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Wikileaks contre l'Empire du Bien II
Guerre du secret : l'épisode irakien

Comme nous l'avions annoncé, une nouvelle fuite de Wikileaks, vient de battre des records historiques : 391,832 documents secrets sur l'Irak (bien plus que les "fichiers afghans").Il  s'agit essentiellement de SIGACT (ACTions SIGnificatives de guerre rapportées par les soldats eux-mêmes). En dépit des affirmations d'Hillary Clinton condamnant cette publication comme pouvant mettre en danger des vies de soldats américains, l'expérience des documents d'Afghanistan montre qu'ils n'ont provoqué aucun dommage significatif à la sécurité US en termes militaires. Ce qui libère beaucoup d'éventuels scrupules moraux. Du coup, et pendant que l'on commence seulement à analyser les données (quelques journaux les avaient reçus un peu en avance et il existe un moteur de recherche pour les explorer) et bien qu'elles soient souvent obscurcies par le jargon militaire, les premières conclusions commencent à circuler.

Pour une période du 1° janvier 2004 au 31 décembre 2009, donc sous deux présidences, (et avec deux mois de "trou" dans la documentation), cette guerre a fait près de 110.000 morts dont 66.000 civils. Elle a tué cinq fois plus que la guerre d'Afghanistan pendant la même période (mais ceci pourrait bien changer). Quant aux autres morts, il s'agit d'environ 24.000 "ennemis",  auxquels s'opposent un peu plus de 15.000 morts  dans les forces gouvernementales irakiennes, et enfin 3771 "forces amies", comprenez des forces de la coalition, donc pas forcément des soldats américains. Et déjà, on commence à parler de crimes de guerre que pourraient révéler ces documents (notamment à l'occasion de frappes aériennes contre des cibles visiblement civiles ou des gens qui se rendaient). Accessoirement ces documents révèlent que 15.000 morts auraient pu ainsi être ignorées par les statistiques officielles, ce qui relativise certaines promesses de transparence.

On reparle aussi beaucoup du friendly fire,  ces tirs "amicaux" qui tuent par erreur des membres de la coalition ou leurs alliés. Le facteur n'est pas négligeable, si l'on se souvient que pendant la première guerre du Golfe, une soldat américain avait plus de chance d'être tué par ses propres troupes que par l'ennemi. Les documents monteraient que les autorités US auraient couvert des pratiques de torture (au moins par les autorités irakiennes). Plus précisément : sous l'administration Obama, on aurait continué à livrer des milliers de détenus à des centres de détention irakiens, tout en sachant parfaitement que la torture y était pratiquée : 1300 avertissements sur des cas de torture seraient restés sans effet. Et comme en Juillet dernier, les troupes US ont achevé la "livraison" de 9250 détenus aux Irakiens, on peut penser que le processus continue. L'effet Abou Ghraib n'aurait donc pas joué, et il y aurait eu jusqu'à la fin 2009 plus de 300 cas de brutalité commises par les alliées et connus des forces US sans suite apparente, sans parler des civils abattus aux check points où les GI's ont la détente facile.

Pendant ce temps, Wikileaks continue à se plaindre d'attaques informatiques, et surtout subit une injonction des autorités américaines de rendre les documents, ce qui peut paraître bizarre pour des documents numériques, mais marque sans doute le début d'une offensive judiciaire sur la base de lois sur l'espionnage.

Tout ceci tombe évidemment très mal pour l'administration Obama qui multipliait depuis quelques temps les annonces sur le retrait des troupes US d'Irak (même si celles-ci sont largement relayées par des troupes privées, dont le très contesté Blackwater). Les troupes US étant passées en Août sous le seuil symbolique des 50.000 soldats, après sans doute la perte de 4.400 soldats, la Maison-Blanche aurait aimé que l'on cesse de parler de cette guerre "presque finie". Pendant que le soutien à la guerre d'Afghanistan décroît selon les sondages, que les supposées discussions de paix semblent capoter et au moment des élections de mid-term, ce rappel d'un dossier qui est loin d'être clos tombe plutôt mal. Une guerre de l'information (entendez pour l'accès aux informations) qui est loin d'être close.

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