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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Guerre du pauvre et propagande par le fait
Terrorisme : une rhétorique martiale

Terrorisme, guerre du pauvre et propagande par le fait
(version réactualisée d'une conférence de 2009 pour le cycle "la guerre" de l'Université de Lille 1, actes en cours de publication)

Le terrorisme est-il une forme de guerre ?

Oui pour les jihadistes qui prétendent mener une guerre sainte pour libérer les terres d'Islam et venger le sang des croyants.
Oui pour de nombreux groupes indépendantistes qui s'intitulent "armée", Front, Brigade, Commando, et dont la plus célèbre depuis bientôt un siècle est l'IRA, Armée Républicaine Irlandaise... Ces organisations peuvent, du reste signer des trêves, des cessez-le-feu et des accords de paix.
Oui pour l'extrême-droite US la plus dure qui mène la "RAHOWA", Racial Holly War, guerre sainte raciale.
Oui pour les membres de la bande à Baader qui faisaient la grève de la faim pour obtenir le statut de prisonniers de guerre.
Oui pour les Brigades Rouges et autres organisations marxistes des années 70, qui disaient mener une "guerre au cœur de l'État," des actions de partisans ou de la "guérilla urbaine", mais certainement pas pratiquer le terrorisme individuel que condamnait Lénine.

Mais pour leurs adversaires, en particulier l'État qui tient à conserver son monopole de la violence légitime, leur action ressort au crime et uniquement au crime.

Toute l’ambiguïté du terrorisme tient dans la dualité de ses fins. Dans sa dimension politique , qui consiste à exercer une contrainte sur la volonté d’un acteur souverain, il s’assimile en effet à une guerre menée par des acteurs "privés ". Mais, en tant qu'acte symbolique, il peut être assimilé à une forme d’expression atroce mais éloquente : il met en scène des morts et destructions pour faire parvenir un message en forme d’avertissement. Ce qu'exprime parfaitement l'expression de " propagande par le fait ".

L’ambivalence du terrorisme, d'où découle la difficulté de lui donner une définition juridique ou philosophique universellement acceptée, tient à cette nature double : message plus ravage, effet psychologique et violence physique. L’acte terroriste recherche certes des bénéfices en termes "publicitaires" et symboliques. On tue des gens pour ce qu’ils représentent, non pour ce qu’ils sont ; on veut davantage faire savoir ou faire impression que faire mourir. Mais le terroriste ne s’en prend pas aux idées uniquement par des signes ou des insultes : il lui faut des dégâts, des morts, du sang, de la chaleur et de la lumière pour que l’acte prenne sens et pour que le symbole trouve son efficace.

Les deux formules - "guerre du pauvre" et "propagande par le fait" - veulent aussi dire : guerre moins les moyens régaliens d’une part et propagande plus sang d'autre part : force démonstrative des détonations et des explosion qui relaie celle des mots, dans le but de réveiller le peuple. Guerre moins armée et rhétorique plus bombe, pour faire formule.

Il est légitime de comparer guerre et terrorisme. Il serait plus exact de parler d'actes terroristes ou réputés terroristes. Il n'y a pas un terrorisme en soi, mais une méthode de lutte terroriste qui peut parfois se combiner à d'autres formes d'action politique, comme la négociation ou la représentation politique à travers un parti-vitrine.

La guerre et la norme

Que faut-il pour qu’il y ait guerre au sens classique ?

Pas obligatoirement des États au sens moderne, mais au moins des entités politiques stables et institutionnelles exercant des attributs de la souveraineté dont celui qui consiste à demander à certains citoyens de sacrifier leur vie et de tuer légitimement dans certaines circonstances.

Il faut mort d’homme, en nombre et au moins comme éventualité acceptée : la guerre suppose le risque de mourir y compris à grande échelle. Des théories comme la polémologie de G. Bouthoul considèrent même la dimension démographique de la guerre comme une de ses grandes fonctions.

Il faut des armes. En souvent toute une intendance et de lourds systèmes de fabrication, transport, entretien... pour qu’elles soient à disposition des combattants au bon moment.

