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Mosquée de Lyon
Dernier exemple en date de l'effet paradoxal du phénomène Wikileaks. Cette semaine, le célèbre site de "whistleblowing" révèle un note de la CIA destinée aux interrogatoires de prisonniers de Guantanamo (que l'administration Obama avait promis de fermer dans les cent jours). La note, qui représente la simple opinion de l'agence de renseignement, énumère quelques indices permettant aux enquêteurs de cibler des individus particulièrement suspects. Et ce parmi, répétons-le, des détenus, dont la seule présence à Guantanamo prouve qu'ils sont déjà dans le collimateur.
Parmi les indices à l'attention les experts de Guantanamo : le fait d'avoir été invité au mariage de ben Laden (pour ceux qui ne s'en seraient pas douté), le fait de porter un certain modèle de montre qui avait été offerts aux participants à un stage d'explosifs (cela, c'était plus difficile à deviner)..
Mais la fiche énumère aussi 9 mosquées particulièrement repérées comme foyers du jihadisme. Nous insistons sur le terme de particulièrement, car le fait que des gens soupçonnés d'être liés à al Qaïda, arrêtés en Afghanistan et apriori salutistes fréquentent des mosquées lorsqu'ils sont ailleurs dans le monde n'est pas surprenant. On cite des mosquées au Yemen, au Pakistan, à Kaboul..., mais aussi à Montréal, Milan, Londres et Lyon. Passons sur celle de Londres, située à Finsbury Park, dont la réputation internationale (le cœur du cœur du Londonistan) n'est plus à faire.
Prenons l'exemple de celle de Montréal, affaire qui fait beaucoup de bruit outre-Atlantique. Un détenu mauritanien détenu à Guantanamo et accusé d'avoir participé à la préparation du 11 septembre l'aurait fréquentée et même y aurait rempli des fonctions d'imam. C'est possible, de même qu'il est possible qu'en dépit de ses dénégations (il dit avoir cessé de fréquenter al Qaïda en 92 après avoir lutté contre les Soviétiques) il n'ait pas pris sa retraite il y a vingt ans. Il n'empêche que, si l'on tient compte que le suspect est détenu depuis plusieurs années et que les faits en question remontent au moins à 1998-1999, le scoop n'est pas très brûlant.
Mais l'affaire qui intéresse le plus les Français, est, bien entendu,celle de la mosquée de Lyon. Son recteur Kaleb Kabtane, qui est certainement un homme de très bonne foi, vient de protester contre la stigmatisation de sa mosquée, celle de Laennec, arguant que les services français ne l'ont jamais inquiété et que la réputation de ce lieu de culte est irréprochable. C'est sans doute vrai (encore que l'on puisse penser que si la DCRI la surveille étroitement et a de sérieux motifs de s'intéresser à certains fidèles, elle n'est pas obligée de le clamer sur les toits). Ajoutons que s'il y a eu des jihadistes dans la région lyonnaise, ils fréquentaient d'autres mosquées et que les trois Lyonnais détenus ou ex-détenus à Guantanamo sont connus pour s'être "radicalisés" à Londres pas sur les bords du Rhône.
Que conclure de tout ce qui précède ? Rigoureusement rien. il est impossible de conclure dans un sens ou dans l'autre sur de telles bases.
D'un côté, il faut bien que les jihadistes, lorsqu'ils sont en Europe ou en Amérique, aillent faire leurs dévotions quelque part - pourquoi pas dans ces mosquées très précises - et il n'est pas impossible qu'ils y rencontrent des gens favorables à leur cause. De l'autre l'opinion de la CIA ou des interrogateurs de la plus célèbre prison du monde, sur des faits remontant à plusieurs années n'est pas une preuve que ces mosquées soient aujourd'hui les lieux de préparation d'attentats et moins encore que tous ceux qui les fréquentent soient de futurs assassins. Sans compter que le stéréotype de la mosquée "dure" où des prêches enflammés pousse de jeunes naïfs vers la voie de la lutte armée ne convainc pas tous les spécialistes du renseignement. Belle démonstration d'affolement autour d'un pseudo-événement.

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