1 août 2017 - Du bon usage des médias
Les moyens

Le "bon usage des médias" se résume dans la trilogie des 3 M :
Maîtriser son environnement médiatique, équivaut tout à la fois à :

• Décrypter les Messages
• Analyser les mécanismes de chaque Média
• Évaluer l’influence des Milieux

Les Messages médiatiques se présentent d’abord sous forme de discours ou écrits dont une grande partie est destinée à persuader (faire acheter, voter, faire adhérer à une thèse, obtenir l’avantage dans un débat ou une controverse). Le plus souvent ils reprennent des méthodes éprouvées. Certes, tout ne se résume pas à cela : la communication humaine reste affaire de relation au moins autant que de contenu et il ne faut pas négliger la puissance supérieure de l’image ni oublier tout ce que l’expression peut comporter de non-verbal. Pourtant, il reste quasiment obligatoire de commencer par l’étude – ou plutôt par la détection – des stratégies visant à emporter la conviction.
Celles-ci peuvent se classer selon trois catégories qui correspondent à autant de strates historiques :
- les principes immémoriaux de la rhétorique remontant à l’Antiquité : l’art de disposer les mots ou les raisonnements de façon à amener à certaines conclusions ou à susciter certaines émotions, un sujet qui est documenté depuis environ deux millénaires et demi !
- les règles de la propagande de masse typique du XX° siècle à base de répétition, d’orchestration, d’appel à des affects élémentaires, d’effets de groupe…
- des méthodes plus modernes et plus subtiles de relations publique et de mise en scène (voire de mise en image) de l’actualité telles que les pratiquent ceux que les anglo-saxons nomment les spin doctors, ces Docteurs Folimage qui fournissent aux médias les pseudo événements qu’ils répercuteront.

Outre ces procédés de persuasion, voire des méthodes de manipulation, les messages médiatiques traduisent une intention du côté de l’émetteur,. Il y a le sens qu’il essaie d’imprimer à son discours (même s’il se présente comme un simple commentaire de l’image de la réalité) et qu’il veut faire partager. Ce sens, nous ne sommes pas forcés d’y adhérer, et nous pouvons l’interpréter différemment, encore faut-il être capable de le décrypter.

Chaque Média impose ses propres règles. On ne mobilise pas les foules de la même façon à l’époque du cinéma muet ou à celle de la télévision satellitaire. On ne gère ni la politique, ni l’entreprise de la même manière suivant que les nouvelles vont au rythme de l’imprimé ou de l’électron. Parler indifféremment de principes de la communication qui s’appliqueraient du langage des signes ou sur leWeb ne peut nous suffire.
Chaque média suppose un mode de traduction du message (verbal, visuel, écrit, analogique, numérique…), des procédés de traitement et d’enregistrement, des possibilités d’expression et de contrôle, des capacités de modification et de diffusion de l’information, des codes, etc. qui lui sont propres. Chacun dépend de contraintes techniques (de temps, en particulier), chacun crée ses niches de pouvoir : le pouvoir de fournir instantanément des images à la planète sur les écrans de télévision n’est pas le pouvoir d’indexer sur Internet.

La compréhension du rôle du contenant ou du vecteur (le média) passe par plusieurs stades :

• Réaliser le formatage qu’il opère sur l’information : ce qui est possible d’exprimer, de faire, mais aussi ce qui ne « passe » ou qui est dévalué par chaque média. Il est évident qu’un JT ne peut, quelles que soient les intentions de ceux qui le contrôlent, véhiculer ni les mêmes notions, que l’écrit et qu’il se prête moins à la transmission de notions abstraites qu’à la présentation de cas émouvants. Tandis que le montage d’une opération de désinformation ou de déstabilisation est infiniment plus facile sur la Toile.

• Reconstituer le trajet de chaque information sur chaque média. Par exemple : en amont, entre des milliers de dépêches d’agence ou des kilomètres de bandes d’images disponibles, pourquoi celles-ci ont elles été utilisées à ce moment pour représenter cet événement et en proposer cette grille de lecture. Mais aussi en aval : comment sera-t-elle reçue, comment le public réagit-t-il et comment le média réagit-il aux réactions du public ?

• Comparer ce que le même contenu devient sur différents médias et bien saisir les interactions. À une époque où les journalistes de l’audiovisuel commencent par chercher leur information sur Internet, mais où ils sont souvent guidés dans leur choix par quelques journaux influents, tandis que la réputation dans le monde de l’écrit dépend de plus en plus des apparitions télévisuelles, ces rapports méritent un examen pour le moins attentif.


Les Milieux humains enfin : quelle que soit l’influence délibérée qu’exercent les médias ou quelle que soit le rôle que jouent les techniques, ce ne sont pas des boîtes noires isolées du reste du monde. Les médias sont immergés dans des milieux : ce sont des groupes humains, avec leurs codes, leurs croyances, leurs modes d’organisation qui les fabriquent, les reçoivent, les maîtrisent ou pas. Ces milieux interagissent, s’affrontent parfois, réagissent chacun à leur manière.


Pour simplifier, on en distinguera trois principaux (du point de vue qui nous occupe) :

• Le milieu culturel et social global, avec ses croyances et ses catégories (verbales, mentales, éthiques…) et la persistance de ses différences culturelles, y compris face à la mondialisation des esprits. C’est lui qui explique notamment pourquoi les mêmes technologies ne produisent pas les mêmes effets dans tous les pays, pourquoi, en dépit de l’annonce récurrente du triomphe d’une culture unifiée dans le village global, on n’interprète pas les mêmes images de la mêmes façon ni ne voit la même réalité ici ou là.

• Les milieux, sinon hostiles, du moins engagés. Ceux qui tentent d’influer sur les médias et y parviennent parfois, qu’il s’agisse d’un organisme d’État, d’un groupe militant, d’une école de pensée, d’une ONG, d’un groupe de pression, d’un lobby, d’un réseau altermondialiste, d’une association de critique des médias exerçant une fonction « chien de garde » (les watchdogs anglais) ou d’un club de hackers sur Internet. Chacun joue avec les médias un curieux jeu d’échange : il exerce une emprise (voire un pouvoir de condamnation ou de nuisance) d’un côté, mais de l’autre doit fournir auxdits médias ce qu’ils demandent : des images ou des discours acceptables, des thèmes recevables, des événements mis en scène…

• Le milieu médiatique lui-même, qu’il s’agisse de journalistes, de réalisateurs, d’artistes, de producteurs, de rédacteurs, etc.., milieu qui a lui-même sa propre cohérence, ses habitudes, ses croyances dominantes, ses intérêts, etc.. exactement comme n’importe toute autre catégorie socio-professionnelle.


Ce texte constitue Une suite à cet article.

Voir aussi ce lien : http://www.huyghe.fr/actu_97.htm
http://www.huyghe.fr/actu_100.htm