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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
La cassette d'al Jazira
Les jihadistes revendiquent les premiers attentats de Londres

Dans une cassette-testament diffusée par al Jazeera, Mohammed Sidique Khan, un des kamikazes du 7 Juillet à Londres, commente son acte tandis qu’Ayman al-Zawahiri prêche la guerre sainte. Un concentré très significatif du discours jihadiste.


Dans le premier document, relevant d’un genre maintenant devenu classique -le testament filmé enregistré par l’auteur d’un futur attentat suicide- Sidique Khan nous fournit plusieurs informations :

- La première est que c’est bien la mouvance dite al Quaïda qui revendique le premier attentat de Londres, qui fit 52 morts, mais a contrario pas la seconde vague d’attentats, ceux du 21 Juillet, qui n’étaient pas des attentats suicides. L’hypothèse que nous avions émise ici même semble se confirmer : que les attentats du 21 Juillet aient été accomplis par une équipe simplement désireuse d’imiter la première mais pas forcément « membres » d’al Quaïda. Cela pourrait annoncer le développement du « jihad des copains » : des attentats réalisés par des groupes plus ou moins spontanés, par mimétisme.

- Second indice, Sidique Khan, exalte les « héros d’aujourd’hui » que sont à ses yeux ben Laden, al-Zawahiri, et Moussab Al-Zarkaoui, qui depuis son allégeance tardive à ben Laden est considéré comme le chef jihadiste pour l’Irak. La hiérarchie est donc claire.

- Enfin, le kamikaze du 7 Juillet qui se définit comme un « soldat » en guerre s’adresse aux Occidentaux : « jusqu'à ce que vous cessiez de bombarder, de gazer, d'emprisonner et de torturer mon peuple, nous ne cesserons pas le combat. ». Ceux qui ont attaqué la Palestine, l’Afghanistan et l’Irak sont, à ses yeux des envahisseurs ennemis de Dieu, et ce que nous nommons, nous, terrorisme est pour lui une guerre de libération, y compris quand il frappe « l’ennemi lointain » jusqu’à Londres. Son acte n’aurait été qu’un message d’avertissement aux oppresseurs. Il ajoute : « Nos mots sont morts tant que nous ne leur donnons pas vie avec notre sang», ce qui est une façon lyrique de reprendre la vieille rhétorique de la propagande par le fait : l’attentat n’est qu’un message fait pour être entendu.

Quant à al-Zawahiri, considéré suivant le cas comme le numéro 2 d’al Quaïda, son idéologue, ou son véritable chef opérationnel (ben Laden n’étant qu’un porte-parole médiatique), il est plus clair encore. Son message dont rien ne prouve qu’il a été fourni à al Jazeera sur la même cassette que celui de Sidique Khan (ce pourrait être un extrait d’un enregistrement antérieur) est à la fois politique et religieux.

Politiquement, il réclame le retrait des troupes de la coalition d’Irak, rappelle la « trêve » proposée par ben Laden, explique aux peuples d’Occident que leurs gouvernements les mènent dans une aventure sans issue. Bref, son discours est triomphaliste et i l s’adresse aux dirigeants occidentaux comme un égal, représentant une force politique qui va bientôt l’emporter. Il déclare "si vous ne vous retirez pas aujourd’hui, vous vous retirerez immanquablement demain mais au prix de dizaines de milliers de morts et de beaucoup plus de blessés et d’estropiés",

Sur le plan religieux, il confirme le caractère « licite » (au sens coranique) qu’il attribue au terrorisme. Il ne s’agirait que de jihad défensif. Celui-ci répond à un triple but :

- Légitime défense puisque « les Juifs et les Croisés » occupent la terre d’islam, il faut les frapper et là-bas et sur leur territoire jusqu’à ce qu’ils cessent leur agression.

- Vengeance : le sang versé par les civils occidentaux est le prix à payer pour tous les musulmans martyrisés "Vous avez fait couler des rivières de sang dans nos pays. Nous avons donc fait exploser des volcans de colère dans les vôtres. Notre message est clair : vous n’aurez point de salut si vous ne vous retirez pas de notre terre, si vous ne cessez pas de voler notre pétrole et nos richesses et n’arrêtez pas de soutenir les gouvernants corrompus et corrupteurs".

- Humiliation symbolique. L’attentat de Londres serait une « gifle » à Tony Blair. Ce serait une réponse à des actes comme « l’humiliation du noble Coran » par les Américains. Le combat se déroule donc aussi sur le plan symbolique et se mesure en termes de prestige.


Que conclure de tout cela ? Une fois de plus, il est indispensable de connaître le raisonnement des jihadistes. Ils obéissent à une logique propre, à leur propre interprétation des obligations religieuses (les actes qui « plaisent à Dieu »). Répétons une fois encore qu’un terroriste, c’est un intellectuel sanglant qui prend les idées au sérieux. On annonce la publication la semaine prochaine d’un livre dirigé par Gilles Kepel « Al Quaïda dans le texte » aux PUF. Nous ne l’avons pas encore lu, mais nous savons d’ores et déjà que son principe est plus qu’utile, indispensable. Pour combattre le terrorisme, il faut comprendre son idéologie...

F.B. Huyghe

 L'émission de RFI
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