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Al Zawahiri le discret
Second message vidéo de Zawahiri depuis qu'il a remplacé ben Laden. À notre connaissance, il n'était apparu qu'une fois à l'image depuis la mort de son prédécesseur : c'était le 8 Juin dernier, dans un petit discours où, d'ailleurs, il ne faisait pas encore mention de sa "nomination", et où il se contentait de revenir sur deux thèmes assez prévisibles. L'un était la «peur» que continuerait de provoquer ben Laden d'outre-tombe. L'autre, le soutien aux révolutions arabes, qui renversent après tout des tyrans pro-occidentaux qui réprimaient l'islamisme chez eux. C'était d'ailleurs l'objet du dernier message de ben Laden diffusé post mortem.
Cette fois, Zawahiri revient au printemps arabe et sur son soutien aux Syriens contre le régime alouite (donc chiite, donc doublement haïssable pour les salafistes). L'Égyptien affirme d'ailleurs que s'il n'était pas occupé par un autre combat, il viendrait volontiers offrir sa poitrine pour faire un bouclier aux frères syriens. C'est un peu littéraire, mais on comprend l'idée général.
De même qu'il met en garde contre la récupération du mouvement par les USA. Il annonce : «Washington cherche aujourd'hui à remplacer Assad, qui a fidèlement cherché à protéger les frontières de l'entité sioniste, avec un nouveau régime qui dilapide votre révolution et la guerre sainte, suive l'Amérique et prenne soin des intérêts d'Israël (...)».

Rappelons qu'al Zawahiri s'est toujours présenté comme le grand communicant et théoricien de la nébuleuse al Qaïda. On lui doit paraît-il (sans certitude pour la première) deux «inventions» assez surréalistes en matière de propagande. L'une est la cassette testament du Jihadiste qui se prépare à l'attentat. La seconde fut la «foire aux questions» qu'il ouvrit en 2007 sur Internet et qui permettait à tout individu ou groupe de lui poser des questions en ligne sur le jihadisme auxquelles il répondait de façon parfois fort argumentée. Les apparitions en vidéo de Zawahiri étaient d'ailleurs devenues beaucoup plus fréquentes que celles de ben Laden au cours des dernières années.
Rappelons aussi que Zawahiri a publié en ligne en 2008 un livre numérique connu sous le titre «l'absolution» (dont il existe une traduction française sur papier et dont le titre complet est «l'absolution des oulémas et des mouhadjidiens contre toute accusation de toute accusation d'impuissance et de faiblesse». Il s'agissait d'une réfutation théologico-politique des thèses d'un ancien compagnon maintenant «déradicalisé» :al-Sharif alias docteur Fadl qui contestait la légitimité religieuse du jihad pratiqué par la mouvance al Qaïda. Dans sa réplique, al Zawahiri revenait sur deux thèmes récurrents : l'efficacité de l'action d'al Qaïda et son bilan «globalement positif», mais aussi la parfaite licéité du jihad dit défensif, destiné à riposter à des injustices commises par les Juifs et les croisés et à leur invasion de terres d'Islam.

L'actuel silence relatif du successeur de ben Laden peut s'expliquer par des difficultés techniques : même l'enregistrement,une simple mise en ligne ou le transport physique d'un DVD peuvent constituer un risque pour l'homme maintenant le plus recherché du monde. Par aileurs, les communications jihadistes très ciblées par les USA ne sont pas si aisées par les temps qui courent. Ainsi le forum Shamukh al Islam qui était un de leurs principaux canaux a subi des attaques informatiques qui ont amené sa fermeture.
Il y a également des explications politiques qui ont été avancées à cette discrétion : régionalisation d'al Qaïda qui rend moins importante la communications de la structure centrale, période de réorganisation et d'attente face aux événements du monde arabe, hésitations stratégiques.

Pourtant, on ne peut pas exactement dire que la nébuleuse al Qaïda (sur laquelle Zawahiri a sans peu de pouvoir réel, soit inactive. Outre les récentes mises en garde du département d'État contre une recrudescence possible des attentats (éventuellement contre des sites industriels US), citons :
- les actions en Algérie, y compris celle qui a coûté la vie au fils de Ali Belhadj
- la menace d'AQMI dans tout le Sahara
- le rôle obscur des jihadistes dans les événements de Lybie (voir l'assassinat du général Younès)
- la présence d'AQPA (al Qaïda pour la péninsule arabique, qui se vante de ses bons résultats dans un message à Zawahiri) au Yemen, présence démontrée a contrario par les pertes qu'on lui attribue et le fait qu'un ministre yéménite se vante de l'aide qu'apportent les USA à son sympathique régime pour lutter contre AQ...
- etc.

Bref, même en tenant compte de la propagande des gouvernements concernés et en sachant bien que des organisations comme AQMi ou AQPA ont une stratégie de plus en plus autonome, nous sommes encore loin de la fin d'al Qaïda dont le secrétaire à la Défense, Léon Panetta, annonçait qu'elle était à portée de main.
En dépit des documents sensationnels qui circulent dans la presse anglo-saxonne (comme la «découverte» que ben Laden préparait des attentats pour le 10° anniversaire du 11 septembre...), nous avons rarement été autant dans le brouillard sur les capacités et les projets d'al Qaïda.

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