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Choix stratégique afghan
Obama dont la cote de popularité vient de descendre en dessous de 50% n'est pas dans une période faste (difficultés de la réforme de la Santé devant le Sénat, impossibilité de tenir ses promesses sur Guantanamo, "reprise" fragile, succès relatif de sa tournée asiatique, impossibilité de tenir les élections prévues en Irak..).  Soumis aux  critiques des Républicains qui le somment de transposer à l'Aghanistan la méthode du général Petraeus en Irak, il hésite devant la plus importante décision de sa présidence : le choix stratégique pour l'Afghanistan. Après force annonces, réunions, réexamens et reports, le moment d'annocner l'option (entre les quatre recensées) serait maintenant fixé "vers Thanksgiving" (en pratique vers la fin du mois). Et comme le Secrétaire d'État à la Défense, R. Gates, affirme que les USA sont en mesure d'envoyer rapidement les troupes demandées sur le terrain et que les Européens sont visiblement déconcertés par l'attentisme d'Obama, il va bien falloir y aller !

Lors de sa prestation de serment, Karzaï a multiplié les déclarations de bonnes intentions à propos de la lutte contre la corruption. Hillary Cliton fait semblant d'y croire et tout le monde feint d'être persuadé que Karzaï élu frauduleusement et qui dirige depuis cinq ans le pays classé au deuxième rang mondial (juste derrière la Somalie) pour le degré de corruption (dixit Transparency International) et premier exportateur d'opium est brusquement devenu un adepte de la bonne gouvernance. Pendant que se multiplient les attentats, Washington lui suggère même de remplacer les seigneurs de la guerre qui forment son gouvernement par quelques bons "spécialistes" neutres et compétents. Un équipe technocratique, après avoir songé à un gouvernement d'union nationale : cette brillante idée va certainement beaucoup impressionner les Pachtous (qui forment l'essentiel de la rébellion).
Reste l'essentiel : même si l'on multiplie les options sur le papier, le choix américain se limite entre deux grands principes. Ou bien le vrai "surge", l'envoi des troupes demandées par McChrystal (et dont le nombre pourrait être supérieur aux 40.000 actuellement demandés) dans l'espoir de vraiment pacifier le pays en y mettant le prix ; ou bien une option "fine" avec beaucoup moins de troupes, laissant le contrôle du territoire vaille que vaille aux forces afghanes et se concentrant sur des frappes contre les groupes terroristes.
Le choix est bien sûr une question d'efficacité, et, sur ce point, il faut laisser la parole aux militaires. La méthode lourde de contre-insurrection a pour elle l'expérience de l'Irak (dans des conditions géographiques totalement différentes et sans que personne sache vraiment si elle n'a pas consister allumer une bombe à retardement en laissant en présente des sunnites, des chiites, des Kurdes, etc armés). Par ailleurs les militaires américains, grands lecteurs du colonel Trinquier et de Galula, inspirateurs de Petraeus, ou au moins adeptes du "Counter Insurgency Field Manual" y croient volontiers. Or cette doctrine repose en grande partie sur le transfert de la responsabilité des opérations aux autorités locales (en l'occurrence la fameuse "afghanisation" du conflit chère à l'Otan). Elle suppose aussi un gouvernement local fiable et la coopération des populations civiles, rassurées par la présence militaire amie et bénéficiant d'une assistance civile efficace. C'est peu dire qu'aucune des conditions qui précède n'est actuellement réunie.
Quant à la méthode qui implique peu ou prou de laisser les Afghans se débrouiller entre eux, et d'attendre dans son coin que se présentent de bonnes cibles (par exemple des jihadistes revenant des zones tribales pakistanaises pour réinstaller des camps bien visibles en Afghanistan, là où des drones et des troupes spéciales peuvent le frapper proprement), elle semble terriblement risquée.
Mais au-delà du débat stratégique/technique, il y a un débat politique : quel est le but de la guerre ? Pour revenir à une question que nous avons souvent posée ici : quel est le critère de la victoire et quand sait-on que l'on a gagné ?
Si le but est de transformer l'Afghanistan en une démocratie paisible où des femmes non voilées participeraient à égalité aux décisions publiques, sans seigneurs de la guerre, sans querelles tribales et sans opium, c'est un tout petit peu optimiste.
S'il s'agit d'empêcher ben Laden et le Mollah Omar de se réinstaller dans les cavernes de Tora Bora  ou à Kaboul et de repréparer un second onze septembre, cela ressemble à rechercher une solution à un problème inexistant.
S'il s'agit de faire assez de "peace building" et de "nation building" pour laisser les clefs à un gouvernement afghan présentable contrôlant une partie acceptable  du territoire et de permettre aux Américains de se retirer sans que les caméras de CNN filment des images de foules paniquées devant l'ambassade comme à Saïgon, c'est peut-être jouable.
Mais est-ce vraiment un but de guerre pour lequel de jeunes Français doivent mourir ?
 

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