huyghe.fr - Le site de François-Bernard Huyghe
OK
 Sur Twitter : @huyghefb
 Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie
 Terrorisme
 Affrontements, stratégies et images
 Information, pouvoir et usage : l'infostratégie
 Intelligence économique : du savoir à l'influence
 Pouvoirs et information
 Transmission et communication : la médiologie
 Médiologie au présent
 Médiologie de l'histoire
 Divers
 Textes à télécharger
 Huyghe Infostratégie Sarl
Information, pouvoir et usage : l'infostratégie > Pouvoirs et information
Intelligence diabolique ou naïveté idéaliste
DSK comme symptôme



Dans le remake de "New York section spéciale" qu'est devenue l'affaire DSK, avec ses révélations quotidiennes et les démentis qui les suivent,  il n'y a finalement que deux hypothèses envisageables : soit une intelligence diabolique, soit une stupidité incroyable.

Prenons la première hypothèse : un service ou une officine qui savait à quelle heure DSK sortirait de sa douche a disposé toutes sortes de preuves fabriquées (dont des traces corporelles faciles à se procurer) avec leur complice, sans doute infiltrée à l'hôtel depuis trois ans. Ou alors cette même intelligence diabolique nous distille des fausses révélations, et, dans ce cas, elle n'est pas très intelligente, ni très diabolique puisque lorsque la police scientifique aura rendu son rapport, DSK sera plus populaire que le capitaine Dreyfus. D'ailleurs DSK qui n'est descendu qu'à la septième place (et que 57%
des Français le croient victime d'un complot) pourrait bien revenir lorsque le jeune femme. tou chée par le remords ne manquera pas de revenir ses déclarations.
L'autre hypothèse est que la majorité des informations que nous recevons ne soient pas truquées et que l'économiste le plus intelligent de la planète ou présumé tel ait, au moins une fois dans sa vie agi comme un homme des cavernes.  Cette hypothèse, qui implique celle de l'innocence de la femme de chambre, beaucoup d'amis supposés de DSK ne l'ont guère crédibilisée avec des arguments du type : " je connais bien, c'est un chaud lapin, un peu palucheur, ce qui n'est pas grave  mais pas obsédé au point de violer. La preuve :  il ne l'a jamais fait devant mes yeux."
Des féministes ont dénoncé cette rhétorique, mélange de mépris social et de mépris de la femme, et elles ont eu raison.
La presse étrangère a passablement insisté sur l'arrogance, le sentiment d'impunité, l'isolement du réel et la solidarité quasi mafieuse de nos élites, et il est aussi difficile de lui donner totalement tort.
Il nous semble surtout que l'affaire est révélatrice d'un monstrueux dysfonctionnement du système spectaculaire. Il est capable pendant des mois de nous imposer une image ouvertement fabriquée par RSCG et qui reposait sur deux piliers : la séduction glamour du couple people humaniste et l'argument d'autorité (il a transformé le FMI en club social altermondialiste, le monde nous l'envie et les sondages lui donnent raison...).
 Se produit alors un incroyable démenti de la réalité. Qu'un homme qui est censé incarner des valeurs de gauche se croie intouchable, à l'abri de sa fonction et de sa fortune, qu'il jouisse si ostensiblement du plaisir de dominer, voilà qui mériterait au moins une minute de réflexion sur la somme de techniques d'influence qu'il a fallu pour arriver à nier une contradiction notoire pour quelques centaines de faiseurs d'opinion.
 Le plus étonnant reste que ceux qui ont fait preuve, pour le moins, de myopie nous assènent de telles  leçons de morale. Quel scandale d'exhiber ainsi des images d'humiliation ! Quels salopards, ces Américains ! Et quelle confusion suspecte (et sans doute populiste) que de mélanger ainsi le privé et le public. 
Imaginons une seconde qu'on apprenne que Brice Hortefeux prenne plaisir à  des séances d'humilation sado- masochistes avec des immigrées noires et musulmanes (même en situation légale et consentantes), qui croirait sérieusement que les médias unanimes refuseraient de parler de ce détail purement privé et totalement dépourvu de la moindre signification idéologique ou politique ?  
Ce n'est d'idéalisation d'un homme, DSK, que souffre la bien-pensance,  mais d'une soudaine crise d'idéalisme général : notre fortune ou notre position sociale sont sans rapport avec nos idées politiques, notre brutalité privée avec notre moralité politique...
et ne révèle rigoureusement rien sur le conditions qui permettent de tels contrastes. Il y a simplement des gens brillants, modernes et sympathiques qui ont pris conscience de la nécessité globale du développement durable et de la solidarité publique, et dans l'autre camp, il y a les frileux crispés, psychiquement victimes de leur peur de l'Autre. Affaire de tempérament.
Le contraire  supposerait que les plus brillants d'entre nous se trompent.
Inimaginable : c'est sûrement l'hypothèse du complot qui est la bonne.

 Imprimer cette page