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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Terrorismes et géopolitique
Reims Management School 2012

Défis géopolitiques, Reims Management School



Terrorisme: influence et violence





Problématique




Le terrorisme, phénomène géopolitique ?



- Son action (essentiellement l'attentat, car "le" terrorisme est une méthode plutôt qu'un catégorie juridique ou morale) vise à un effet politique. Il combine l'usage de forces et de signes pour faire céder la volonté politique d'un État et instaurer un autre rapport durable, si possible sanctionné par l'Histoire, entre des camps. D'où un impact direct ou indirect sur la question de la souveraineté ( et de la violence "légitime" de l'État



.La violence terroriste "privée" est illégitime aux yeux de l'autorité, à commencer par les gouvernements qui la combattent par les armes ou les Organisations Internationales qui dressent des listes d'organisations terroristes.



Mais cette action se réclame d'une légitimité supérieure, d'un acteur historique transcendant qui assigne sa mission au terroriste (le peuple qui réclame son indépendance contre un occupant, le camp des opprimés qui veut renverser les dominants, la loi de Dieu qui commande de mener la guerre sainte, les intérêts supérieurs de la Nation, ceux de la Révolution internationale, etc).



Le terroriste prétend le plus souvent qu'il ne fait que répondre à une violence première injuste, celle de l'État, du colonisateur, des dominants, des impérialiste, donc qu'il se trouve en position de légitime défense et de supériorité morale. La méthode est facilement présenté par ses théoriciens comme stade provisoire, précédant le soulèvement du peuple tout entier, voire comme un moyen d'économiser des massacres pires encore.



- La stratégie terroriste comporte une dimension territoriale indéniable. Même lorsqu'il se dit internationaliste et sans frontières, le combat terroriste s'exerce sur un territoire précis (par exemple dans le but d'y rendre la présence des forces adverses trop coûteuse en pertes humaines, inacceptables pour l'opinion et intolérable à la population locale). Même le jihadisme se réfère à la défense d'une terre qu'il dit depuis toujours dévolue par Allah aux vraies croyants.



Il considère ce que nous nommons, nous, attaques aveugles contre des innocents comme une pieuse sauvegarde de son territoire symbolique menacé par des envahisseurs Juifs et Croisés. En outre, la question de la zone d'opération et des sanctuaires (montagne, jungle, proximité d'une frontière de l'autre côté de laquelle se réfugier) fait souvent la différence entre la guérilla, guerre de partisans dispersés dans la campagne et le terrorisme, phénomène essentiellement urbain.



Même s'il arrive que des organisations veuillent combiner terrorisme offensif, contrôle d'une zone inexpugnable et vitrine légale. Même ou surtout à notre époque où l'on parle de terrorisme mondialisé ou global, etc., le rapport du terrorisme en réseaux, et du territoire, qui lui fournit ses justifications, ses buts et ses champs de bataille est fondamentalement géopolitique.





- Enfin et surtout, le but du terrorisme est de changer l'Histoire, de l'accélérer par une action d'avant-garde, en renversant le rapport du faible au fort (selon une formule provocatrice, le terrorisme est la guerre du pauvre, tandis que la guerre est le terrorisme du riche). L'action terroriste a, du reste, plusieurs fois bouleversé la situation internationale, que ce soit en provoquant une guerre (comme l'attentat de Sarajevo) ou en aidant un peuple à se doter d'un État (de l'Irlande à l'Algérie). Cela entraîne quelques paradoxes. Notamment de voir un Menahem Begin ancien dirigeant de l'Irgoun et un Arafat, chef de l'OLP recevoir le prix Nobel de la Paix après avoir été à la tête d'organisations responsables de certains des attentats les plus célèbres du XX° siècle.



Le terrorisme change la donne, avant ou après la négociation politique qui visent souvent à le conjurer, par les tensions qu'il provoque, par les nouveaux rapports politiques qu'il instaure et qui se pérennisent. Il agit comme complément, substitut ou déclencheur de guerres, mais aussi à travers ses échecs et les conséquences indirectes qu'entraîne sa répression. Parfois aussi par sa réussite.



Avec la respectabilité qui couronne alors les combattants de la liberté d'aujourd'hui, alors que les vaincus d'hier stigmatisaient comme terroristes criminels (De Gaulle et Mandela, pour ne prendre que deux exemples). Plus étonnant : en 2001, les USA déclarent une "guerre globale au terrorisme", lui conférant le statut d'ennemi principal et de pivot des relations internationales. Sous le mandat d'Obama, cette guerre deviendra de façon plus politiquement correcte "lutte contre l'extrémisme violent", mais justifie toujours la mobilisation -assez inefficace - de la plus grande puissance de tous les temps.



