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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
L'étoile montante d'Aqmi
Entre racket régional et vocation internationale

La revendication de l'enlèvement de sept otages au Niger par Al Qaïda pour le Maghreb Islamique et la controverse sur la communication gouvernementale sur le risque d'attentats viennent de remettre en lumière la question terroriste, peut-être sous un angle nouveau.


Plusieurs éléments interfèrent :


- La question de la "com" gouvernentale, d'abord, critiquée même à droite. Il est permis de penser que Brice Hortefeux, appuyé par le patron de la police nationale en a surajouté pour des raisons stratégiques, au moment où le mot d'ordre est de ranimer la problématique sécuritaire, d'agiter un maximum de chiffons rouges devant la gauche "angélique" et de casser l'éventuelle montée de Marine Le Pen, pour assurer de bases électorales sur sa droite pour 2012. Et les effets d'annonce (avec les différentes couleurs du plan Vigipirate et les déclarations fracassantes) sont bien plus destinés à rassurer l'opinion (qui d'ailleurs ne panique guère) qu'à combattre efficacement les poseurs de bombes. Le procédé n'est pas nouveau : depuis 2001 nous avons connu en France, sous divers ministères une dizaine de déclarations de ce genre sur l'imminence du péril terroriste. C'est beaucoup moins qu'aux États Unis où le degré d'alerte monte bien plus souvent que la Bourse, et où les perpétuelles mises en garde de l'ère G.W. Bush ont fini par produire une effet "Pierre et le loup". Trop d'alertes tue la vigilance.


Pour autant, il est trop facile de réduire l'affaire à la création d'une "atmosphère" par d'habiles manipulateurs habiles à réveiller les fameuses "peurs des Français". Même si le gouvernement a saisi l'occasion de réveiller de supposés fantasmes sécuritaires, cela ne prouve pas que le danger soit inexistant. Qu'une chose soit affirmée ou exagérée en partie pour des raisons politiciennes ne prouve pas que cette chose soit fausse. Au contraire plusieurs éléments plaident dans le sens du "pic de menace" :


- la montée en puissance d'AQMI (qu'il serait plus exact de nommer selon son vrai nom où chaque mot compte Organisation al Qaïda pour le Pays du Maghreb Islamique) et sa forte motivation antifrançaise


- l'expérience antérieure (années 95-96) d'un terrorisme algérien ou lié à des questions algériennes s'exprimant sur notre territoire (à l'époque, il s'agissait du GIA)


- le fait que notre pays n'ait pas encore subi de puis 2001 le sort de l'Espagne ou de la Grande-Bretagne (un attentat jihadiste majeur sur son sol) et que nos services de police aient empêché plusieurs tentatives sérieuses ( en vertu du principe qu'à force d'essayer et de se faire prendre "ils y arriveront bien un jour" par essais et erreurs)


- sans doute des rapports de services étrangers, des signaux rapportés par les services et beaucoup de renseignement policier ou autre dont il serait difficile de révéler la source publiquement.


Reste une seconde question : si Aqmi enlève des otages français, présente des revendications et veut ostensiblement faire plier Paris, pourquoi faire exploser une bombe en même temps ? Si ce n'est pas l'Aqmi, qui ? Personne ne doute que cette organisation n'ait des motifs de vouloir frapper notre pays (comme puissance étrangère présente dans le Maghreb, au même titre que ses autres cibles : la Chine, l'Espagne, l'Italie, la Grand-Bretagne, le Canada,etc) plus un contentieux spécifique avec la France.


Ce contentieux comprend de nombreux éléments : le passé colonial franco-algérien et notre soutien supposé à Bouteflika, l'affaire du niqab, notre politique africaine (avec le Mali, la Mauritanie..°, l'action de militaires français au côté des Maliens dans l'attaque pour libérer (ou venger ?) Michel Germaneau, les déclarations gouvernementales sur la fermeté nécessaire (même si personne n'a répété qu'il fallait "terroriser les terroristes"), les critiques contre l'Espagne qui verse une rançon pour récupérer ses otages, etc.


On peut comprendre la logique qui consisterait à entretenir le racket des otages en obligeant un pays qui se rebiffe à s'y soumettre à son tour. Cela semblerait assez dans la ligne d'un mouvement qui profite de différents trafics et dont l'activité est aussi un business lucratif.


On peut comprendre la logique qui pousserait AQMI à effectuer un "exploit" en envoyant un kamikaze tuer un maximum de Français infidèles pour punir Sarkozy "ennemi d'Allah".


Mais la logique de négociation/pression et la logique de vengeance/humiliation sont elles compatibles ?


Dans tous les cas, AQMI, ex groupe salafiste pour la prédication et le combat (connu pour sa férocité à l'égard de tous les renégats et mécréants, c'est-à-dire à peu près n'importe qui ne participe pas au jihad) vient de démontrer à la fois son rôle régional de guérilla semi-mafieuse et sa vocation internationale (avec recrutement de jihadistes étrangers et objectifs lointains).


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