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Obama et le retrait des troupes US
Gagner du temps, c'est gagner l'élection



Nul besoin d'avoir fait Harvard pour comprendre le sens du discours d'Obama annonçant le retrait de troupes US d'Afghanistan :
- l'opinion US, sans devenir à proprement parler pacifiste, s'inquiète d'une guerre qui a duré plus longtemps que celle du Vietnam et qui coûte cher. Outre les pertes humaines, l'argument financier de la guerre à 10 milliards par an pèse sur l'opinion.
- la mort de ben Laden (en dépit de tout ce qu'elle a révélé sur la fiabilité de l'allié pakistanais) offre une fenêtre de tir idéale. Obama s'est montré un "though guy", un dur qui a vengé l'honneur de l'Amérique. Ses adversaires auront du mal à le traiter de "libéral au cœur saignant", indécis et incapable de faire appel à la force quand il faut. Et d'autre part, l'argument qu'il fallait pourchasser al Qaïda en Afghanistan, voire en empêcher le retour devient plus difficile à vendre, même à l'Américain moyen le moins au courant des réalités géostratégiques.
Enfin, des négociations sont engagées avec des talibans dit "modérés", c'est à  dire que les valises de billets circulent et que Karzaï ne met pas trop de bâtons dans les roues. Pour le moment.
Un retrait de troupes en période électorale après un succès de prestige est un choix presque obligatoire. Il semble qu'Obama ait choisi un retrait plus important que ce que les militaires, voire même Gates, jugeaient raisonnable : 10.000 hommes cette année. Puis en 2012, il s'agirait de ramener le niveau des troupe US aux chiffres de 2009.
En clair, l'administration Obama retirerait finalement l'équivalent du fameux "surge" que le président avait lui-même ordonné. On se rappelle que fin 2009, alors qu'il s'apprêtait à recevoir son prix Nobel de la paix, Obama avait choisi d'envoyer 30.000 soldats comme le réclamaient les partisans de la méthode dite de "contre-insurrection" (beaucoup d'hommes pour reconquérir le terrain en partant de bases sûres, en s'étendant progressivement et en pacifiant ses arrières) contre la méthode dite de "contre-terrorisme" (peu d'hommes, retranchés sur des bases sûres, mais des drones et des troupes d'élites pour frapper les groupes d'insurgés repérés). Pour faire simple, la doctrine Petraeus (crédité d'un succès en Irak) contre l'opinion du vice-président Biden.
La logique du projet actuel est claire (même si elle contredit un peu la logique de "contre-insurrection") : faire de son mieux pour repasser la responsabilité aux autorités afghanes, sans se faire trop d'illusions, négocier avec telle ou telle tribu (au risque de se faire escroquer par des faussaires comme cela s'est déjà vu), faire un effet d'annonce au moment des présidentielles, croiser les doigts pour que les talibans pakistanais se fassent un peu oublier et finir par de belles images télévisées des boys rentrant au pays mission accomplie. Mais en réalité : prier le ciel pour qu'un semblant d'ordre se maintienne quelque mois et que ce retrait en sauvant la face ne ressemble pas à une déroute. Le pari peut réussir, car il n'est pas certain que les talibans auront l'indécence de s'emparer de Kaboul immédiatement, mais c'est un pari. Un pari qui dépendra largement là aussi des mouvements des insurgés à la frontière du Pakistan.
Pour mémoire, on se souviendra que les Soviétiques avaient réussi une assez bonne performance en leur temps : leurs troupes s'étaient retirées en ordre et le gouvernement afghan de Najibullah, grâce à une "réconciliation nationale" avait tenu à peu près le coup plus d'un an. Il est vrai que l'affaire s'est mal finie lorsque le talibans se sont emparés de Kaboul, ont saisi l'homme des Soviétiques jusque dans les locaux de l'Onu et l'ont castré avant de le pendre. Mais entre temps Obama sera réélu et les projecteurs seront tournés ailleurs. 

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