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Les suites de l'attentat de Time Square
Les suites de l'attentat de Time Square
Trois semaines après l'attentat manqué de Time Square, l'onde de choc continue à se faire sentir.

1° La mise en cause du renseignement US est toujours d'actualité : au moment où le chef du renseignement Denis Blair démissionne, une commission sénatoriale publie un rapport sur un autre attentat, celui du 25 décembre dernier (le kamikaze nigérian qui avait tenté de se faire sauter dans un avion à destination des États-Unis). Elle s'étonne des défaillances qui ont permis à un personnage aussi repérable de monter à bord d'un avion à l'époque, comme aujourd'hui la presse se demande comment Shahzad, l'auteur de la tentative manquée de New York n'a pas été repéré plus tôt et a même pu monter à bord d'un avion où il fut être arrêté de justesse. Même si une part des critiques viennent de Républicains soucieux de montrer qu'Obama est trop "soft" face au terrorisme, il subsiste des lacunes dans les systèmes d'alerte neuf ans après le 11 septembre et l'incroyable faillite du renseignement qui l'avait précédé.

2° La piste pakistanaise est encore à débroussailler. Mis en cause assez directement par Hillary Clinton, Islamabad multiplie les signes de bonne volonté. Le général J. Jones, conseiller du président et le directeur de la CIA, L. Panetta ont rencontré les autorités pakistanaises. Les USA veulent faire pression sur leur allié pour qu'il règle le problème des talibans dans les zones tribales (plus efficacement, en tout cas, que lors de la grande offensive au Waziristan, l'automne dernier). Surtout au moment où l'Otan et l'armée afghane préparent une action d'envergure dans la province de Kandahar.
Tout cela se déroule dans un contexte où les attentats sanglants n'ont diminué en nombre ou en intensité ni au Pakistan, ni en Afghanistan, ni en Irak. Et si certains sont toujours placés sous le patronage d'al Qaïda (les autorités irakiennes disent même avoir arrêté un lieutenant saoudien qui préparait un attentat contre le Mondial de football pour al Qaïda), le mythe d'une organisation planétaire unique derrière toutes les formes du terrorisme jihadiste n'a plus guère de partisans.
Les Pakistanais ont fort opportunément fait arrêter six suspects dont un commandant de leur armée qui aurait pu rencontrer Shahzad et une second suspect qui aurait pu faire parvenir à Shahzad les fonds - 15.000 dollars - pour mener à bien son projet (ce dernier aurait agi à un moment où il traversait des difficultés financières et personnelles bouleversant une vie jusque là très paisible). On peut se demander si les USA qui multiplient les frappes de drones armés sur le territoire pakistanais vont se contenter de ces suspects. En tout état de cause, ceci n'éclaire pas la question fondamentale : savoir si Shahzad était vraiment mandaté et entraîné par le mouvement des talibans du Pakistan, le TTP de Hakimula Mehsud.
Cette dernière organisation, qui a à son actif 400 attentats au Pakistan a envoyé des signaux contradictoires, semblant revendiquer, puis dénier sa responsabilité dans la voiture piégée de New York, tout en affirmant sur le fond sa volonté de frapper l'ennemi US sur son propre territoire.
L'hypothèse qu'une organisation de talibans, différent d'al Qaïda, même si elle s'en dit proche, se sente assez forte pour lancer des attaques sur le sol US n'a rien de rassurant (pas plus que l'idée que Shahzad ait été manipulé par des services pakistanais). Ce qu'un maladroit comme lui a manqué, un plus habile pourrait le réussir un jour.
L'autre hypothèse, que Shahzad ait agi de manière quasi autonome, qu'il n'ait pas été pris au sérieux lors de son voyage au Pakistan et qu'il se vante en parlant de son entraînement dans les camps, n'est pas non plus excellente. Car là aussi, il pourrait se trouver un autre terroriste "spontané" avec passeport US.

3° Dans tous les cas, le phénomène qui s'était révélé lors des grands attentats de Londres et de Madrid - des musulmans bien intégrés, éduqués, ayant souvent la nationalité du pays qu'ils attaquent, réalisent des action spectaculaires - n'est plus impensable aux USA. La liste des "home made terrorists", ces citoyens occidentaux, pas forcément d'origine arabe ou musulmane, qui se convertissent à la guerre sainte, ne cesse de s'allonger.
Anwar-al-Awlaki, l'imam radical né aux USA, Daniel Patrick Boyd, converti, qui avait monté une cellule en Caroline du Nord, "Jihad Jane" de son vrai nom C.R. Larose, Omar Hammami né en Alabama ou encore Malik Nidal Hassan le psychiatre de l'US Army qui tua treize personnes à fort Hood, tous sont citoyens US.
Certes, il s'agit de quelques cas sur des millions de gens. Certes, on doit pouvoir retrouver des caractères communs à ces cas : un itinéraire personnel parfois troublé, une conversion ou un retour tardifs vers un islam mal assimilé, des possibilités de contacter des "frères " du monde entier par Internet, un contact avec des groupes ou imams extrémistes favorisant la radicalisation... Il y a surtout, nous semble-t-il, une accumulation de griefs et revendications - abou Graibh, Guantanamo, les caricatures danoises, l'invasion de l'Irak..., que chacun des futurs jihadistes interprète comme une offense personnelle faite à chaque musulman, puisant dans ce que le philosophe Sloterdijk nomme dans Colère et temps des "banques de la colère" et cherchant un exutoire pour toutes les offenses accumulées.
Mais au final, il faut envisager une hypothèse aux conséquences incalculables sur la population américaine : demain un attentat qui réussit et conjugue un double impact symbolique : des Américains tués sur le sol américains par des Américains.

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