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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
1119.000 terroristes arrêtés ?
Dix ans après le onze septembre, le contre-terrorisme pour quoi faire ?

Depuis le 11 septembre, au moins 119.000 personnes ont été arrêtées (et 35.000 inculpées) au titre de la lutte contre le terrorisme dans 66 pays ce qui représente presque un changement de décimale par rapport aux décennies précédentes (et n'empêche pas une montée objective de la violence terroriste). Ainsi près de 3000 personnes ont été arrêtées aux USA depuis 9/11, huit fois plus qu'au cours de la décennie précédente qui avait pourtant vu le premier attentat contre les Twin Towers (en camion piégé) et celui d'Oklahoma City, un de plus sanglants du vingtième siècle.
Tous ces chiffres et beaucoup d'autres résultent d'une longue enquête d'Associated Press dans cent pays pour examiner le résultat des lois anti-terreur qui ont fleuri à travers le monde.
Tout cela est-il le résultat de la montée du jihadisme ou de la fureur répressive de G.W. Bush ?
La réponse est beaucoup plus subtile.
Environ la moitié des inculpations ont été faites dans deux pays : la Turquie, qui, bien qu'Istanbul ait été frappée durement par les attentats islamistes comme en 2003, est surtout confrontée au problème Kurde et la Chine qui a aussi d'autres soucis que les kamikazes salafistes.
Pardon de rappeler cette évidence : islamisme et terrorisme ne sont pas synonymes et nombre de pays sont confrontés à des terrorismes révolutionnaires ou séparatistes qui n'ont rien à voir avec al Qaïda (sans compter les actions terroristes islamistes du Hamas ou Hezbollah par exemple qui ne sont certainement pas inspirées par le Jihad planétaire version ben Laden ou Zawahiri). Au Sri Lanka, le principal problème est celui des Tamouls a priori hindouistes, tandis que l'Inde, très frappée par le terrorisme, n'est pas confrontée qu'à des musulmans. Et un récent rapport d'Europol rappelait qu'en Europe une personne sur cinq arrêtée au titre de l'antiterrorisme seulement est ou pourrait être un islamiste.
En revanche, il est évident que l'atmosphère qui a régné après le 11 septembre, et la caution donnée par les États Unis à tout ce qui se réclamait vaguement de la "Guerre Globale à la Terreur" ont favorisé des politiques répressives. Le prétexte islamiste a servi, notamment dans des pays arabes, à se défendre contre la contestation politique. Agiter le spectre d'al Qaïda pour disqualifier toute opposition était une des méthodes de Moubarak ou de ben Ali pour prendre qu'un exemple.
Ce qui renvoie à l'inépuisable question : qu'entendez-vous par terrorisme ? Dans beaucoup de pays, le terme est appliqué bien plus largement qu'aux groupes clandestins armés qui commettent des attentats sanglants dans un but politique (la définition que nous donnerions du "vrai" terrorisme). Il est très tentant pour un État autoritaire d'étendre la répression du terrorisme à la notion vague d'un complot contre la forme ou la sécurité de l'État, d'une subversion ou d'une complicité intellectuelle avec la violence, au final, pratiquement à toute opposition.
Le pire (ou le meilleur) est probablement qu'il n'y a pas de lien simple entre l'ampleur ou la férocité de la répression et son efficacité. Faire une guerre à l'Irak (et prétendre qu'elle est pratiquement gagnée et que l'on peur se retirer), n'empêche pas que c'est le pays qui souffre le plus du terrorisme, en particulier des attentats suicides. Et le renforcement de l'action anti-terroriste au Pakistan n'a pas non plus empêché la montée des attentats.
Au fait, qu'est-ce qui "marche" contre le terrorisme ? Certainement pas l'intervention militaire.Guère l'escalade des lois liberticides qui coûtent bien plus en légitimité politique qu'elles ne font gagner en sûreté. Une méthode policière et juridique "classique", accompagnée d'une action de disqualification idéologique de l'adversaire ? Au vu d'exemples notamment européens et d'études comme celle de la Rand que nous avions analysée sur ce site, nous serions tentés de répondre : oui assez souvent et à assez long terme. Sans oublier qu'une des façons les plus probables de finir pour un mouvement terroriste est de devenir un jour une force politique légale.

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