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Veille, réseaux sociaux, réputation
L'aide des égaux, le souci des egos

VEILLE, RÉPUTATION ET RÉSEAUX SOCIAUX



Le développement des réseaux sociaux a eu une conséquence évidente sur la veille : les sources d'information se multiplient (tout le monde devient un peu émetteur, commentateur, évaluateur, donc, sur un Web 2.0 où chacun ne cesse de signaler et de commenter, tout le monde devient partant un peu veilleur) ; par ailleurs l'individu, l'institution ou l'entreprise ont de plus en plus de raisons de surveiller l'opinion dont dépend leur avenir économique, politique ou personnel (et à qui il ou elle laisse de plus en plus de traces à collecter et juger). Tous en veille, tous sous veille, attentifs au savoir des égaux, soucieux de l'image des egos.

Raison de plus d'apprendre à sélectionner l'information omniprésente

Les réseaux sociaux de type Facebook, Linkedin, Viadeo ou Twitter sont devenus des sources d'information, pour repérer les nouveautés, événements, idées, mobilisations, innovations, etc ... Bien utilisés, ils peuvent être d'étonnants instruments pour gagner du temps (mais mal employés, ils peuvent vous en faire perdre beaucoup et nourrir des activités aussi narcissiques qu'inutiles). Dans la pratique, ils peuvent se transformer en instruments de veille partagée et de détection précoce.



Il faut bien comprendre la spécialité de chacun d'eux : Linkedin fournit de l'information professionnelle à des gens plus ou moins rapprochés par des liens de travail (ou qui pourraient l'être), Twitter, très prisé par les journalistes, indique très vite les sources primaires où aller se renseigner, Facebook est un peu ramasse-tout - les pépites y sont parfois difficiles à trouver sous l'étalage des narcissimes et des banalités - mais un réseau de plus de 500 millions de membres est forcément représentatif... Mais là encore, tout dépend de la nature de la veille. Si l'on cherche des informations en politique internationale, Facebook (même celui de ben Ali) n'est pas la meilleure source de renseignements. En revanche, si l'on est recruteur ou si l'on fait de la veille concurrentielle...



Il y a deux façons de considérer ces réseaux dans une optique de veille :
- Soit comme une façon d'obtenir une information rapide et pertinente d'amis ou relations, avec qui l'on a souvent une passion en commun pour un même domaine ou dont on estime la compétence. Dans une perspective de coopération et d'altruisme, tout le monde échange ses bons tuyaux et indique ses découvertes les plus récentes, surtout sous forme de liens. Il existe d'ailleurs énormément de moyens de partager des favoris comme Diigo, ou Mister Wong. C'est commode pour retrouver ses propres sources d'information et pour y donner accès à un groupe, rien de plus, rien de moins. Dans ce cas, votre veille vaudra exactement ce que vaut votre réseau : les plus étendus ou les plus bavards ne sont pas les meilleurs. En revanche, une communauté compétente, formée par des gens avec qui vous avez en commun un intérêt et une expertise, peuvent être des aides considérables.


Twitter a deux qualités : 1) il est très rapide à consulter ou à alimenter, y compris en déplacement de son Iphone ou autre "smartphone 2) il vous limite à 140 caractères. Cette limitation est bien un atout puisqu'elle vous oblige à aller à l'essentiel (il existe des sites pour raccourcir les adresses URL trop longues et ne pas gâcher ainsi votre capital de 140 lettres ou blancs). Cela fonctionne au sein d'une petite communauté qui repère vite les sources touchant à ses problématiques, identifie les gens à suivre, etc. Mais, bien sûr, cet usage n'a rien à voir avec celui d'internautes qui veulent connaître les faits et gestes d'Obama ou de lady Gaga. Ni avec l'usage expressif de ceux qui passent leur temps à se dire qu'il fait beau qu'ils font se faire un cinoche ou que la manif de soutien au peuple libyen a lieu à tel endroit. Ce sont des pratiques parfaitement honorables, mais il ne s'agit plus de faire très vite circuler une information rare (ou, disons, peu exposée au grand public) et dense.

Mais si vous travaillez sur un sujet très vaste et très bien couvert par les médias généralistes, comme une actualité internationale brûlante, il n'est peut-être pas nécessaire d'aller chercher des sources rares, tandis que les meilleurs experts de la question sont sollicités par des journaux ou des sites bien connus.

Autour de Twitter, il existe des dizaines d'applications, une véritable galaxie, pour des usages plus complexes. Par exemple, un groupe soudé (par "groupe soudé", nous entendons des gens qui se connaissent, ont les mêmes références et qui peuvent se confier l'accès éditeur au même site sans que cela dégénère) peut utiliser Tumblr : c'est une sorte d'hybride entre un blog souple et rapide (où l'on met indifféremment du texte, des citations, des liens; éventuellement automatiquement reflétés sur Twitter) et un réseau social où l'on peut suivre, reposter, évaluer un autre blog.


Il y a aussi des méthodes très simples pour stocker ses marque-pages et travailler de façon collaborative, les partager avec un réseau social qui peut être une équipe de veille, les classer par mots-clés ou par classification collaborative (folksonomie)... ; exemple : le fameux et plus tout jeune Delicous.


