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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Affrontements, stratégies et images
Guerre impensable, paix improbable
- Le New York Times commence par annoncer que D. Rumsfled et ses conseillers envisagent de remplacer la terminologie de la « Guerre globale au terrorisme », par « Combat contre l’extrémisme violent », à la fois pour éviter le mot guerre et pour insister sur la dimension morale et idéologique de la lutte engagée après le 11 Septembre. En réponse, dans plusieurs discours, G.W. Bush – qui ne se considère peut-être pas a contrario comme un pacifiste modéré non-violent – insiste lourdement sur le fait que les USA sont bien en guerre. Voir l'article sur ce site.

- Un analyste influent de Stratfor, George Friedman, publie le 2 Août une note très remarquée où il affirme qu’une guerre contre al Quaïda est bien possible (et peut donc être gagnée) dans la mesure où il s’agit effectivement d’une entité politique, ayant des buts concrets et poursuivant une stratégie militaire. Même si ce n’est ni un État ni un groupe infra-national de type guérilla, al Quaïda chercherait en réalité, non à punir les infidèles ou à prêcher, mais à renverser des régimes dans des pays musulmans pour les remplacer par des systèmes islamistes. Elle serait donc en train d’échouer.

- Le 1° Août, GWB nomme John R. Bolton ambassadeur U.S. auprès de l’ONU, en profitant des vacances du Sénat qui refusait de confirmer ce candidat proche des néo-conservateurs à ce poste. Cette procédure exceptionnelle (recess appointment) est interprétée comme un signe de durcissement.

- Avec force circonvolutions verbales, le général Casey, commandant des forces américaines en Irak, suggère un retrait significatif des troupes engagées dans le pays après la prise de fonction d’un gouvernement constitutionnel, fin 2005. Quelques jours plus tard, le Los Angeles Times, annonce au contraire la construction de bases permanentes pouvant accueillir jusqu’à 50.000 hommes. Dans la perspective d’une offensive contre l’Iran ? Et GWB indique qu’un calendrier de retrait « n’aurait aucun sens ».

- Henry Kissinger qui n’est pas exactement un altermondialiste ou un « libéral du Massachusetts » brise un tabou. Pour commencer, dans un article traduit dans le Figaro, il compare la situation de G.W. Bush à celle L.B. Johnson tentant de désengager les troupes américaines du Vietnam et de les remplacer par des forces locales. Puis l’ancien ministre de Nixon suggère que Bagdad pourrait être pire que Saigon : comment confier à une armée majoritairement chiite et d’une efficacité douteuse la tâche de mettre fin à une insurrection à la fois sunnite et nationaliste ? Comment éviter « un gouvernement du type de celui des talibans ou un État fondamentaliste » à Bagdad ? Comment éviter qu’un retrait U.S, maintenant inévitable, n’engendre un effet de contagion dans le monde islamique ?

- Dans le New York Times du 14 Août, Frank Rich réclame « Que quelqu’un dise au président que la guerre est finie » et il compare le président des Etats-Unis à ces soldats japonais perdus dans des îlots du Pacifique qui ignoraient que la paix avait été signée en 1945. L’éditorialiste dresse un tableau affligeant. La « cote de popularité « de la guerre (entendez la proportion d’Américains qui l’approuve encore dans les sondages) est tombée à 34%, quasiment le score de Johnson au Vietnam en 1968. Plus grave peut-être, le mouvement anti-guerre s’est trouvé son icône. Ce n’est pas une nouvelle Jane Fonda, mais Cindy Sheehan, mère d’un soldat tué en Irak. Sous l’œil des caméras, elle assiège littéralement GWB en vacances dans son ranch texan. Conclusion de : il faut partir, Monsieur le Président.

- Peu après l’annonce par l’Iran de la reprise de ses activités d’enrichissement de l’uranium, le président Bush déclare qu’il n’exclut pas une option militaire en dernier recours – le minimum qu’il pouvait faire après une telle provocation de l’Axe du Mal – mais il le fait à la télévision israélienne, ce qui donne une tout autre dimension à une prise de position plutôt vague. Soit dit en passant, toute demande de sanctions devant l’ONU, et à plus long terme toute tentative de justification d’une action militaire, se heurtera, outre le veto probable de la Russie et de la Chine à deux difficultés. La première est que la triple conjonction de la crise énergétique (qui a envie de faire la guerre à l’Iran au taux actuel du baril), de l’exemple irakien, et de la perspective cauchemardesque de rajouter un jihad chiite au jihad salafiste a de quoi refroidir les plus ardents. La seconde est qu’il n’y aurait guère de base juridique à une action contre l’Iran à ce stade (le fait d’être revenu sur la suspension de ses activités d’enrichissement n’est pas un acte de guerre) et que la preuve de l’existence d’un programme nucléaire militaire susceptible d’aboutir avant plusieurs années n’a toujours pas été apportée. Le dossier serait donc infiniment plus difficile à plaider que celui de l’Irak en 2003.


Selon une formule célèbre, une guérilla gagne tant qu’elle n’a pas perdu, le seul fait d’exister et de constituer un facteur de perturbation suffisant à la justifier de son point de vue. Mais inversement, les U.S.A semblent avoir inventé un type de guerre où ils perdent tant qu’ils n’ont pas gagné. On peut emporter une guerre contre un État, parfois contre une guérilla, qui reste après tout une entité politique, éventuellement même contre un mouvement d’idées. Mais certainement pas contre les trois, surtout si on les confond.Stratfor

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