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25 juillet 2007 - Sommes-nous en guerre ? Une polémologie des nouvelles violencesQui est en guerre ? Contre qui ? Et comment le sait-on ? Il y a quelques années, ces questions auraient paru absurdes. La guerre indéfinissable, asymétrique, symbolique , informationnelle change de visage Sommes-nous en guerre ? La plupart d’entre nous répondront non : ils ont le sentiment que les grandes tueries entre Européens appartiennent au passé. Si notre armée ou celle de nos voisins se retrouvent dans des zones de conflits, c’est dans le cadre d’opérations dites de construction de la paix, théoriquement pour séparer des belligérants. Le plus souvent sous mandat international. Nous avons si peu, nous Français, le sentiment d’être en guerre que la mort de quelques soldats d’élite en Afghanistan fait moins de bruit qu’un caillassage de CRS. Et il faut que la presse évoque l’éventualité d’un retrait de nos troupes pour que nous réalisions que nous étions engagés là-bas. Outre-atlantique la réponse serait sans doute différente. La population n’a pas la même perception des périls. D’abord en raison du nombre de boys qui perdent leur vie en Irak et parce que les États-Unis sont officiellement entrés dans la « Guerre globale contre le terrorisme » proclamée le 12 Septembre 2001 par le président G.W. Bush. Les Colombiens, les Somaliens ou quelques dizaines d’autres peuples subissant un fort taux de mortalité du fait de groupes armés sont-ils en guerre ? Tout dépend de la façon dont on définit fixe ses limites par rapport à la guérilla, à la répression sanglante, au massacre de civils. La guerre « classique » précédée par une déclaration, conclue par un traité et menée par des troupes en uniforme luttant sur un front est devenue une exception. Il est évident que nous sommes sortis du système des traités de Westphalie. Ils établissaient le droit européen de la guerre (droit à la guerre et droit dans la guerre, jus ad bellum et jus in bello). Ils supposaient un modèle de la souveraineté et de la symétrie. Nous sommes entrés dans l’ère des conflits post étatiques (il devient de plus en plus rare que les deux protagonistes soient des États reconnus). À certains égards, ce sont aussi des conflits post-politiques dans la mesure où la criminalisation de l’adversaire, l’appel aux valeurs éthiques (lutte contre le Mal absolu), religieuses, identitaires ethniques ont occulté les dimensions fondamentales de la politique dans notre tradition philosophique : la désignation de l’ennemi par l’instance souveraine, la séparation entre violence limitée et maîtrisée sur le territoire du souverain et violence symétrique entre territoires souverains. Les conflits tendent désormais à l’asymétrie : le faible usant de moyens et des ressources sans commune mesure qualitative et quantitative avec le fort ne cherche pas à occuper sa capitale ou à lui faire signer de reddition mais à le décourager, à saper son moral ou ses appuis internationaux, à le contraindre à se retirer de sa terre, à l’humilier. Du moins là où le faible ne massacre pas artisanalement l’absolument faible : les populations désarmées. La distinction canonique entre le militaire qui fait la guerre, le civil qui la subit sans y participer et le politique en décide début et fin, cette distinction-là n’a plus guère de sens face à tant de groupes armés dits de libération, de partisans, de résistances, milices, groupes criminels, groupes terroristes, guérillas, etc. dans tant de zones grises de chaos. Pas plus que des notions comme front, arrière, bataille, neutre, non-belligérant… Mais la guerre ne peut être seulement une affaire de perception. Une mode actuelle tendrait à fondre son concept dans la catégorie générale des violences structurelles, des crises et des catastrophes, au même titre que les famines ou les drames écologiques. Mais il faut bien peser avant de renoncer à une catégorie qui a structuré toute la pensée – et pas seulement en Occident- depuis plusieurs siècles : -la distinction de l’inimitié privée et publique (extros et polemos, hostis et inimicus…), distinction qui se retrouve en arabe, en chinois… -l’opposition entre une violence légitime - tuer quelqu’un en raison de son appartenance à une communauté armée ennemie - et une violence inspirée par la haine ou le désir individuels – tuer l’autre pour ce qu’il est ou pour ce qu’il a. Pour traiter la question « Planétarisation de la violence politique et du crime organisé », il faut la subdiviser en plusieurs autres sur la nature du crime, de la violence collective, publique, privée, guerrière ou non… Mais il faut d’abord se mettre d’accord sur un constat de mondialisation de la violence collective armée. 