25 juillet 2018 - Affaire Benalla I, faits et images
Certes, l’affaire Benalla repose sur des faits. À commencer par le rapprochement fait par une journaliste entre une vidéo de brutalités policières  le 1° mai, vidéo qui circulait largement en ligne, et les photos du garde du corps que l’on voit sur des dizaines de clichés aux côtés de Macron.
S’en est ensuivi l’intrigue que l’on sait avec rebondissements, démentis et commission d’enquête télévisée, le tout faisant penser à un épisode de « New York Police Judiciaire » avec ses coups de théâtre et ses témoins qui changent de version.
Mais ces faits qui suivirent l’article du Monde, et qui nous furent été fournis à un rythme quasi horaire, étaient de plusieurs ordres.

Il y a d’abord ceux qui incrimient Benalla lui-même et dont ses avocats auront à le défendre. Ces faits dépendent de l’interprétation d’images qui circulent partout. Il a frappé un homme et une femme ? C’étaient de dangereux manifestants ? Il avait une radio outre son casque et son brassard ? C’est légal ? Il a donné des ordres au service d’ordre ? Il était accompagné d’un membre d’En Marche porteur ou pas d’un pistolet ? Etc. Ces images qui circulent dans le monde entier accompagnés de commentaires sur les polices parallèles sont évidemment désastreuses. Et elles posent des questions de contexte : qu’«observait » Benalla (si les gauchistes sont barbus cette année ?), dans quel cadre, ave quelles autorisations, etc ? Le jeune admirateur de Kevin Costner dans « Bodyguard » est ici victime, sinon de son narcissisme et de son goût de la chataîgne, du moins de l’omniprésence des caméras et des téléphones mobiles : tout fait trace. Sans compter les images parodiques ou détrounées souvent de grand talent qui circulent sur les réseaux sociaux.

Il y a une seconde famille de faits, non filmés ceux-là, dans cette affaire. Ce sont ceux qui concernent les réactions bureaucratiques et politiques à partir du 2 mai. Après une déclaration assurant que le jeune castagneur avait été sanctionné (insuffisamment sans doute), des images (encore les images !) de Benalla dans le bus des Bleus ou à telle ou telle cérémonie ont commencé à circuler. Au stade où nous en sommes, entre les déclarations changeantes d’un haut fonctionnaire et celles de syndicalistes en contredisant un autre (le tout sous serment), deux versions concurrentes circulent l’une accréditant que Benalla a été effectivement sanctionné quinze jours, l’autre qu’il participait toujours à des réunions.

Troisième famille de faits : les informations sur les privilèges de Benalla : appartement, travaux, port d’armes, nomination comme lieutenant-colonel de réserve, proposition au poste de sous-prfet, badge à l’Assemblée, salaire mirolobolant, rôle dans une fusion des services de protection du président. Là encore, les déclarations, notamment du chef de cabinet de l’Élysée, tendent à minimiser : non il ne touchait pas tant que cela, il n’a pas encore occupé l’appartement, il n’a pas sérieusement été proposé comme sous-préfet. Comme dans l’affaire du salaire de Pénélope ou du costume de Fillon, ces faits, pas nécessairement illégaux, sont souvent ceux qui frappent l’opinion, sans jeu de mots.

Ah si, nous oublions une quatrième famille de « faits », les purement imaginaires, certains relevant du canular ou du hoax, d’autres du fantasme et de la rumeur. Ainsi, il faut manquer beaucoup d’humour pour croire que Benalla avait accès au bouton du feu nucléaire, ou certains préjugés pour lui prêter une aventure sexuelle à la présidence ou une appartenance à un service étranger.

On voit bien à partir de là, quelle est la stratégie de défense qui se dessine (après le très maladroit « il a été puni, circulez, rien à voir » du porte-parole de l’Élysée au début de l’affaire) :
- insister les fausses informations qui circulent, comme c’est inévitable en de telles circonstances (« Non Benalla n’était pas mon amant »)
- renvoyer les actes accomplis par Benalla à sa seule responsabilité et à l’enquête judiciaire, le président admettant avoir mal jugé un type qui avait été épatant jusque là.
- Réduire tout ce qui se rapporte à l’effectivité de la sanction ou aux privilège du jeune garde du corps à des exagérations ou à des diffamations aux intentions politiques évidentes.

Le tout couronné par l’affirmation présidentielle théâtrale « j’assume », plus le viril et bravache «  qu’ils viennent me chercher », prenant à contre-pied les spéculations sur le nom du fusible qui allait sauter. Le Président joue ainsi le registre de l’autorité en attendant sans doute que l’on passe à l’offensive sur le pouvoir médiatique qui lâche et qui lynche et sur le danger d’encourager le populisme du « tous pourris » en continuant à parler de cette affaire.
C’est probablement la seule tactique que pouvait employer Macron et nous verrons ce qu’elle vaut à ce stade de feuilletonisation et de révélations en cascade.
Au fait, si la loi sur la désinformation était passée et si nous étions en période électorale, lesquelles de ces nouvelles auraient été censurées ?

Vpir le lvre Fake news

http://www.huyghe.fr/actu_1548.htm