La guerre a une finalité : la paix. Ou plus exactement la paix victorieuse par laquelle un changement politique, un traité, le renversement du gouvernement allié, l’occupation d’une province, s’inscrira dans la durée historique.

Il faut une séparation entre le temps de la paix et celui de la guerre : les deux représentent des états durables et notoires : tout citoyen sait s’il est en paix ou en guerre.

La guerre se déroule sur un certain territoire, chez soi ou chez l’autre. Idéalement il y a même une ligne de front qui marque sur la carte la progression des différentes offensives et contre-offensives. Classiquement, pour faire la guerre, il faut commencer par franchir ou violer une frontière, fût-elle aérienne, ou pour renprendre l'expression de Ratzel "porter sa frontière sur le territoire de l'autre".

Enfin la guerre a un statut juridique et un des principaux arguments contre le terrorisme que certains voudraient le classer comme équivalent civil d'un crime de guerre, est justement qu'il n'en respecte pas les règles : il s'en prend à des civils innocents, les terroristes ne portent pas d'uniformes, ils ne connaissent pas la distinction canonique entre civils, militaires et politiques, etc.

À noter, en sens inverse, que certains groupes terroristes tentent d'imiter une deuxième prérogative territoriale de l'État, outre celle de déclarer la guerre : ils prétendent rendre justice, par exemple en faisant passer les otages devant une "justice populaire" ou en faisant précéder leur exécution d'une sentence, comme ce fut le cas pour Aldo Moro. Pour les terroristes, l'État n'a que la légalité formelle, tandis que leur action est légitime ; ils pensent dont exercer un droit supérieur, légitimité par la volonté ou l'intérêt du peuple, des opprimés, des vrais croyants...

Le schéma que nous venons de rappeler est souvent remis en cause par situations typiques de la conflictualité moderne et leur logique floue : guérilla, guerre de partisan, désordres dans des États en faillite, actions de milices, ce que les Américains nomment OOTW (Operations Other Than War : opérations autres que la guerre). Phénomène d'autant plus troublant qu'une même organisation peut pratiquer et la guérilla avec des groupes armés en uniforme tenant en permanence une zone de jungle ou de montagne autant que l'attentat urbain contre des gouvernements ou des administrations, des moyens de transport, des rassemblements... Voir l'exemple des Tigres Tamouls. De même, comme le Hamas et le Hezbollah, une même organisation peut gérer simultanément des commandos terroristes, un parti politique, des organisations caritatives, et même une chaîne de télévision.

Le terrorisme peut donc être mixte : il se mélange à l'action politique, à la guérilla, au crime organisé. Il est souvent provisoire : une organisation terroriste peut se transformer en parti légal, en mouvement révolutionnaire de masses, en armée de libération victorieuse... Il n'est qu'une stratégie que l'on peut adopter, abandonner ou combiner. Mais, par essence, la pratique terroristes radicalise la situation, et se présentant comme une riposte à un terrorisme d'État qui l'aurait précédé, pose la question de la désignation de l'ennemi.

D'où l'importance des fondamentaux que nous pourrions résumer dans la formule : guerre = collectivités + létalité + technicité + finalité + temporalité + territorialité.

Guerre et terreur

Si le terrorisme a quelque chose de commun avec la guerre, ne serait-ce que dans l’imaginaire de ceux qui le préconisent, il se pratique avant, après ou à la place de la vraie guerre, mais guère simultanément.

Quelqu’un qui attaque un char Abrams ou une brigade de Marines en armes n’est pas un terroriste stricto sensu, mais plutôt un partisan sans uniforme, un franc-tireur : si son acte ne respecte pas les lois de la guerre, il en adopte la technique. En revanche, l’attentat peut prendre place en temps de paix, éventuellement provoquer une guerre comme celui de Sarajevo, mais aussi proliférer dès que le vainqueur a proclamé la fin des hostilités. Comme en Afghanistan ou en Irak, l'armée victorieuse peut avoir la douloureuse surprise de découvrir que rien n’est fini. Il y a cette sorte de "guerre après la guerre" où les voitures piégées explosent, où les kamikazes se multiplient et où davantage de GI’s périssent d’une insurrection que du fait des armées régulières afghanes ou irakiennes. Le terroriste, l’insurgé, le guérillero démontrent douloureusement au fort qu'il faut être deux pour faire la paix. Si l'État le plus puissant a pu briser la volonté d’un gouvernement, il ne peut ni couper ni courber toutes les têtes de tous les révoltés qui, eux, se sentent toujours en guerre.