1) La guerre est-elle mondiale ? Une façon d’aborder la question serait de se demander si la mondialisation est belligène en soi. Dans cette hypothèse, les flux financiers, informationnels, de marchandises voire migratoires seraient cause de tension et d’affrontement. Beaucoup attendaient l’apaisement par la mondialisation : - meilleure connaissance des autres grâce à la communication, - progrès du commerce adoucissant les relations entre les peuples, - partage des mêmes valeurs démocratiques et de la même culture, - prospérité - voire fin de l’Histoire. Or l’économie triomphante n’instaurerait pas l’échange généralisé mais la guerre de tous contre tous. Beaucoup ajoutent même : c’est la guerre des mondialistes. Une guerre voulue par quelques idéologues. Les plus agressifs sont des néo-conservateurs US partisans d’une mondialisation «hard». Ils ne lésinent pas sur les métaphores : celle du shérif qui, comme Gary Cooper dans « Le Train sifflera trois fois », est obligé malgré lui d’affronter les truands tandis que les lâches (les Européens) se terrent, l’image de l’Empire bienveillant ou sans complexe, s’étendant pour le bien de tous sans en attendre de bénéfice ou de colonie. Le programme « neocons » comprend l’élimination des groupes terroristes, des États voyous et des détenteurs d’armes de destruction massive, au besoin par une guerre dite « préemptive ». Mais il comprend aussi la démocratisation du Grand Moyen-Orient, le remplacement de dictatures par des gouvernements issus de vrais élections. Ce programme évoque une lutte sans limites ni frontières pour convertir la planète aux valeurs démocratiques ; il pourrait bien déboucher sur la guerre sans fin. Du reste, même ses « partisans » parlent de « long war » de plusieurs décennies En face, d’autres partisans d’une autre guerre illimitée : les jihadistes. Leur but est l’extension universelle des terres d’Islam – et pourquoi pas le rétablissement du califat détruit par les Mongols en 1258 - . Du moins, ils comptent mener un jihad, à leurs yeux, purement défensif, en tout lieu et sans limites contre les Juifs et les croisés. En somme nous aurions connu en moins d’une génération trois bouleversements dans notre vision de la confictualité : - La guerre froide, dont la caractéristique principale fut de ne pas éclater et de se traduire par une multitude de conflits locaux, tandis que les deux principaux acteurs se refusaient dans les faits à monter aux extrêmes - La courte période entre les deux guerres du Golfe où il sembla un moment que l’Occident mènerait des guerres policières ou humanitaires (Première Guerre du Golfe, Somalie, Kosovo…) . Dans des opérations de « contrôle », menées au nom du concert des nations, les forts réprimaient des apprentis dictateurs (Saddam et Milosevic figurés comme nouvel Hitler), sauvaient des populations et des réfugiés et rétablissaient l’ordre du centre vers la périphérie - L’ère ouverte par la proclamation d’une guerre « globale au terrorisme », dont certains, comme Eliot Cohen ou James Woolsey n’hésitent pas à qualifier de « quatrième guerre mondiale ». Leur argument est que les États-Unis après avoir gagné la première Guerre contre les autocraties nationalistes européennes, puis la Seconde contre le fascisme, puis la troisième (la guerre froide) contre le communisme, devraient maintenant se battre au profit de l’humanité entière contre l’islamo-fascisme, ou contre « ceux qui haïssent la liberté ». C’est une terminologie qui suscite des critiques et pas seulement sémantiques ; la moindre n’est pas que la proclamation d’une guerre mondiale risque de se transformer en prophétie auto-réalisatrice en guerre des civilisations, en guerre perpétuelle en vue d’une paix impossible, ou encore en machine à multiplier les ennemis. Rappelons les principaux arguments contre la rhétorique martiale de « guerre mondiale » : - Pas plus que la Guerre Froide, elle n’est