est sympathique) et la proximité (il nous représente). Et la messe est loin d'être dite.

 





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