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Obama et le discours de West Point
Prix Nobel et Commandeur en Chef

En 35 minutes devant une salle bourrée d'uniformes, le prix Nobel de la Paix a appelé comme annoncé à la guerre. Les dons oratoires et les souvenirs de l'orgasme planétaire que fut son élection aideront peut-être Obama à faire passer la
décision. Prise par un autre, elle eût jeté des millions de
manifestants dans la rue. Imaginons que Mc Cain, élu en 2008, annonce
qu'il envoie 30.000 nouveaux boys dans le bourbier afghan (après les 21.000 de février) et qu'il
demande de nouveaux contingents aux alliés européens. Qu'il soutienne, après quelques admonestations de pure forme, un régime local
corrompu, élu par fraude, dans un pays qui vit de la drogue. Imaginons que Mc Cain ait triplé la présence américaine (qui devrait avec ce renfort avoisiner les 100.00 hommes plus 40.000 alliés). Imaginons qu'il dise que c'est la seule solution pour en finir avec al Qaïda, toujours danger n°1 pour les USA et dont il faut détruire toutes les bases arrières (quelle différence avec la doctrine de guerre au terrorisme et avec le discours que faisait au même endroit G.W. Bush proclament la doctrine de guerre "préemptive", diraient les anti Mc Cain).

 Imaginons qu'il dise pour rassurer ses auditeurs que tout cela n'a rien à voir avec l'échec du Vietnam ! Ni avec la stratégie de Johnson ou de Nixon (vietnamisation, "élever" le conflit...) Et qu'il décide presque en même temps que les USA n'ont pas ratifier le traité sur les mines anti personnel

Qui plus est, la décision du "surge" renvoie à une doctrine militaire de "Contre insurrection"    inspirée de la de lutte contre les fellaghas. Rappelons, en effet, que la théorie de la contre-insurrection se réclame de la réflexion des Français David Galula spécialiste de la pacification en Algérie, du colonel Trinquier et du général Gallieni, grand théoricien de la colonisation/pacification par "taches d'huile" et implantation locale. Et que c'est elle qui inspira l'action du général Petraeus en Irak (armer certains chefs tribaux, se retirer en douceur...), celle qui permet aux Républicains de dire que "Finalement G.W. Bush a gagné en Irak".



Le choix finalement fait par Obama
- une des options plutôt basses demandées par le général Mac Chrystal qui aurait souhaité jusqu'à 80.000 hommes de plus - n'est pourtant pas une surprise. Il réjouit beaucoup plus les néo-conservateurs que les démocrates 
ou les amis de Michael Moore (ou encore  que les admirateurs européens d'Obama qui croyaient naïvement qu'un prix Nobel de la paix est un noble pacifiste). .

 

Le président américain est cohérent avec lui-même, lui qui avait annoncé bien avant son élection qu'il mènerait l'essentiel de la lutte antiterroriste dans ce pays et non en Irak, mauvaise piste où s'était fourvoyé G.W. Bush. Le nomination d'hommes comme Robert Gates ou le général Mc Chrsytal n'annonçait d'ailleurs  pas exactement une politique à la Jimmy Carter.



Comme nous l'avons signalé, la Maison Blanche a longtemps hésité (ou semblé hésiter) entre la solution dite "COIN / Counter Insurgency" (renfort massif de troupes, reconquête du pays à partir de zones sécurisées où les populations civiles se sentent pleinement rassurées, reconstruction d'un État afghan avec une armée et une police efficaces...) et la doctrine dite de "Contre Terrorisme" chère à Joe Biden. Cette dernière pourrait cyniquement se résumer ainsi : laisser les Afghans se débrouiller, mais, à partir de bases sûres, frapper sélectivement (avec des armes high tech et des forces spéciales) tout passage trop visible d'al Qaïda ou assimilé suivant le principe de la palombière.

La première option, celle qui l'a emporté, suppose une combinaison de moyens militaires, civilo-militaires et d'assistance au développement jusqu'à pouvoir passer le relais aux autorités locales dans quelques années, en évitant -  plus que des images catastrophiques dans le style Saïgon en 1975 - la réinstallation de bases jihadistes et surtout la déstabilisation de la puissance voisine.

Obama a même pris un risque évident en pariant sur un retrait en 2011.

Ce qui supposerait de règler en dix huit mois à la fois

-le problème des chefs de guerre,

-de la drogue,

-des zones tribales pakistanaises,

-de l'avancée des talibans (contre des troupes alliées et afghanes très supérieures en nombre et en équipement),
- d'afghansier le conflit

mais aussi le problème du système politique (élections truquées, corruption, absence de légitimité internationale, accords de couloir entre chefs de tribus)

- tout en étant capable de rassurer la population (après huit ans !)

- de régler la situation au Pakistan (qui est peut-être finalement le vrai objectif de cette guerre)

- et de se trouver des interlocuteurs ("modérés") avec qui négocier


Si c'est vrai, le "Yes we can" se sera illustré de façon miraculeuse



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