Le terrorisme, initié par des acteurs non étatiques, remet en cause les rapports de puissance entre États, les limites des souverainetés, l'espace de monopole de la violence armée comme il déplace les zones d'influence. Bref, il ne peut être considéré simplement comme un phénomène criminel ou un "problème de sécurité" lié à la mondialisation chaotique et à ses ratés.



Au-delà de l'intérêt politique qu'il y a à distinguer insurrection, guerre de partisans, terrorisme "pur", protestation, propagande par le fait, etc., il faut ajouter, aussi cynique que cela puisse paraître, que le terrorisme est un fait de communication, pour ne pas dire un mode de publicité. L'attentat est moins destiné à faire mourir qu'à faire savoir. Le nombre des victimes ou les dégâts importent moins que l'impact psychologique. L'avantage gagné ne se mesure pas en nombre d'ennemis détruits ou paralysés, ni en provinces occupées, comme dans une guerre classique. Mais il s'évalue quantitativement en minutes de télévision ou nombre de spectateurs et qualitativement à sa dramaturgie et à l'interprétation qu'en font ses destinataires.



Car, en dépit de son étymologie, le terrorisme ne sert pas seulement à terroriser, donc à affaiblir une combativité adverse. Chaque bombe ou chaque coup de pistolet doit convaincre et témoigner de quelque chose (de la force d'un camp, de sa volonté inébranlable, du coût que devra payer l'adversaire, de la volonté d'Allah, d'une justice véritable, etc).



Chaque violence est porteuse de sens délibéré. Il diffère selon qu'il s'agit de l'ennemi (qu'il faut défier, contraindre ou obliger à révéler sa "vraie nature" oppressive), des partisans potentiels (encouragés à se radicaliser et à choisir leur camp), de l'opinion internationale (prise à témoin du désespoir des partisans, interpellée par un conflit où elle devra peser),sans oublier les médias (à la fois suspects d'être au service de l'oppresseur et indispensables pour faire connaître les revendications et la rhétorique des terroristes).



Du reste le terrorisme et par son idéologie et par sa pratique diffère selon qu'il apparaît à l'ère de la ronéo clandestine, des télévisions internationales ou du Web 2.0.

Quel rapport entre ravage et message, quelles stratégies, quelle efficacité, par quels moyens et avec quelles mises en scène ? Quel relation avec les médias ? Telles sont les questions que nous aborderons dans une présentation du terrorisme envisagé comme forme paradoxale (et paroxystique) de l'influence.





Présentation du cours



Depuis la fin des années 1870, des groupes armés clandestins commettent des attentats à but politique, souvent pour venger et éveiller – disent-ils – les opprimés. Leurs adversaires et les lois les désignent, à tort ou à raison, comme terroristes. Cette méthode qui mêle violence et proclamations, toujours entre guerre du pauvre et propagande par le fait, prolifère sous toutes les latitudes.



Elle se réclame des idéologies les plus diverses : nihilisme ou anarchisme, indépendantisme ou anticolonialisme, réaction ou révolution mondiale, peurs apocalyptiques ou jihad planétaire...



Elle veut venger des victimes, défendre des causes, contraindre des gouvernements, détruire ou susciter des États, faire avancer des utopies...Le vocable terrorisme a connu et connait des identités multiples, parmi lesquelles l’IRA, l’ETA, la RAF, Action directe, les Brigades rouges, les Tigres tamouls, al Qaida, AQMI,



Le cours analyse les terrorismes à travers la diversité des discours et des symboles qui l’inspirent mais il rappelle aussi les constantes liées aux méthodes de destruction, d’humiliation et d’influence. Il décrypte leurs modes de mise en scène et leur communication, du tract aux réseaux sociaux. Et il pose la question de leur efficacité stratégique : le terrorisme fait-il avancer les causes dont il se réclame ?







Biographie



François-Bernard Huyghe est directeur de recherche à l’IRIS, responsable de l'Observatoire Géostratégique de l'InformationDocteur en Sciences Politiques et habilité à diriger des recherches, il enseigne la stratégie de l’information et l'intelligence économique notamment à l’IRIS Sup, à Polytechnique, au Celsa et sur le campus virtuel de l’Université de Limoges ; il mène des recherches en médiologie parallèlement à une activité de consultant.