Si nous reprenons les éléments de la guerre idéelle au sens de Clausewitz, il est facile de voir combien le terrorisme réel -  qui ambitionne toujours de produire les effets d'une vraie guerre, comme de chasser un envahisseur, ou qui prétend déboucher sur une vraie guerre civile mobilisant d'importantes forces sociales - les réinterprète à sa façon.

Collectivité ? Tout groupe terroriste prétend agir au nom d’une communauté dont il consituerait l'élément le plus conscient  et qui légitimerait son action. Les terroritstes se considèrent comme incarnant les vrais patriotes, les vrais exploités, le vrai peuple, les vrais croyants, contrairement à l’État fantoche ou au gouvernement illégitime qui le poursuit. Le problème est que le groupe terroriste - qui s’est auto-proclamé ennemi de l’État - n'a guère été mandaté. Exemple : ben Laden dirigeant le jihad au nom de l’Oumma toute entière, communauté qui ne l’a élu ni chef politique, ni chef religieux. Il arrive plus rarement que des terroristes agissent de façon individuelle, sur le modèle des "loups solitaires", sans le soutien d'un groupe de l'avant-garde organisée de quelque mouvement historique. Mais ces solitaires, jihadistes "autoradicalisés", comme Unabomber ou Breivik le tueur solitaire d'Oslo en 2011, agissent toujours au nom d'une communauté imaginaire et qui peut-être celle des vrais Européens pour Breivik voire la mère Nature pour Unabomber, comme c'est la communauté des musulmans persécutés pour les loups solitaires islamistes, tel le tueur de fort Hood au Texas.

Létalité ? Le terrorisme tue, certes. Mais il renverse la hiérarchie entre guerre et guerre de l’information. Pour le militaire il importe d’abord de vaincre les forces ennemies par le fer, le feu et la manœuvre ; cette action prioritaire est renforcée par une action psychologique pour soutenir le moral des soldats et des civils, décourager les ennemis, justifier idéologiquement et moralement la guerre qu’il mène, etc. Pour le terroriste qui n’espère guère de triomphe militaire, mais, au mieux la démoralisation de l’adversaire, une meilleure position pour négocier ou une avancée menant à la mobilisation des masses, il est plus important de faire savoir que de faire mourir.

Technicité ? Certes, le terroriste ne peut se doter d’un armement lourd : il n’a pas d’industrie de guerre, d’aviation, de marine, de moyens de transport, d’intendance, de logistique... Mais sa technique de lutte armée, comme sa technique de communication avec Web, vidéo numérique..., est légère, inventive, changeante. Elle est surtout incroyablement économique par rapport aux gigantesques panoplies des réguliers. Là où une armée dépense des milliards en hélicoptères, satellites, missiles intelligents ou drones, le bricoleur terroriste utilise les avions comme bombes, piège les voitures, transforme son propre corps en vecteur, fabrique de petits engins explosifs comme en Irak, les place comme des pièges ou au contraire les apporte au plus près de l'adversaire au prix de sa vie.

Finalité ? La guerre vise à instaurer un état stable concrétisé par un traité de paix, une reddition, par le renversement du gouvernement vaincu et son remplacement par un autre favorable aux vainqueurs... Bref, elle vise à la sûreté et à la durée : fin de l’histoire et continuité de l’Histoire avec un grand H. Un groupe terroriste, lui, veut son auto-dissolution contrairement à une armée qui est censée "resservir" lors de la prochaine guerre : il espère que le conflit s’aggravera et qu’il y aura une révolution, une guerre civile durant laquelle chacun sera obligé de choisir son camp. Ou alors, il espère être convoqué à une table de négociation, traité non plus en criminel mais en force politique digne de se présenter aux élections, de signer des traités, voire de diriger un embryon d’État comme ce fut le cas de l’OLP.

