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Comprendre le pouvoir stratégique des médias
Editeur : Eyrolles Septembre 2005

Années 90 : les idoles du temps se nomment communication et globalisation.
C’est le triomphe des quatre M
- Marché (tout s’échange),
- Mondialisation (le mouvement des hommes, des richesses et des savoirs)
- Morale (politiquement correct, droit d’ingérence, charité spectacle, une sensibilité si prégnante que même les guerres deviennent humanitaires)
- Médias (et hypermédias : les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication qui justifient l’utopie de tout savoir, tout exprimer). Le communisme s’éloigne, nous allons vers la société de l’information. Certes, il faudra corriger la fracture numérique et quelques inégalités, peut-être même se méfier des mentalités archaïques et des crispations identitaires, mais ce sont des soubresauts du passé. Un nouveau vocabulaire apparaît (tout est cyber, multi et en réseaux..) et les bons esprits décrivent le monde à venir. Plutôt en rose : la technologie accroît nos pouvoirs et nous libère. Tout circule et nous communiquons.

Années 2000. Au secours : les méchants concepts reviennent. Guerre, terrorisme, fanatismes, logiques de puissance et idéologies. Même l’économie se durcit : on parle intelligence et guerre économiques, on repense contestation et manipulations. Internet n’est pas un hybride de Disneyland et de la bibliothèque de Babel, sorte de mémoire du Monde, où l’humanité partagerait ses images et ses connaissances, c’est aussi le domaine de l’incertitude, du risque et du chaos. Rouvrons nos manuels de stratégie et redécouvrons le sens de conflit, domination, falsification, rumeurs, propagande, désinformation.

Dans les deux cas un constat commun : nos moyens d’information et de communication jouent un rôle décisif. Les « vieux » débats (Les médias sont-ils objectifs ? La télévision fait-elle le vote ? Abrutit-elle les gens ?) sont totalement dépassés. Comme sont aussi dépassées les utopies des années 90 (Le monde pacifié et prospère grâce aux NTIC. Branchez-vous et vivez dans la société de l’information). Le bouleversement est à la fois plus profond et plus complexe.

Où est la logique ? Quelle l’interface ? Comment penser cette contradiction ? L’ambition de ce livre n’est certainement pas de la résoudre ; elle pourrait être d’en clarifier les termes.
Prenons cent mots. Leur choix est subjectif : tel lecteur s’étonnera de voir traiter un terme qu’il juge secondaire ou trop à la mode tandis qu’il aimerait voir définir des fondamentaux comme liberté, démocratie ou technique.. Tel autre, au contraire, préférerait voir analyser des notions plus pointues et plus opérationnelles. Trop intello pour Jules, trop techno pour Jean, mégalo pour Pierre, parano pour Marcel… Peu importe.
Certain de ne pouvoir satisfaire chaque lecteur, l’auteur cherche à l’interroger. Qu’entendez-vous par… ? En quels termes et avec quelles imprécisions décrire ces changements qui nous dépassent ? La tâche est d’autant plus malaisée qu’il faut faire le grand écart entre des notions qui ressortent à l’information et communication, à l’histoire culturelle, à la politique, à la stratégie, à l’intelligence économique…

Ces notions problématiques s’ordonneront donc autour de cinq questions :
- Comment les idées se propagent. Une croyance, une notion, cela s’attrape par exposition et répétition. Avant de parvenir dans nos têtes, les idées ont un trajet social et médiatique. Comment certaines notions que nous ignorions, il y a dix ou vingt ans se sont-elles si largement imposées ? lesquelles, au fait ?

- Comment les hommes obéissent aux hommes. L’autorité de la loi, de la tradition ou de l’élection populaire ne sont plus les seules sources du pouvoir. Comment dirige-t-on les masses avec des images, par influence et par des relais indirects ?

- État des lieux. Comment fonctionne le système à communiquer. Quelles « performances » nous autorisent et à quels comportements nous incitent nos techniques ? Où passe la frontière du possible et de l’utopique ? Comment ces drôles de machines changent-elles vraiment le monde ?

- Comment nous percevons la réalité. Quelle sorte de connaissance nous fournissent nos systèmes à voir et à comprendre ? Avons-nous une représentation plus juste depuis qu’il y a des caméras, des écrans et des réseaux partout ? Comment savoir à l’ère numérique ?

- Comment nous luttons. Comment naissent et se développent luttes et désordres ? Comment les affrontements et les crises prennent-ils plus de virulence non pas en dépit mais à cause de nos moyens de communication ? Le village global que nous imaginions apaisé et unifié découvre les formes high tech de l’archaïque conflit.

Pour chaque mot, le livre propose des pistes, des interprétations divergentes, mais aussi chaque fois une citation et un ouvrage de référence, ce qui ne veut pas dire qu’il le cautionne pour autant, mais qu’il le juge éclairant par la force de l’analyse ou l’excès de l’erreur. Au lecteur, là encore d’approuver, de s’indigner, de construire sa propre interprétation ou de chercher ses propres notions-clefs à partir d’un texte fait pour être complété.

Approchons-nous des mots. Certains nous sauteront au visage pour nous révéler nos propres faiblesses : nous ne les employons que par conformisme ou facilité. D’autres mots pourraient bien, au contraire, s’éloigner et nous renvoyer à des notions plus complexes encore. Mais dans tous les cas, il importe que nous les ayons interrogés, afin qu’ils soient un peu moins nos maîtres.

Le site de l'éditeur avec des extraits téléchargeables

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