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Investiture d'Obama : l'extase et la crise
Dieu, patrie et ancêtres : yes they can






Les cérémonies pour la prestation de serment du président des États-Unis ont sans doute battu plusieurs records : millions de spectateurs sur place, millions de dollars (75 de budget officiel, mais si l'on tient compte du coût total, peut-être s'agira-t-il de la cérémonie la plus chère de tous les temps, suivant la campagne électorale la plus coûteuse jamais vue), centaines de millions de téléspectateurs à travers le monde, milliers de vedettes, de peoples, de correspondants de presse, de caméras, de larmes.

Sur fond de prière, mais aussi de rock, blues et fanfare militaire, le record est aussi celui des superlatifs employés par tous les commentateurs et dans toutes les langues : ils témoignent d'une expectase planétaire inégalée. Dans les années 70, on aurait écrit que le spectacle de l'apothéose constituait l'apothéose du spectacle.



Et ces flots d'adjectifs qui nous submergent battent un autre record : celui de la redondance. Tout le discours du "globamisme" s'articule autours de quatre thèmes dont la glose se répète à l'infini.



- La diversité. La différence triomphante et réconciliée. Ou plus exactement, tout en niant accorder la moindre importance à la couleur de peau du président (ou à n'importe quelle autre caractéristique de n'importe quelle autre "minorité"), chacun s'extasie que cela soit possible et que cela n'ait plus d'importance dans une Amérique désormais lavée de tous ses péchés.



- L'espoir. Plus le nouvel élu déchaîne l'enthousiasme, plus on le crédite du pouvoir de susciter l'espérance. Et plus, il y a de croyants, plus le slogan "Oui, nous pouvons" (sans complément d'objet) gagne en crédibilité. L'émotion est auto-probante et l'unité vaut autorité : plus nous vibrons ensemble, plus le sentiment fusionnel semble garantir sa réalisation.



- Le changement. Là encore avant que rien ne se soit produit, tout ce qui diffère de l'ère Bush est a priori bon pour la planète.



- L'incarnation. On ne cesse de répéter qu'Obama "incarne" (une génération, son époque, l'avenir, la diversité, l'espoir et le changement, ..) et d'insister  sur la portée symbolique de ses actes (qui eux-mêmes renvoient sans à Martin Luther King, au président Lincoln, ou à un simple soldat mort en Irak.)



Le problème des quatre thèmes précédents n'est pas qu'ils soient "faux". En fait, il est légitime d'apprécier que les Américains n'aient pas refusé d'élire un noir ; il serait stupide de souhaiter qu'ils soient tous désespérés ; il faut sans doute se réjouir que l'on fasse le contraire de la politique de GW Bush et il serait absurde de reprocher à un président des USA de bien communiquer et de s'approprier les symboles de l'unité nationale.

En fait, ces thèmes ont le défaut de n'être ni vrais ni faux, mais plutôt autoréférents et apolitiques. Tous célèbrent la personnalité du nouvel élu et les sentiments positifs qu'ils suscitent. Ce n'est pas un défaut d'être séduisant et aimé ; ce peut même être un outil politique, mais ce n'est pas un but politique. Émotion et représentation ne peuvent remplacer l'action et occulter les intérêts de puissance.



Du coup, le  discours d'investiture d'Obama contraste avec l'atmosphère de la journée. D'invocations de l'aide divine en exaltation des héros qui ont fait la Nation, sur les champs de bataille ou avec leurs mains caleuses, il s'inscrit dans la tradition du patriotisme américain et des références à ses croyances fondamentales. Continuité, restauration des valeurs anciennes de travail, de patriotisme, de courage.., réhabilitation du Bien Commun, dette envers les prédécesseurs, foi en la puissance bénéfique des USA comme Nation universelle : Obama n'a, sur ce point au moins, tenu ni un discours de rupture, ni eu la fibre très progressiste. Le passé glorieux (les anciens qui ont vaincu les colonisateurs, la ségrégation, le fascisme, le communisme, les crises précédentes..) mêlé à l'appel de Dieu, tout cela revient comme un encouragement face aux difficultés à venir, que le nouveau président n'a certainement pas sous-estimées. La foi et la détermination des fondateurs ou prédécesseurs sont envisagées comme des remèdes contre des difficultés et des gâchis dont Obama a évoqué le bilan. Il les énumère en un résumé de tous les thèmes de sa campagne électorale. Et fait un constat de la gravité exceptionnelle de la crise tempéré par l'idée qu'il est typique du caractère américain de faire face aux difficultés.



Quelles indications en retirer sur sa politique ? Ce n'est pas l'anti-idéologisme économique affirmé (l'important n'est pas de savoir s'il y a trop d'État ou de marché, mais que cela marche, dit-il en substance) qui nous renseigne beaucoup. S'affirmant comme un bon gestionnaires (chaque dollar comptera...), le nouveau président évoque prudemment en politique étrangère un retrait responsable d'Irak, la recherche de la paix en Afgahnistan, la résolution face aux terroristes et aux proliférateurs,  s'essaie vaguement le thème du soft power (la coopération avec les autres pays, l'exemplarité et l'attractivité de son modèle).

Bien sûr personne n'attendait de mesures concrètes ou d'annonces révolutionnaires d'un genre oratoire aussi convenu. Mais le quarante-quatrième président, outre une démonstration de ses talents rhétoriques, pourrait bien avoir annoncé un pragmatisme qui surpendra certains de ses partisans.











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