Temporalité ? Si la rupture entre temps de la paix et temps de la guerre est fondamentale voire fondatrice, puisque la première fonction régalienne est de les proclamer l’une ou l'autre. Pour un groupe terroriste, le conflit a toujours commencé avant qu'il n'entre en scène , le jour où l’oppresseur a, le premier, exercé son terrorisme d’État et rien ne finira sans doute avant la victoire finale. Il arrive que cette victoire soit difficile à définir ou à imaginer : la révolution planétaire pour certains groupes marxistes, la fin de l’Histoire, l’établissement de l’Oumma universelle ? Le groupe terroriste, contrairement à une armée forcément permanente, a une activité discontinue : à un moment il frappe, à un moment il disparaît et se cache en attendant le prochain coup. Il peut rentrer en sommeil et resurgir, si bien que l'on ne sait jamais, sauf si tous ses membres disparaissent ou s'il proclame lui-même la fin de l'action armée, à quel moment l'on est en "paix" avec le terrorisme.

Territorialité ? Si le guerrier classique connaît surtout la notion de front séparant son territoire, celui qu'il est en train de conquérir ou de défendre, de celui de l'ennemi, le terroriste suit des règles bien plus complexes : tantôt il frappe en zone ennemie, derrière les lignes, tantôt il disparaît et se disperse pour attaquer "où il veut, quand il veut", tantôt il utilise des sanctuaires et des bases arrières, éventuellement de l'autre côté de la frontière. Tantôt encore, il pratique un "terrorisme international" qui consiste à frapper un État pour soutenir les intérêts d'un autre, commanditaire.

La violence comme propagande

Que vaut alors la comparaison entre "propagande par le fait" et la propagande tout court ?

La propagande-discours est un mode délibéré de propagation d’idées, de valeurs, de jugements sur l’état du monde et sur les moyens de l’améliorer. Ce message vise à ressouder une collectivité, car le locuteur s'exprime au nom d’un parti, d’une nation, de la Justice, de l'Histoire..., mais elle représente une forme très particulière de diffusion des convictions dans la mesure où elle confronte nécessairement ce qui est à ses yeux une propagande adverse. Soit réellement lorsqu’il s’agit de gagner des élections contre ceux qui ont d’autres projets politiques. Soit symboliquement, lorsque le propagandiste s’invente un ennemi, une idéologie perverse, un danger et une propagande qu'il désigne comme mensongère et adverse contre qui mobiliser les bons citoyens. Cette logique est poussée jusqu’au bout dans "1984" d’Orwell où Big Brother fabrique un ennemi que les citoyens doivent dénoncer lors des "jours de la haine" et qu’ils rendent responsables de tous leurs malheurs.

La propagande possède plusieurs dimensions.

La première est celle des messages. Qui dit message persuasif dit technique comme la rhétorique, ou la sélection d’informations et d’images en vue un effet, éventuellement sur l’inconscient, à en croire certains propagandistes. Mais si le terroriste est très attentif à l’efficacité des mots qu’il emploie et des images qu’il émet, par exemple dans des vidéos jihadistes, il reste d’abord fondamentalement persuadé que les discours sont insuffisants pour faire triompher la vérité. À leur force argumentaire, émotive, morale..., il faut, pense-t-il, ajouter la force de démonstration de la violence. Elle seule parle vraiment au cœur, et produit une impression insurpassable. Elle interpelle et oblige à répondre en choisissant son camp. Telle est la logique qui est poussée jusqu’au bout par le kamikaze : sa mort, c’est son mot le plus fort, son affirmation sans réplique.

