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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Procès Carlos : années 80 et terrorisme d'État
Illitch Ramirez-Sanchez, le mythe trente ans après

Le procès en appel de Carlos nous rappelle une époque révolue. Oscillant entre mercenariat (contrats exécutés pour des États qui la payaient et/ou l'armaient et l'abritaient) et des convictions vagues (le monde divisé en deux camps et la nécessité de combattre l'impérialisme : quelque chose de cent fois moins sophitiqué que le marxisme très théorisé d'une Ulrike meinhof ou d'un Toni Negri), le Vénézuélien a été l'archétype du terroriste "international" des années 70 et 80. 

D'abord les faits. Pris en 1994, il avait déjà condamné à perpétuité pour la fusillade de la rue Toullier du 27 juin 1975 (il abattit trois policiers et un ancien complice qui allait le dénoncer). En 2011, il  a été condamné une seconde fois, pour quatre attentats destinés à obtenir la libération de Bréguet et Magdalena Kopp (qui deviendra son épouse) : tous deux avaient été pris par hasard, transportant des explosifs pour une opération extérieure.
Carlos riposta en faisant pression sur la gouvernemnt socialiste à travers des attentats exécutés par son groupe et qui ont fait onze morts par bombe en 1982 et 1983. Trois attentats "ferroviaires" visant un Capitole Paris-Toulouse, la gare de Marseille et un TGV. Et un attentat à la voiture piégée contre le siège parisien du journal "al Watan".

Tous ces points ont de l'importance pour comprendre le personnage.

 La fusillade de 1975, celle qui fit de Carlos une vedette internationale - avant  qu'il ne prenne en otages des dirigeants de l'Opep - est spectaculaire, mais "techniquement", rien ne distingue son comportement de celui d'un trafiquant qui dégainerait pour échapper à la police. Ou d'un brigadiste tirant lorsqu'il est pris dans un contrôle routier. De ce point de vue, son acte n'a pas de sens politique ou idéologique particulier.

Les attentats contre les gares et les trains répondent à une autre logique. Cette fois, Carlos voulait obtenir la libération deux membres de son groupe dont Magdalena Kopp qui deviendra son épouse. Et pour cela, il a délibérément frappé des innocents, pour exercer une contrainte maximale sur  l'État. Plus la victime est "innocente", et plus chaque citoyen peut se sentir en danger, plus le gouvernement est susceptible de céder à la menace.


Parallèlement, Carlos fit exécuter un  attentat à la bombe contre El Watan,  qui gênait la Syrie (même si c'est un passant qui en a finalement fait les frais). Il semble typiquement agi en mercenaire : pour un commanditaire dans le cadre d'un contrat .


Chacun des cas révèle une des facettes du personnage :


- la star médiatique à la fois dotée d'une énorme audace et d'un énorme Ego, qui peaufinera son personnage de façon très cinématographique pendant plus d'une décennie


- le terroriste d'État, agent stipendié de la "diplomatie par les bombes", dépendant des protecteurs qui l'accueillent quelque mois, lui fournissent un refuge, de l'argent, des armes. L'expulsent ou le trahissent à la fin.


- le stratège révolutionnaire - certes à l'idéologie assez floue pour passer de l'internationalisme marxiste à l'islamisme - mais cohérent dans sa haine du même ennemi, celui qui était capables de réclamer de la République qu'elle libère les "prisonniers de guerre" Kopp et Bréguet : il restait fidèle à une conception du terrorisme comme dernière arme de l'opprimé et comme guerre du pauvre.


C'est un thème qu'il reprend sans cesse -le vrai terrorisme est celui de l'État et de l'Empire - et qu'il résume dans son livre sur l'Islam révolutionnaire (dont il fait le stade suprême de l'anti-impérialisme et comme le successeur du marxisme) par une formule typique : "Pourquoi les bombes de B52, les projectiles à l'uranium appauvri, les missiles antipersonnel, les roquettes air-sol, seraient-ils plus licites et moins terroristes que la ceinture d'explosifs de celui qui s'offre en sacrifice ?"

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