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Flammes de l'enfer et feux des projecteurs
Terry Jones, clown, star et pyromane

Qu'un pasteur crétin (voir son site, interrompu, mais ici visible sur un cache) que son homonyme, Terry Jones du Monty Python Show n'aurait pas osé imaginer un soir de beuverie et qui rassemblait rente partisans jusqu'à la semaine dernière soit en mesure de bouleverser le monde avec une allumette est plus que pathétique.
Qu'il y ait des Terry Jones (le pasteur pyromane, mégalomane et atrabilaire, pas l'acteur) en Floride, comme il y a eu et y aura peut-être demain des fous au Pakistan ou en Inonésie pour brûler des églises en représailles d'une offense emblématique est dans la nature humaine.
Qu'aux USA le pasteur ait le droit de carboniser des Corans comme d'autres le drapeau américain, est dans la Constitution de ce pays.
Que toute ceci donne lieu à négociations avec un vrai imam, à palinodies, à déclarations sublimes de belles âmes sur le mantra "ne donnons pas prétexte aux extrémistes", à conférences de presse et à heures de télévision est dans les lois du spectacle.
Qu'Obama déclare sans rire qu'il s'agit d'une aubaine pour al Qaïda et Petraeus que ceci va mettre en péril les soldats américains en Irak et en Afghanistan est dans la lignée de la politique hollywoodienne.
Mais que la plus grande atteinte symbolique de tous les temps - la destruction emblématique des "tours de Babel", incarnant pour les jihadistes l'orgueil américain, le culte de l'argent et l'idolâtrie - trouve ainsi son écho parodique neuf ans plus tard reste quand même un sujet d'étonnement.
Des centaines de médias vont consacrer des milliers d'heures et de pages (y compris celle-ci) à un non-événement sans doute concrétisé par une non-exécution comme si, neuf ans plus tard, le seul écho des trois mille corps carbonisés en 2001 étaient les palinodies du petit pasteur.
Dans cette affaire se heurtent deux logiques.
D'une part celle du symbolique et du communautaire. Les images qui offensent - qu'il s'agisse de celles des Twin Towers, des sévices d'Abou Graibh, des caricatures danoises, des enfants de Gaza, du Ground Zero ou d'un bout de saucisson- deviennent des enjeux majeurs dans ce qui n'est certainement pas la guerre des civilisations, mais probablement celle des imaginaires. L'accumulation du ressentiment, la capacité de foules (à New York ou à Kaboul) à réagir passionnément à la profanation d'un lieu sacré, à l'humiliation d'une personne, à l'utilisation d'une représentation stimule ce que le philosophe Sloterdijk appelle le fonctionnement des "banques de la colère". Une souffrance, une insulte, une victime prend sens pour des millions de gens qui se sentent personnellement agressée dans ce qu'elles ont de plus sacré. Et la géopolitique est déterminée par la lutte des images, pour et contre des images.
La seconde logique est celle de la technique et des médias. Terry Jones qui a commencé à se faire connaître par Twitter a joué des réseaux sociaux et des médias classique, de leur fabuleuse faculté d'emballement, de la faculté qu'ils accordent à n'importe quel inconnu de devenir une star, pourvu qu'il trouve le thème hyperconsensuel ou hyperpolémique, la surprise qui donnera lieu à reprise, commentaire et mobilisation.
L'addition de l'archaïque symbolique et des réseaux de communication se traduit en une lourde addition d'irrationnel. Le fanatique est étymologiquement celui qui défend son temple (fanum), son lieu sacré, fût par la plus grande violence. Le problème commence quand les lieux et objets sacrés peuvent être vus et atteints de toute la planète par les images numériques.
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