huyghe.fr - Le site de François-Bernard Huyghe
OK
 Sur Twitter : @huyghefb
 Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie
 Terrorisme
 Affrontements, stratégies et images
 Information, pouvoir et usage : l'infostratégie
 Intelligence économique : du savoir à l'influence
 Pouvoirs et information
 Transmission et communication : la médiologie
 Médiologie au présent
 Médiologie de l'histoire
 Divers
 Textes à télécharger
 Huyghe Infostratégie Sarl
Information, pouvoir et usage : l'infostratégie > Pouvoirs et information
On a marché sur la lune... six fois
La conquête spatiale : une vieille lune ?

On célébrera en Juillet le quarantième anniversaire des premiers pas de l'homme sur la lune avec Apollo 11. Une commémoration qui révèle un des paradoxes du progrès : celui des inventions et bouleversements techniques attendus mais qui tardent ou qui tournent court. Que nous soyons parvenu à envoyer un homme sur la lune voilà un exploit que l'on décrivait depuis Cyrano de Bergerac ou Tintin. Dans un contexte de guerre froide, la course à l'espace a été une des entreprises les mieux planifiées (et accessoirement les plus couteuses de l'Histoire).
Quelle que soit l'émotion ressentie il y a trente ans, le premier alunissage faisait partie des événements les plus inéluctables - du moins il paraissait tel avec le recul. Mais la suite ne semblait pas moins logique : nous allions nous installer sur d'autres planètes et sur des stations orbitales, conquérir l'espace infini, y puiser de l'énergie ou des minéraux, étendre les limites de notre biotope ... Or après six missions sur la lune de 1969 à 1972..., plus personne ne marche sur la lune. Même si le programme Constellation de GW Bush prévoyait une reprise de l'exploration spatiale et un retour sur le lune vers 2018/2020.
Or pour des raisons que les historiens expliqueront - financières, fin de la guerre froide, impasse de la guerre des étoiles - la conquête de l'espace s'est considérablement ralentie. Il n'y a pas eu de vraie catastrophe, simplement il s'est produit la chose la moins attendue : nous avons "un peu" continué et rebattu de nos bambitions juste au moment où elles semblaient ouvir les espérances les plus folles.
Il n'est pas inintéressant de retourner vers quelques classiques de la futurologie et de comparer le progrès que nous avons connu en trente ou quarante ans et celui que nous attendions. Car ce ne sont pas les anticipations audacieuses qui manquaient.

Les travaux de la fameuse Rand Corporation étant les plus représentatifs de cette abondante production, on peut faire un sondage avec les prévisions faites en 1964 par Olaf Elmer pour cet organisme. A côté de pronostics justes (l'homme sur la lune pour la période 68/70, les transactions directement réglées entre banque et magasin, ou les banques d'information) on y retrouve un grand nombre de "classiques" de la prédiction : "machines à enseigner" (pour le début des années 70), contrôle du climat et alimentation synthétique, langage universel et démocratie à domicile ("vote automatique"), robots domestiques à tout faire, etc.. La conquête de l'espace suggère les "bases lunaires temporaires" (en 1974/1976), le survol piloté de Mars et Vénus presque immédiatement après, puis l'exploitation des minerais sélénites et de ceux du fond de la mer, les transports commerciaux par fusées balistiques... Les progrès de la biologie, devant eux aboutir dans le dernier quart du siècle sur la vie artificielle. Le contrôle génétique et les "drogues chimiques pouvant modifier la personnalité" et les "techniques perfectionnées de propagande, contrôle de la pensée, motivation de foule et maniement de l'opinion" complètent d’une note sombre. Parfois, la RAND est plus précise ; en 1969, elle prévoit le bulletin météorologique sûr à 100% pour 1975 et l’inévitable traduction automatique pour 1972.

Mais, plus influents que les travaux de la Rand, ceux du Hudson Institute et de l’American Academy of Arts and Science, inspirent le livre d’Herman Kahn "L’an 2000". C’est un monument des années 60 qui mérite la visite : la “bible des trente prochaines années”, comme on surnomma le livre, est le catéchisme de l’optimisme technologique,
Pour Herman Kahn, d’ici l’an 2000 la moitié environ du Tiers-Monde atteindra un PNB de 10000 francs (1976) par personne et par an et qu’en 2050, les vingt milliards d’habitants de la terre jouiront d’un revenu de 20.000 dollars par tête. Kahn affirme qu’il y aura des armes créant des raz-de-marées avant 1985 pendant que l’on exploitera le minerai lunaire, qu’en 1990 on changera de couleur de peau à volonté, qu’il y aura des lunes artificielles pour l’an 2000 et que l’on s’adonnera à la “stimulation électronique du plaisir par clavier” vers la même époque. Entre un audacieux “emploi répandu de l’automation et de l’informatique dans la gestion et la production” ou un alléchant “méthodes physiques inoffensives pour s’abandonner excessivement”, on trouve “L’installation de l’homme en permanence sur la lune et sur les satellites”, quand ce n’est pas sous les mers ou les “plates-formes volantes individuelles”. De la même façon, le contrôle du climat, des épiceries automatiques, les aliments synthétiques, etc.. font partie d’un stock d’anticipations 1900 toujours utilisé. Sans parler de l’increvable hibernation.. Soit dit en passant les mêmes futurologues avaient oublié de prédire des événements comme la chute du communisme et le retour de l'islam.

Parmi les inventions que l'on attendait pour demain, il y a en a qui, à l'évidence ont pêché par surévaluation du rythme des découvertes possibles ou par ignorance des données du problème (la machine à traduire restera sans doute toujours un simple gadget tant la compréhension de la langue demande la contextualisation de chaque mot, donc une expérience qui ne peut être que celle d'une cerveau humain).
Mais la semi-conquête de l'espace révèle une autre limite : celle de notre désir ou du prix que nous sommes prêts à payer pour lui. Une donnée qu'ignoraient les utopies dont nous héritons.


 Imprimer cette page