C'est aussi un blogueur influent sur huyghe.fr



Ses travaux sur les rapports entre information et conflit comportent les livres : "L’ennemi à l’ère numérique" (P.U.F), le livre électronique "Ecran/ennemi", "Quatrième guerre Mondiale" (Rocher). "Comprendre le pouvoir stratégique des médias" (Eyrolles) et "Maîtres du faire croire. De la propagande à l'influence" (Vuibert).



Dernier livre : "Terrorismes. Violence et propagande", Gallimard 2011



PLAN DU COURS




  • Terrorisme


    • Préalables


      • - Questions pratiques

      • - Pourquoi devant de futurs managers ?


        • risque

        • géopolitique

        • communication

        • stratégie



      • - Objections


        • terrorisme d'État ?

        • seuil, criminalisation du mouvement social ?

        • combattants de la liberté ?

        • impossible définition ?



    • Dimensions du terrorisme


      • - Question morale


        • tradition du tyrannicide

        • mort d'homme

        • victime innocente

        • recours démocratique

        • auto-désignation du bourreau



      • - Question géopolitique


        • quelles frontières ?

        • quel droit ?

        • comparaison avec la guerre


          • - létalité

          • - collectivités

          • - technicité

          • - finalité

          • - temporalité

          • - territorialité



      • - Question symbolique


        • comparaison avec le média


          • - l'acte

          • - Le discours

          • - l'écrit

          • - l'image

          • - le vecteur et le réseau



        • le message


          • - message explicite

          • - Message implicite



        • le sens, l'idéologie


          • - cible symbolique : la faute

          • - représentation d'un acteur historique

          • - légitimité supérieure

          • - messages et effets psychiques au-delà de la peur

          • - changer l'Histoire : la dignité de fins



      • - Question stratégique


        • direct et indirect

        • guerre de l'information

        • mesure de l'efficacité



    • La terreur a une histoire


      • - Prédécesseurs


        • régicides

        • sectes ou sociétés secrètes

        • terreur jacobine



      • - Initiateurs


        • narodnistes et révolutionnaires

        • indépendantistes et armées secrètes

        • le mot la chose



      • - Le terrorisme contre l'État


        • anarchistes

        • logiques de la vengeance

        • propagande par le fait et action directe



      • - Le terrorisme pour créer un État


        • modèle irlandais, modèle balkanique

        • séparatistes

        • résistance et négociation



      • - Années de plomb


        • modèles exotiques

        • Allemagne : la question impérialiste

        • Italie : au cœur de l'État

        • exception française

        • la mort mercenaire



    • Terreur moderne


      • - Pour toutes les causes?


        • terrorisme spécialisé

        • l'Apocalypse

        • la Nature

        • la Survie



      • - Tuer au nom de Dieu


        • logique du sacrifice

        • loi divine et légitime défense

        • ennemi proche, ennemi lointain

        • lois de la guerre



    • Technique et organisation


      • - Les armes


        • frapper les corps

        • frapper les esprits



      • - La communauté en armes


        • modèle militaire : guerres irrégulières

        • modèle sectaire : la loi du secret

        • terrorisme multitâches

        • un combat sans chef ?



      • - Le résultat


        • quand les terroristes perdent

        • quand ils gagnent

        • quand ils changent



    • L'activisme contre le terrorisme ?


      • - L'alternative pacifique ?


        • révolutions 2.0


          • - révélation

          • - communautés

          • - organisation IRL



        • limites


          • - médiations et élections

          • - montée aux extrêmes et guerre civile



      • - Nouvelles stratégies


        • technologies de contournement

        • technologies de contrôle

        • jeu à quatre


          • - États

          • - militants

          • -acteurs économiques

          • - ONG et activistes sans frontières



    • Conclusion



      BIBLIOGRAPHIE




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Walzer M. De la guerre au terrorisme Bayard 2002



Wieworka M. Sociétés et terrorisme, Fayard 1998



Wolton D. et Wievorka M. Terrorismes à la une, Gallimard 1987





Davantage de sources sur le Web : Rubrique "terrorisme" de http://huyghe.fr : http://www.huyghe.fr/actu_sr3.htm



Terrorisme de A à Z



Brochure à télécharger

:http://www.scribd.com/doc/63067707/Terrorisme-de




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