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Après Wikileaks, Wikileaks

Y-a-t’il un avant et un après WikiLeaks ou a-t-on exagéré l’importance de cette affaire ?

FBH Il faudra bien que les soldats remplissent des rapports et que les diplomates envoient des câbles. Les services de sécurité élaboreront des systèmes de cryptologie et de traçabilité plus élaborés (en attendant que le prochain Kerviel ou le prochain soldat X les "casse"). Et, après voir lu dans le journal ce que tout le monde soupçonnait mais que personne ne disait, il faudra bien, dans tous les pays, continuer des relations normales avec les ambassades U.S. Mais chacun, dans les services d'État comme dans les entreprises saura désormais que plane la menace du "whistleblowing" : un membre de l'organisation peut "siffler la faute" et mettre sur la place publique ce qu'elle a fait (et qu'elle voudrait cacher), ce qu'elle peut faire (ses capacités techniques, notamment) et ce qu'elle veut faire (sa stratégie). Il n'y a pas, à long terme, d'organisation qui puisse fonctionner dans la transparence totale ou se réserver une certaine part de dissimulation. Pas de pouvoir sans secret.

S’agit-il d’un « 11 septembre numérique » pour les USA ?

FBH Ce n'est pas la première révélation sur les arcanes politiques (souvenez-vous des "Papiers du Pentagone" en 1971 sur le Vietnam), mais c'est la première fois que le problème devient structurel pour ce pays qui classifie des millions de documents et où des centaines de milliers de gens jouissent d'une forme d'accréditation. Et surtout il frappe l'administration Obama dont l'image reposait sur la séduction, le "soft power" et la transparence, en contraste supposé avec les mensonges de l'ère Bush. En attendant peut-être des fuites sur le système bancaire qui feraient apparaître les trucages de l'affaire Enron en 2001 comme un simple début.


Peut-on encore tout cacher à l’ère numérique ?
FBH Paradoxe : nous vivons protégés de codes, systèmes d'identification et contrôle, sous le règne de la précaution et il n'y a eu autant de révélations. Il est possible d'enregistrer, copier et rendre accessible à des millions de destinataires potentiels des documents originaux ou des images captées par surprise. Parallèlement, la culture du pirate informatique et le culte de la transparence rejoignent la tendance lourde : les contre-pouvoirs de dénonciation et de critique prolifèrent, ONG, associations dites de la société signal annonciateur.

La technologie l’emporte-t-elle aujourd’hui, à tous les coups, sur le politique ?
FBH Le pouvoir souverain s'arrête au contrôle d'un territoire et le principe d'autorité ne peut pas grand chose contre la circulation des électrons. Du coup, en effet, le temps de la décision politique est souvent en retard sur celui de l'évolution technique.

Que représente exactement, sur le plan politique, le phénomène Assange ?
FBH Il n'est ni altermondialiste ni anarchiste et ses partisans sont plutôt motivés par le plaisir de défier le gendarme que par une utopie politique. Lui-même a développé quelques vagues considérations sur a "conspiration" que constitue à ses yeux tout pouvoir. Il se situe plutôt dans la tradition très anglo-saxonne (de Locke à Thoreau) qui invite le citoyen à résister aux abus de pouvoir et aux mensonges, tentation de tout État. Par l'arme de l'information et de la technologie dans le cas d'Assange.

Si sa cible principale semble avoir été uniquement les USA, peut-on croire qu’il ait agi seul et qu’il n’ait pas été manipulé ?
FBH Les fuites sont parties des États-Unis parce c'est là que le système est vulnérable (je pense par exemple que l'armée chinoise sait inspirer une crainte salutaire aux apprentis "whistlelbowers" à supposer que la notion ait un sens là-bas). Et nous voyons bien quels sont les pays qui se réjouissent des malheurs des donneurs de leçon US. Ils pourraient être tentés d'aider discrètement Assange ou ses imitateurs. Mais j'attendrai des preuves pour me convaincre que le grand théoricien du complots fait partie d'un complot.



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