vraiment mondiale, même s’il peut y avoir sporadiquement des attentats touchant des cibles dispersées dans tous les pays - Ce serait faire trop d’honneur aux terroristes que de les mettre sur le même plan qu’une puissance étatique - Il est impossible de faire la guerre au terrorisme, méthode de lutte au même titre que la Blitzkrieg et non entité nationale ou juridique. Le terrorisme peut préparer la guerre (le temps qu’un groupe atteigne la taille critique où il peut mener une vraie guérilla, par exemple) ; il peut être un substitut de la guerre (pour ceux qui ont des bombes humaines mais pas d’avions ou de missiles) ; il peut être un moyen de contrainte politique et symbolique (il vise davantage à un effet psychologique qu’à des résultats militaires) et à ce titre, il peut mener à une certaine paix (le retrait d’une puissance coloniale d’un territoire qu’elle occupait p.e.). Mais en aucun cas, le terrorisme n’est un ennemi en soi. - Certains ont proposé de parler de guerre « à l’islamisme » ou imaginé des formulations grotesques comme « lutte globale contre l’extrémisme violent » (Struggle Against Global Extremism) qui offusquerait moins les populations arabes. On se souvient de D. Rumsfeld parlant de Struggle against ennemies of freedom and civilization. Mais cela ne fait que traduire le même embarras à nommer « un » adversaire. Et pour cause. L’unicité de la guerre (contre des groupes clandestins, contre des idéologies, contre des régimes en raison de leur nature dictatoriale ou de leur volonté d’acquérir l’arme atomique) n’existe que dans la réprobation morale commune que suscitent toutes ces cibles. - La criminalisation de la guerre, tendance à assimiler l’ennemi non pas à un égal avec qui l’on peut conclure un traité de paix reflet d’un rapport de force, mais à un ennemi du genre humain, incarnant un principe du Mal (et dont souvent son propre peuple serait la première victime qu’il faut libérer), ce principe-là, déjà inauguré lors de la Première Guerre Mondiale, atteint ses propres limites. La quatrième guerre mondiale serait donc une métaphore (au même titre que guerre psychologique, guerre économique ou guerre des images). Au moins autant qu’à désarmer des armées ou occuper des provinces, elle vise des fins d’affirmation symbolique et des effets de croyance : -Gagner une bataille « pour les cœurs et les esprits », -Dissiper le mythe d’une pusillanimité de l’Occident face à la violence, -Compenser l’humiliation du 11 Septembre, -Désarmer jusqu’à la moindre velléité d’attaquer les USA, -Répandre sur la Terre l’amour de la liberté (ou du moins les régimes démocratiques et de marché bien intégrés dans la mondialisation). Mais cela se traduit au final par de vrais bombardements sur de vraies capitales et l’occupation de pays par de vraies troupes. Une mission, qui, par définition, ne peut se borner dans l’espace et dans le temps est bien planétaire. Et il s’y oppose bien une stratégie terroriste planétaire. Elle choisit ses cibles en fonction de critères tout aussi symboliques (des tours, une boîte de nuit, une ambassade, les moyens de transport dans ou vers une capitale européenne, une zone touristique, mais aussi une représentation d’un régime arabe « collaborateur », un lieu de culte,…). Elle se révèle aussi comme sans frontière. 2) Est-ce une guerre ? On peut définir la guerre par des critères objectifs. Le plus évident est un certain type de mortalité : «état d’un groupe humain souverain, c’est-à-dire doté d’autonomie politique, dont la mortalité comporte une part d’homicides collectifs organisés et dirigés. » (pour le Glossaire polémologique des termes de violence). Des ONG (tel le Sipris dans son rapport annuel) se livrent à une atroce comptabilité d’où il ressort : - Que le nombre des conflits n’a pas augmenté depuis la fin de la Guerre froide, au contraire. - Qu’il n’y a aucune commune mesure entre le caractère mortifère d’un conflit et sa capacité d’intéresser les médias occidentaux. - Que les conflits à faible technologie ne sont pas moins mortels que ceux qui emploient des armes plus modernes. Dans tous les cas, que les taux de pertes des armées high tech sont sans commune mesure avec celle de leurs adversaires. - Que les conflits modernes tuent surtout des civils. Il vaut souvent mieux être militaire pour sauver sa peau (ce