Après le message, les médias. La propagande suppose leur maîtrise donc la possession des "tuyaux" : journaux éventuellement censurés, radios et télévisions y compris pour porter la parole en territoire adverse, câbles et satellites, sites ayant une fonction de vitrine, mobilisation de tous les moyens d’expression nationaux dont le cinéma, le théâtre pour répandre le message patriotique de mobilisation, réseaux sociaux où répândre sa "contre-narration" et ses "éléments de langage"... Le terroriste, lui, doit d’abord s’imposer à des médias qu’il présume hostiles puisque complices du Système. Pour cela, il doit leur imposer de reprendre ses textes, signatures, revendications, de faire la publicité de ses actes, de lui offrir une scène à la mesure du spectacle tragique dont il est le metteur en scène.

Les médias numériques offrent l’accès facile aux "tuyaux" : chaque groupe peut produire ses propres images, tels les jihadistes filmant leurs exploits, les testaments des martyrs précédant l’attentat suicide, des exécutions d’otages, des séquences d’entraînement. Via Internet, le terroriste peut théoriquement envoyer son discours à toute la planète sans être repéré. Et l’impact des images ou des mots est sans commune mesure avec les moyens matériels dont dispose l’émetteur. Pas besoin de salarier des journalistes  ni d’investir dans des antennes pour mettre sur You Tube une vidéo qui sera reprise dans le monde entier.

Après les médias, les médiations. La propagande au sens classique requiert des organisations, souvent des services d’État, comme des brigades militaires spécialisées dans les "psyops", des bureaux de la censure, des organismes chargés de missions d’influence ou de "diplomatie publique"...., mais aussi des sociétés et conseillers privés qui "vendent" une bonne image d’un pays ou de son action, à commencer par les fameux "spin doctors". Quant à la propagande politique en temps de paix, elle repose sur des structures organisées, d’une brigade de propagande ouvrière type fin du XIX° siècle à un réseau militant sur Web 2.0, comme ceux qui ont contribué à la victoire d’Obama ou au triomphe du printemps arabe.

La propagande terroriste ne néglige pas l’aspect organisationnel ni n'ignore la nécessité de construire des réseaux : façade légale, mouvements sympathisants... Mais la principale différence est que, dans l'esprit du terroriste, organisation militante et organisation communicante sont une seule et même chose. Les idées justifient la violence et la violence illustre les idées en un perpétuel va-et-vient. Dire c'est faire et faire c'est dire.

Pour l'exprimer autrement, il existe dans le terrorisme une dimension qu’ignore souvent la propagande : celle du défi symbolique. Menacer ou insulter ce en quoi croit l’autre - ses emblèmes, les autorités auxquelles il est soumis, les signes de son orgueil triomphant comme les Twin Towers - sont des composantes l’action terroriste.

La trilogie message, médias et médiations n'a de sens, pour emprunter les catégories de Régis Debray, que par rapport à un milieu, culturel, mental et technique. Et de ce point de vue, on peut décrire la visée de la propagande terroriste comme un changement de milieu : changer le code mental de ceux auxquels on s'adresse. Convaincre l'adversaire fort de sa faiblesse. Convaincre ses partisans potentiels, les faibles et les opprimésb, qu'ils ont forts et les convertir au nouveau système de valeur.

Guerre plus symboles

Toute stratégie qui ne prend pas en compte la nature duale du terrorisme est vouée à l'échec.
G.W. Bush a déclaré la guerre au terrorisme (Global War on Terror), tandis que ses conseillers néo-conservateurs parlaient de quatrième guerre mondiale. Mais l'administration Obama, après avoir un moment hésité à adopter des formulations grotesques mais politiquement correctes comme "lutte mondiale contre l'extrémisme violent" se réfère dans sa doctrine de contre-terrorisme produite peu après la mort de ben Laden à une "guerre à al Qaïda".
D'autres stratégies visent à éradiquer le terrorisme en "déradicalisant", c'est-à-dire en le traitant comme une déviation mentale frappant des esprits faibles exposés à de mauvaises influences, et donc en soumettant les populations menacées à une contre-propagande qui ne dit pas son nom.

Dans les deux cas, nous voyons combien nous avons de mal à réagir à une forme d'hostilité qui remet en cause à la fois le contrôle de la violence et les valeurs fondatrices du système qu'elle combat.

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