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Conférence de presse d'Obama
Guère de surprise dans la toute première conférence de presse du 44° président des États-Unis. Qu'il annonce son intention de donner la priorité à la crise et qu'il élabore un plan d'urgence pour les contribuables les plus fragilisés n'a rien pour étonner. Entouré d'une pléiade d'économistes, il esquisse quelques mesures aux tonalités keynesiennes, de grands travaux publics, la distribution d'aides en particulier à l'industrie automobile, des baisses de taxes pour les plus modestes. Donc grand classicisme des solutions en des temps où l'on redécouvre les recettes anciennes.

Plus surprenante, en revanche, est cette hâte d'Obama, l'homme pressé. Dès jeudi, il a parlé au téléphone avec les dirigeants de neuf grands pays esquissant déjà des projets pour l'Afghanistan, pour l'Iran, pour lutter contre le réchauffement climatique... Pendant qu'il forme son nouveau gouvernement, il entretient ses bonnes relations bipartisannes avec l'administration sortante, prépare déjà sa visite de lundi à la Maison Blanche..., mais a l'habileté de refuser de participer au sommet du G 20 pour ne pas troubler le message d'une Amérique qui semblerait bicéphale.
L'homme qui a conquis le parti démocrate puis le pays au pas de charge, tient à faire savoir qu'il y a un pilote dans l'avion et qu'il agira vite. Affaire de tempérament sans doute tempérée d'une intention stratégique : faire savoir qu'il peut commander autant que séduire, tout risquer pendant qu'il bénéficie d'une incroyable vague porteuse.

Jamais sans doute une élection n'a soulevé un sentiment si extatique ni été célébré par de si grandioses hyperboles. Et comme ses adversaires en politique intérieure semblent discrédits par huit ans de bushisme et maintenant divisés, il est tentant de répondre que son seul ennemi est le principe de réalité donc le temps. On ne peut pas avoir suscité de tels espoirs en des temps où les contraintes sont si prégnantes, ni promis de tels miracles de la foi (Oui, nous pouvons !) sans risque de décevoir.

Resterait d'ailleurs à savoir si les Américains l'ont élu pour retrouver en une nuit leur statut d'Empire du Bien et pour se faire féliciter de leur "courage" d'avoir élu un candidat "de la diversité". Il se pourrait, pour une part au moins de l'électorat, que ce soit au contraire le désespoir de voir s'effondrer tant de certitudes qui les ait poussés à parier sur ce qui n'avait jamais été tenté.
Même s'il est quelque temps en droit de rejeter une large part de responsabilités sur un héritage que nul ne songe plus à défendre, Obama sait que le grand avantage de n'être responsable de rien et d'invoquer les lois globales de l'économie s'épuisera vite. Et, à la mesure de l'immense pouvoir politique, mais aussi médiatique pour ne pas idéologique et culturel qu'il possède aujourd'hui, le nouvel élu démocrate aura à payer le prix du rêve.

Mais plus concrètement, qui s'opposera à lui ?
Oublions pour le moment la trentaine de suprématistes blancs à gros tatouages qui planifieront des attentats contre Obama et se feront cueillir par le FBI dès qu'il consultera leurs annonces sur Internet. Une bonne partie de l'électorat républicain, disons celui qui acclamait Palin, va probablement se sentir révulsé. Il attendra le pire de celui qu'il voit comme un gauchiste tiers mondiste présumé musulman (sans parler de son pool génétique) : qu'il leur prenne leurs armes ou autorise le mariage des homosexuels. Mais, d'une part il y a peu de chances qu'Obama entretiene la "guerre des cultures" en s'en prenant aux sujets symboliques. D'autre part, l'électorat fondamentaliste et droitier est encore sous le choc et n'a guère de leader pour canaliser sa rage.

Et les néoconservateurs ? Si vous vous attendiez à ce qu'ils fulminent (eux qui, rappelons-le, préféraient depuis toujours Mc Cain même à G.W. Bush) à ce qu'ils annoncent l'Apocalypse, détrompez vous. Certes, ils ne réjouissent pas du risque de voir revenir deux de leurs bêtes noires - l'État providence et le risque d'une politique extérieure moins ferme - et ils s'inquiètent du pouvoir que vont prendre leurs pires ennems : les "médias libéraux au cœur saignant" toujours prêts à s'excuser pour l'Amérique et à se repentir. Mais les réactions des grandes institutions néo-conservatrices (American Entreprise, le Weekly Standard ou Commentary) sont étonnantes de modération dans leur façon d'annoncer une opposition loyale et raisonnable. Aucun ne semble analyser l'élection d'Obama comme un immense effondrement idéologique. Ils semblent au contraire rassurés : les progrès de la méthode Petraeus en Irak leur semblent si avancés que les promesses de retrait ne les affolent guère. Et ce qu'a dit le candidat sur la lutte ant-iterroriste en Aghanistan et au Pakistan, son attitude anti-russe, sa fermeté affichée face à l'Iran et surtout son soutien aux positions pro-israéliennes les plus fermes, tout cela ne les plonge guère dans l'angoisse.
Effet d'un étrange état de grâce après la lame de fond (le "juggernaut" disent les Américains) ? Ou connivence plus profonde ? Rarement on se sera dirigé vers des heures aussi décisives dans une telle incertitude.

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