paradoxe s’est révélé lors de la première guerre du Golfe : statistiquement, le taux de mortalité des GI’s sur le front était moins élevé que celui des jeunes gens du même age restés au pays). - Qu’il y a eu plus de 175 conflits armés faisant sans doute trente millions de morts depuis 1945, mais qu’ils impliquent de moins en moins des armées régulières dans une relation symétrique. Il est bien connu que la guerre est la période où les pères enterrent les fils et non le contraire, mais elle ne se réduit pas à des chiffres de mortalité. Elle est aussi selon la définition d’Alberico Gentilis dans son De jure bellis de 1597 armorum publicorum justa contentio. (La guerre est un conflit armé, public et juste). Depuis, toutes les définitions juridiques ont combiné avec plus ou moins de bonheur ces notions : - Un conflit, or la notion de conflit suppose un concept très particulier : celui de victoire. La victoire est la situation théorisée par Clausewitz où la volonté d’un des acteurs cède à l’autre et où il renonce à l’usage des armes. On notera que la victoire est en principe synonyme de paix. Comme le faisait remarquer Saint Augustin « Nous faisons la guerre en vue de la paix », donc en vue d’un ordre politique stable du monde, excluant la reprise du conflit. Cet ordre souvent concrétisé par le droit, certes favorables à nos intérêts ou conforme à nos idéologies, s’inscrira dans l’histoire. Même la paix des cimetières par extermination de l’adversaire, reste une paix. - Des armes, outils spécifiques pour cette activité, outils qui agissent sur les corps, mais aussi sur le cerveau d’autrui, notamment par la peur. Les armes sont avec les médias les deux seuls instruments destinés à opérer sur le psychisme humain. - Ce conflit doit être mené par une communauté (tel «le peuple en arme» ou les guerriers de la tribu), au nom d’une communauté et pour le bien supposé d’une communauté (même si chacun sait bien en réalité que les guerres peuvent servir la fantaisie du Prince ou les intérêts des marchands de canons). Cette communauté a une identité organisationnelle et symbolique - Le conflit a par conséquent une durée, résultant de cette organisation finalisée. Il ne se résume pas à une seule bataille, et vise à une perspective à plus ou moins long terme. On est ou bien en état de guerre ou bien état de paix, et ce pour un certain temps. Certains pensent même que le conflit est une action pour l’histoire voire pour l’éternité. - Enfin le conflit est juste au regard de ses acteurs. Phénomène altruiste (on lutte et l’on meurt pour les siens), c’est aussi un phénomène moral, soutenu par une notion de Bien, par contraste avec une violence privée, condamnable et de statut inférieur. 3) Adieu à la guerre ? Nous assistons visiblement à la confusion de toutes les catégories que nous pensions immuables. Et la fameuse phrase de Clausewitz, « la guerre est un caméléon », prend un sens ironique. Ainsi dans le cadre de la Global War On Terror : - Personne ne peut plus définir le critère de la victoire. Comme l’avait répondu D. Rumsfeld à un journaliste, la guerre prendra fin « quand personne ne songera plus à s’en prendre au mode de vie américain » Sans capitale ennemie à occuper, sans généraux pour signer une reddition ou même sans population adverse à exterminer, la victoire devient vague. Et la victoire adverse semble tout aussi utopique (l’établissement d’un émirat salafiste à Washington D.C. n’étant pas envisageable à très court terme). - Tout devient arme : l’information, la propagation de la terreur, les armes non conventionnelles la guerre économique, les médias, les attaques informatiques, bref tout ce que la stratégie chinoise nomme guerre illimitée. - L’identité des acteurs et la désignation de l’ennemi sont tout aussi problématiques : axe du Mal, terrorisme, islamisme, États voyous… Peut-être même s’agit-il de faire la guerre au sentiment de peur ou à l’hostilité elle-même. - La durée du conflit (dont il devient difficile rétrospectivement de décider quand il a éclaté) est inimaginable. D’où le fantasme d’une guerre perpétuelle puisqu’elle vise à une paix perpétuelle. Pour autant faut-il seulement incriminer le seul délire idéologique des néo-conservateurs et un délire symétrique des jihadistes) et se contenter d’imprécations contre les extrémismes ? Il nous