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Irak, Afghanistan, Pakistan
Le jeu perdant d'Obama ?

Quelques jours après avoir reçu un prix Nobel davantage destiné à récompenser des espérances suscitées que des performances réalisées, Obama se trouve confronté à une série d'attentats en Irak, Afghanisatan et au Pakistan - pas forcément planifiés par une unique intelligence diabolique - mais dont la convergence menace tout un pan de sa politique étrangère. Le crédit qu'il s'était acquis en apparaissant comme l'anti-Bush et par des proclamation sur le multilatéralisme risque de s'épuiser vite, et plus vite aux USA qu'en Europe.

Pour caricaturer la politique étrangère d'Obama dans la région elle consistait, si nous avons bien compris, en un coup de billard en trois bandes :

- en Irak profiter des relatifs succès du général Petraeus contre les jihadistes étrangers et des accords passés par l'administration précédente, "décrocher" au maximum en repassant la charge de la guerre aux autorités locales, croiser les doigts en espérant que milices chiites, sunnites et les Kurdes ne s'affronteraient pas trop vite. Souhaiter bonne chance à al Maliki et passer ailleurs

- en Afghanistan, faire un effort  intense de contre-insurrection pour arrêter la progression des talibans, remporter des premiers succès sur le terrain pour négocier avec certaines tribus, acheter plus ou moins des ralliements, trouver des talibans modérés avec qui conclure des accords et renforcer un gouvernement local crédible. Ce qui supposait, outre le problème purement militaire sur le terrain (gagner dans des montagnes où l'Empire Britannique et l'Empire Soviétique ont échoué), un effort considérable - financier et en nombre de soldats -difficile à supporter pour l'opinion US, plus l'appui des alliés membres de l'Otan, plus un pouvoir local dont l'isolement et la corruption ne choquent pas trop l'opinion internationale.

- au Pakistan un soutien en tenailles des alliés menant une offensive contre les régions tenues par les talibans avec un énorme soutien logistique US. Essayer de régler en une fois le problème taliban aghan et pakistanais, en le séparant de celui de la mouvance jihadiste internationale, dont les experts discutent la dangerosité actuelle.

Il est possible que cette politique ait été la seule vraisemblable ou la seule imaginable, mais elle subit déjà de sérieux revers.

Il est encore trop tôt pour juger de l'efficacité de l'offensive de l'armée pakistanaise, il n'est pas difficile de discerner quelques signaux inquiétants pour cette politique :

- aux USA où il semble qu'Obama soit effaré par "l'addition" que lui présente le général Mc Chrystal : 44.000 soldats supplémentaires et hésite encore à rechercher des solutions alternatives.  Selon leNew York Times, les statèges US en seraient réduits à envisager un politique de "protection de dix centres de population" (laissant peu ou prou le reste du pays aux talibans ?), ce qui n'est pas exactement montrer un moral de vainqueur.

- en Europe où les alliés de l'Amérique ne se précipitent pas pour lui proposer d'envoyer de nouveaux contingents dans une guerre impopulaire ; c'est le moins que l'on puisse dire

- en Afghanistan où les tensions entre Karzaï et l'allié américain s'accroissent et où le fiasco des élections truquées (quelques semaines après l'indignation internationale contre Ahmaninedjad) va obliger à un nouveau partage du pouvoir après organisation d'un deuxième tour un peu cosmétisé qui ne convaincra pas grand monde

- en Irak où la tenue des futures élections de Janvier et les ambitions des kurdes autour de la région pétrolière de Kirkouk et leur opposition croissante constituent deux bombes à retardement, entre autres.



Dans ces conditions, difficile de faire pire que les récents attentats :

- ceux de Bagdad, le 25 octobre, font près de 150 morts, démontrent la capacité des insurgés à frapper près de la fameuse zone verte et cassent l'image que veut donner le premier ministre al Maliki : un pays sur la voie de la paix et de la démocratie, prenant calmement le relais de l'allié américain. Petit exemple : soixante membres des services de sécurité irakiens ont été arrêtés après les attentats de dimanche : qu'ils soient complices ou lampistes, ce n'est pas l'indice d'un État fort et fiable que d'avoir ce genre de réactions.

- celui de Kaboul où 62 personnes ont été tuées ces deux derniers mois et qui suit la perte du huit soldats américains, adresse un message fort à l'opinion internationale. Il s'agit peut-être moins de "troubler le processus démocratique de l'élection présidentielle" (comme l'écrivent les mêmes médias qui s'étaient félicités de l'échec des talibans à empêcher ledit processus lors du premier tour "pour rien" de la même élection) que de prolonger par des actions symboliques dans la capitale des succès militaires remportés dans les provinces. Dans tous les cas, ce genre d'actions qui touche des Occidentaux n'encourage pas les opinons publiques à soutenir l'envoi de nouveaux soldats dans un conflit dont elles ne comprennent plus la finalité.

- celui de Peshawar peut-être un peu vite attribué à Al Qaïda et ses alliés- sans doute cent morts pour terminer un mois d'octobre où les bombes en ont fait 240- . Ces massacres ont un impact évident coïncidant avec l'offensive de l'armée au Waziristan du Sud et avec la visite d'Hillary Clinton. Cette dernière peut déclarer que les responsables sont des "nihilistes" qui sont "du côté des perdants de l'Histoire, elle peinera à convaincre.



Pas particulièrement aidé par ses rapports avec ses alliés locaux (ni avec ses alliés tout court), pas au meilleur de sa forme dans ses relations avec l'opinion et les médias dans une période où ne manquent pas les problèmes itntérieurs et ne donnant pas de signes aveuglant de résolution, Obama aborde mal une partie incroyablement complexe. Personne ne songerait à s'en réjouir, mais il va peut-être falloir réviser le brillant plan en trois parties.






















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