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Néoconservateurs et obamistes
Afghanistan : leur nouveau combat

"Le président Obama a ordonné des renforts suffisants en Aghanistan pour mettre en œuvre une stratégie de guerre qui a une chance de succès. Nous applaudissons à cette décision. Et nous appelons chacun à se rallier à ces efforts destinés à vaincre nos ennemis et à réaliser des objectifs vitaux pour la sécurité nationale de l'Amérique... L'annonce faite par le président d'une stratégie logique et réalisable en Afghanistan nous donne une chance de nous prouver à nous-mêmes et au monde que la politique peut vraiment être efficace juste à temps, quand la sécurité de la nation est en jeu et quand nos troupes se battent en notre nom. Nous disons donc  : Soutenons les troupes. Soutenons la mission. Soutenons le Président."
De qui est la citation : un sénateur démocrate, un éditorialiste de gauche de côte Est, quelqu'un qui a chanté "Yes we can" le soir de l'élection d'Obama ?
Réponse :  Frederick Kagan et William Kristoll, les pontes du néoconservatisme, dans un appel sur le site de leur think tank Foreign Policy Initiative, un site où même Mc Cain se félicite de l'initiative de son heureux rival (critiquant seulement l'agenda).

Et celle-là,  qui soutient qu'Obama est plus viril que Bush : " Il me semble qu'Obama mérite un plus grand hommage pour son courage que Bush car il a risqué bien davantage. Au moment où Bush a décidé de soutenir les renforts en Irak, sa présidence était terminée et discréditée, largement compromise par sa propre décision désastreuse de ne pas envoyer le bon nombre de soldats en 2003, 2004, 2005, ou 2006" ? Elle est de Kagan dans the Washington Post du 2 décembre.

Ou cette dernière défendant Obama contre des critiques excessifs qui lui reprochent de ne pas être assez "churchilien" (faut-il comprendre qu'il aurait du promettre plus de sang et plus de larmes ?) "En préférant l'exemple d'Eisenhower, Obama a envoyé le bon message, rassurant. Ne vous inquiétez pas, a-t-il dit au public américain, je ne perdrai pas de vue des objectifs plus larges. Les coûts d'un engagement intensifié en Afghanista été soigneusement pesé et considéré et les espoirs de succès ont été évalués de façon réaliste.." Cette fois le modéré qui s'exprime ici est Charles Frum grand va-t-en-guerre du temps de G.W.B.

La fine fleur des néoconservateurs, ceux qui ont le plus ardemment soutenu l'invasion de l'Irak ( ne critiquant GWB que lorqu'il "mollissait" en n'envoyant pas assez de boys à Bagdad) approuvent donc Obama lorsqu'il adopte la solution préconisée par le général Mc Chrystal.

Il faut rendre à la justice que les obamistes de droite trouvent quand même à redire à la déclaration du Président : il a le tort de fixer une date de départ en 2011. Ce serait, disent certains, un encouragement aux talibans qui sauraient ainsi qu'ils n'ont qu'à tenir un peu moins de deux ans pour voir s'ouvrir le chemin de la vengeance. Ce serait une concession à l'aile gauche d'Obama pour la rassurer, alors qu'une guerre ne se mène pas pour s'en tirer à moindre mal, mais jusqu'à la victoire, mais un bien maladroit signal à l'ennemi.
Bref, les faucons trouvent à critiquer sur la forme (pas assez martial, pas assez dramatique), sur le calendrier (il est vrai que sous Bush on aimait parler d'une "longue guerre" qui, selon Rumsfeldt pourrait durer plus d'une génération). Mais sur le fond...
Qu'ils se rassurent d'ailleurs. Ainsi Mme Clinton a commencé à expliquer ce qu'il fallait entendre par date limite : "Nous ne parlons pas d'une stratégie de sortie ou d'une limite absolue. Nous parlons d'un engagement : celui que nous pouvons commencer une transition, une transition pour passer les responsabilités aux forces afghanes."
Plus précis encore, Robert Gates remarque que le retrait de 2011 pourrait ne concerner qu'un petit nombre de troupes.
Bref, Juillet 2011 sera une date importante mais dans l'afghanisation du conflit (notion très vague où l'on peut mettre à peu près ce que l'on veut en matière de sécurité, de développement économique et de meilleure gouvernance) mais pas une date-butoir pour le retrait US.
Ainsi Gates explique aux Afghans : Comme le président Obama et moi-même l'avons dit à plusieurs reprises, nous n'abandonnerons pas ce pays et cette région ...Nous combattrons à vos côtés jusqu'à ce que les forces afghanes soient suffisamment nombreuses et fortes pour assurer elles-mêmes la sécurité de la nation" Donc 2011 serait un simple objectif de début d'esquisse d'ébauche d'allégement de la présence US...
Ce que certains interprètent comme : il a bien fallu rassurer l'aile gauche du parti démocrate en disant que nous ne sommes pas là pour longtemps, mais le travail sera fait. Tant qu'il s'agit d'un "pseudo-deadline", dixit Kristol, le néoconservateurs sont satisfaits.
Il n'y a aucun paradoxe dans tout cela. Certes, les néoconservateurs sont objectivement responsables d'une des pires erreurs de la politique étrangère US (en se fixant comme premier objectif, dans le cadre de la "guerre globale au terrorisme", alias "4° guerre mondiale" de s'emparer de l'Irak pour entraîner la Syrie, le Liban et l'Iran dans leur "tsunami démocratique"). Mais ils peuvent se réorienter. Sur le fond, les critères de la politique étrangère (en réalité les seuls qui comptent pour eux) pour eux restent les mêmes :
- "exceptionnalisme américain", la Nation élue chargée de répandre les valeurs universelles
- utilisation de la force pour prévenir les périls ou plutôt contre le péril unique qui menace ces valeurs. Même si Obama renonçant à la terminologie de "Guerre au terrorisme" a adopté le vocabulaire du "Global struggle against violent extremism" qui remonte du reste à la période Bush, on comprend bien qu'il s'agit de l'islamisme
- conviction que tout est lié géopolitiquement : si nous laissons filer l'Afghanistan, ce sera ensuite le Pakistan et nous serons en danger sur le sol des USA
- opposition entre l'impératif moral qui doit mener cette guerre et le réalisme cynique de ceux qui veulent laisser ces gens se débrouiller
- théorie du "tigre en papier" : les ennemis sont persuadés de la faiblesse morale des USA qui quitteraient le champ de bataille dès qu'ils subissent quelques morts, il faut leur démontrer sa fermeté.


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