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Karzaï, le pire allié

À quelques jours de son investiture,  Hamid Karzaï devient décidément un des pires cauchemars d'Obama.

Non seulement al situation oblige les Occidentaux à avaliser une élection visiblement entachée d'une énorme fraude, non seulement il échoue à former un gouvernement d'union nationale, qui aurait permis de sauver à peu près la face et qui est rejetée par son rival Abdullah Abdullah, non seulement il fait des ouvertures - plus ou moins vagues et refusées avec horreur - aux "frères talibans", mais tout le monde commence à prononcer le mot obscène : "corruption". Incroyable découverte depuis cinq ans qu'il est au pouvoir avec son clan, le régime afghan serait corrompu (à un degré exceptionnel même selon les critères locaux). Il paraît même que l'on cultiverait de l'opium là-bas et qu'il y aurait des groupes armés en liberté dans certaines parties du pays. Voire même qu'il est montagneux.

Le thème de la corruption suscite une gamme de réactions :

Pour Bernard Kouchner, Karzaï "est corrompu", mais il faut le légitimer et "il est notre homme", opinion singulièrement empreinte de Realpolitik et qui rappelle la phrase d'un président des États-Unis sur le narro-dictateur du Panama : "Noriega est un fils de pute, mais c'est notre fils de pute".

Gordon Brown montre le bout de l'oreille en annonçant qu'il ne risquera pas la vie de troupes britanniques "pour un gouvernement qui ne se dresse pas contre la corruption", tout en reconnaissant d'un autre côté "nous ne pouvons pas nous en aller"

Quant à Obama, dans un message de félicitation embarrassé par le côté "brouillon" de l'élection, il presse son encombrant protégé de faire "beaucoup plus contre la corruption". Tout en rappelant que la présence américaine en Afghanistan doit finir un jour.

On sait que l'administration américaine, de plus en plus convaincue que la corruption et le trafic de drogue sont les meilleurs agents recruteurs des talibans, souhaiterait quelques preuves de bonne volonté, voire même quelques têtes, histoire de prouver que tout n'est plus permis.

Deux en particulier : celle de Muhamad Qasim Fahim, ancien ministre de la Défense, sérieusement soupçonné de trafics : Karzaï vient d'en faire son vice-président.

L'autre tête est celle du seigneur de la guerre Rashid Dostum accusé de quelques massacres de prisonniers, mais dont l'actuel président afghan ne tient nullement à perdre l'alliance.Il en a fait son autre vice-président.

Au fait, que peuvent faire les USA et leurs alliés, si Karzsaï continue à provoquer ses protecteurs et à scandaliser leur opinion publique ? Se retirer d'Afghanistan ? Le priver d'armement ? Négocier dans son dos avec d'autre talibans modérés que ceux avec qui il discutera lui-même ? Difficile à croire. En ce sens l'homme le plus puissant du monde, Obama, n'a guère de moyen de contraindre quelqu'un qui est théoriquement la marionnette des USA et qui ne contrôle plus qu'une petite partie de son territoire.

Car, dans tous les cas, les conséquences seraient inacceptables pour la politique US dans la région.

Oui, mais quelle politique, au fait ?

Après avoir annoncé que la clef de la lutte contre le terrorisme était dans l'élimination des bases talibans (notion très vague pour désigner tous les insurgés armés) en Afghanistan et au Pakistan, après avoir semblé pencher pour la méthode Mc Crystal (au moins 40.000 hommes de plus sur place pour gagner une bonne fois), après avoir consulté et reconsulté, après avoir annoncé une décision pour le début novembre, Obama hésite toujours. Et on le comprend, car quelle que soit la méthode choisie - sécuriser et reconstruire tout le pays pour le confier ensuite à un État afghan fort, se contenter de frappes ciblées -, elle suppose un minimum de coopération avec les autorités locales, capables de prendre le relais de l'Otan progressivement et de sécuriser le pays.

La méthode Mc Crystal dite de "Contre-insurrection" (COIN COutnerINsurgency) n'est pas populaire : la majorité des Américains sont contre, le vice-président Biden Hilary Clinton, Robert Gates et quelques autres aussi. S.E; Karl Eikenberry, ambassadeur U.S. à Kaboul y est opposé comme il l'a déclaré de façon spectaculaire. Pas mal de gens au parti démocrate également...

Le tout sur fond de fuites à la presse.

D'après le Secrétaire à la Défense, Robert Gates, le plan pourrait finalement mélanger toutes les options présentées au président, et qui sont à présent quatre ! Si le sens de la synthèse et du compromis sont excellents pour une carrière politique, ce n'est pas une méthode de décision stratégique. Et temporiser ne fera qu'affaiblir la position US.

Réponse dans quelques jours ?




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