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Radicalisation, recrutement, rattachement
La diversité du jihadisme en Europe



Sorti peu après le document de la Maison Blanche sur le contre-terrorisme, celui de la Rand, sur la radicalisation se penche sur le danger terroriste en Europe. Même si, depuis lesbombes de Londres du 7 juillet 2005, il n'y a pas eu d'attentat jihadiste majeur, on arrête chaque année plusieurs centaines d'islamistes suspects de préparer des actions (suivant les chiffres d'Europol). Surtout, un nombre non négligeable d'individus ou de petits groupes, qui n'ont pas forcément été sur des terres de jiahd comme l'Afghanistan ou l'Irak, et qu'on peut difficilement considérer comme des membres d'al Qaïda, se préparent, ou disent se préparer, à l'action violente. C'est le phénomène dit des "homegrown", des "loups solitaires" ou du "jihad des copains". Il touche des individus qui semblent intégrés et possèdent parfois un passeport européen, mais qui, un jour, décident de rejoindre la guerre sainte. Ceci n'exclut pas qu'ils cherchent à entrer en contact avec une des branches d'al Qaïda ou à faire un voyage pour rencontrer des combattants, mais le mouvement semble spontané chez des gens dont le curriculum vitae ne laisse par forcément prévoir la chose.


Donc, même si l'attention est surtout concentrée sur AQMI, AQPA, le Yemen, la Somalie, etc.., le jihadisme européen est tout sauf négligeable. Et la France qui est assez haut sur la liste des cibles pour diverses raisons (présence en Afghanistan, politique en Afrique, loi sur la burqa, otages...) n'est pas la moins concernée.


Les Américains aiment penser ce phénomène en termes d'auto-radicalisation, entendant par là que l'on peut de moins en moins en moins attribuer ce phénomène à l'influence de prédicateurs extrémistes ou de mosquées pépinières de terroristes et de plus en plus à une évolution psychologique individuelle où la fréquentation d'Internet tient une large part. Par ailleurs, les nouveaux groupes - là où il y a groupes - semblent moins hiérarchisés, moins structurés, moins liés à des organisations étrangères, et de plus en plus motivé par des questions intérieures. Ceci ne signifie pas qu'ils soient imperméables aux discours sur les terres d'islam occupées par les Juifs et les croisés, d'où découlerait l'obligation de jihad, mais simplement qu'ils peuvent se focaliser sur des causes et des objectifs domestiques. Ces nouveaux groupes coexistent avec d'autres plus traditionnellement liés à ce que les Américains nomment AQAM : Al Qaïda et des Mouvements Associés.


Il y aurait donc en clair des "homegrowns" disons des "indigènes" purs et des internationaux qui font volontiers le voyage au Pakistan, au Yemen et en Somalie (le fameux tourisme terroriste).


Plus finement, l'étude distingue radicalisation, rattachement et recrutement. La radicalisation est un phénomène de durcissement idéologique au cours duquel un musulman, pas forcément endoctriné par un mauvais prédicateur radical, s'imprègne d'idéologie jihadiste par sa propre initiative. Quitte parfois à aller chercher sur des sites des discours qui mettront en forme leur sentiment de rage et de ressentiment. Le recrutement est l'insertion de ces individus dans un groupe préconstitué qui les rencontre et profite de leurs bonnes dispositions, plus qu'ils n'implantent de vrais centres de prosélytisme et d'engagement.


Quant au rattachement, c'est le processus par lequel l'individu radicalisé cherche à entrer en contact avec une organisation et à se faire recruter par un "employeur" sérieux.


Nous renverrons le lecteur aux bases de données publiées par l'étude pour vérifier la cohérence de cette distinction, a priori assez logique.


La conséquence à en tirer est qu'il faut s'attendre à des actes terroristes indépendants, "partis de la base", pas nécessairement très sophistiqués, des attaques planifiées de l'extérieur, et des complots "hybrides". Fort bien, mais quelles conclusions pratiques en tirer ?


L'échec de toutes les tentatives jihadistes d'importance en Europe semble dû à la fois à la compétence des polices européennes qui en ont repéré un bon nombre et à l'incompétence des jihadistes pour leurs premières tentatives. Les stratégies de déradicalisation menées par certains pays et censées prévenir le passage à l'extrémisme ont, elles, eu un succès très modéré. Mais la faiblesse majeure des "indigènes", leur manque de lien avec les organisations engagées dans le jihad et qui les empêche de s'aguerrir, les rend évidemment moins repérables. Le voyage initiatique reste donc un moment clef de la stratégie contre-terroriste.


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