Il faut comprendre les limites de la logique de signalisation et recommandation typique du Web 2.0 : les réseaux se prêtent aux rumeurs, à la "pensée de groupe" (l'art de ressasser les mêmes choses entre gens qui sont d'accord et d'ignorer ce qui est dérangeant mais significatif), au "copier-coller", à l'absence de vérification, aux contagions, aux légendes, au sensationnel et aux conformismes, etc. Par ailleurs, sauf s'ils abritent des gens exceptionnellement pointus ou créatifs, les réseaux sont souvent le reflet de l'opinion dominante au moins dans un milieu social, donc des conformismes, donc des banalités. Enfin, n'oubliez pas que le but de la veille est de trouver de l'information, pas de nourrir son ego en accroissant son taux de popularité ou de citations, ni de se sentir bien avec un groupe de fans de quelque chose ou de quelqu'un, ni de passer un temps fou à se doter de l'outil technique le plus compliqué. Sauf si la veille porte précisément sur les courant d'opinion, elle doit viser à trouver des sources primaires et fiables dans le temps imparti.

Donc à utiliser avec précaution et parallèlement à d'autres sources plus classiques.

- Soit la nature même de votre veille implique de se tenir au courant des mouvements d'opinion - par exemple de surveiller la
e-réputation d'une entreprise ou d'une institution - et dans ce cas, vous cherchez moins une information sur le monde réel que sur ce que pensent des internautes. Donc sur des tendances de l'opinion mesurables en flux d'attention, en nombre de messages et dont il faut évaluer tonalité générale. Ce secteur est en pleine expansion. Il se redouble d'un domaine voué à la surveillance narcissique du Net (Suis-je connu ? Que dit-on de moi ?) que représentent très bien des sites comme Social Mention, ou Addict-O-Matic. Des néologismes sont apparus comme "social branding" ou "identité numérique" ou identitéweb qui suscitent chacun leurs sites ou leurs commentaires.


La veille sur la e-réputation, le repérage supposé des "e-influents" et/ou l'anticipation précoce des crises par la surveillance des médias sociaux sont des professions prometteuses, au moins à court terme. Des sociétés connues comme
LexisNexis, Digimind, ou TrendyBuzz proposent des services de décèlement précoce des crises médiatiques ou de réputation, de repérage des influenceurs, de suivi des tendances portant sur une marque (ou sur une personnalité politique), d'anticipation des tendances du marché, de suivi de l'image des concurrents, etc.. C'est évidemment payant, mais cela reflète l'ampleur du phénomène.

D'importantes campagnes de communication (y compris la
communication sensible ou de crise) laissent une place croissante aux médias sociaux et inspirent des méthodes comme la communication d'influence par le "hub management", c'est-à-dire l'art de coordonner "juste à temps" la connaissance et l'usage de tous les médias qui peuvent avoir un impact sur votre projet stratégique (à commencer par les réseaux sociaux).

Il existe (et il se crée tous les jours) des agrégateurs ou de moteurs de recherche orientés réseaux sociaux. Par exemple
Samepoint (petit service supplémentaire : repérage de mots positifs ou négatifs, mais en anglais), IceRocket (large place aux vidéos et aux images), Blogpulse (qui propose des profils des blogs concernés), Addict-o-Matic (un agrégateur spécialisé dans les réseaux sociaux et qui vous permet de créer l'équivalent d'une page Netvibes ou I-Google dans ce domaine) etc. Chacun a sa spécialité (sans parler des outils spéciaux que vous proposent Google, Yahoo ou autres), beaucoup sont pour anglophones.

Enfin, un phénomène à signaler : au-delà de l'effet de mode, la place importante des "curators", un terme anglo-saxon qui signifie initialement conservateur (comme un conservateur de musée) et qui se décline en "digital" ou "content curator". Il vaudrait mieux traduire par filtreurs ou sélecteurs de l'information numérique, encore que la notion de "commissaire d'exposition" (celui qui décide quelles œuvres d'art issues de plusieurs musées prennent sens ensemble et méritent d'être présentées comme un ensemble signifiant au public) pourrait mettre tout le monde d'accord. On trouve facilement de bonnes analyses sur les phénomène curators : OWNI, Scoopit ou Cadderéputation (qui se penche sur la différence
curator/veilleur).

Un curateur n'est pas seulement quelqu'un qui indique ses "trouvailles" ou ses "j'aime" (like) à une communauté de gens qui lui ressemblent (au moins par leurs centres d'intérêt). Cette fonction de signalisation rapide est parfaitement remplie par Twitter et sa galaxie. Plus exactement, un site comme Listorious qui sélectionne des listes de Twitter les plus populaires montre bien l'évolution. Ou encore Muckrack (revue de presse par des journalistes, puis sélection de listes Twitter sur d'autres thèmes). Voire encore Tweest qui permet de suivre les tweets des hommes et femmes politiques classés par partis. Dans tous ces cas, il y a eu un classement effectué en partie par des êtres humains, en partie par des algrithmes.


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