semble que la guerre est menacée de façon bien plus générale et par le fort (même non bushiste) et par le faible (même non-islamiste), le tout pour des raisons plus structurelles. Côté du fort, souvenons-nous, avant le 12 Septembre : - De la pratique des opérations humanitaires ou du droit d’ingérence aux dépens des souverainetés, des opérations dites Peace building, Nation Building, Operations Other Than War, Preemptive strike et autres méthodes d’intervention d’urgence, de renversement de gouvernements, de contrainte à but humanitaire ou judiciaire (châtier des tyrans et des épurateurs ethniques) - du mythe de la guerre zéro mort, qui devait résulter de l’énorme supériorité occidentale en moyens de surveillance électronique et de frappe ciblée instantanée à distance (sensor to shooter sans délai, sans limitation de distance et en tout lieu de la Terre) - de l’utopie de la cyberguerre, de la guerre en réseaux (netwar), de l’action psychologique (psyops) en lieu et place des moyens classiques - de la doctrine de la Revolution in Military Affairs. Son principe est que la supériorité en matière de technologies de l’information et de la communication et notamment la possession d’armes intelligentes placera les ennemis comme « sous l’œil de Dieu ». Combattus par écrans interposé, prêts à subir le Shock and Awe… (choquer et sidérer) tombé du ciel, les criminels, forcément archaïques, subiraient la guerre comme châtiment. Évidemment tout cela s’est heurté à quelques constats évidents : - Le territoire nié se venge. Les enracinés (les rebelles, les résistants) rendent l’occupation insoutenable aux « modernes » censés les libérer. - Le high tech ne vaut pas grand chose contre la guérilla urbaine et pas toujours contre la guérilla des campagnes - Le volant de dissuasion ne dissuade ni Téhéran, ni Pyong Yang - La part de répression ne réprime ni les kamikazes ni les chefs jihadistes en fuite… - La politique d’assèchement des sources du terrorisme multiplie les terroristes Bref c’est l’échec de l’idée d’abolir la conflictualité soit par la modernité (années 90: élargissement du modèle occidental, nouvel ordre international) soit par la radicalité (années 2.000 : guerre à l’axe du mal). Côté du faible les symptômes ne sont pas moindres : - massacres de civils par des milices - passage de provinces entières sous les contrôle de groupes mi-mafieux, mi-politisés comme les guérillas dégénérées - extension des zones grises - désordres dans les « États échoués » - menace d’utilisation –pour le moment théorique- d’armes du pauvre, biologique, chimique, nucléaire sale De façon plus générale, plus nous nous éloignons du modèle classique du conflit (revendications, souvent territoriales, montée des passions nationalistes, explosion de l’hostilité en conflit ouvert), plus il devient difficile de fixer un seuil entre violence privée ou criminelle armée et violence politique, guerre civile ou internationale. Conclusion Faut-il renoncer à comprendre la guerre ou à la nommer ? Pour notre part, nous avions parlé des nouvelles violences symboliques et techniques et plaidé pour une nouvelle polémologie qui chercherait à en expliquer les mécanismes, en faisant une juste place aux signes et symboles. Mais peut-être faudrait-il recommencer plus modestement à repenser la guerre comme absence de paix. (en renversant la phrase de Hobbes pour qui la paix est la simple absence de guerre) ? Absence ? Nous avons largement vécu sur l’idée que la paix résulterait de la suppression d’un élément belligène : certains régimes, certains criminels, certaines inégalités, certains nationalismes, certaines idéologies, certaines souverainetés, certaines ignorances, certaines oppressions. Mais la paix ne résulte ni du refus d’emploi de la force, ni du monopole de la force entre les mains des bons, comme les démocrates. Pour faire la paix aussi il faut être deux. Donc définir la limite de différends et l’identité d’acteurs politiques. Nous autres Européens qui vivons provisoirement dans l’illusion de la paix «kantienne», l’union des démocraties s’étant vouées à la paix perpétuelle ferions bien de nous en souvenir. Voir la bibliographie sur les nouvelles guerres. VOIR AUSSI : Anthologie de textes sur la polémologie Disponible sur le site ou sur Calameo |
| http://www.huyghe.fr/actu_278.htm |